‹ La séparation; comédie en trois actes et en proseChapitre 166 sur 300 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

SUZANNE , LE MARQUIS , MARLNI (i).

(Au lever du rideau, Suzanne ouvre la porte du fond, et fait entrer le marquis et Marini. Le premier est en costume de chasse ; le second en habit de voyage. Tous deux enveloppés de manteaux.)

SUZANNE

Entrez , messieurs , entrez.

LE MARQUIS

Grand merci , ma brave femme.

MARINI , secouant son chapeau.

La pluie tombe par torrens... (Baissant la voix.) Et si vous m'en croyez, monseigneur...

LE MARQUIS , bas.

Chut !

SUZANNE , regardant leurs manteaux.

Vos manteaux sont traversés... j'ai encore un peu de feu à la cuisine , je vais les faire séclier.

LE MARQUIS, donnant le sien.

Volontiers... (J Marini.) En vérité, ce n'est que chez les pauvres gens que l'on pratique l'hospitalité avec tant de zèle. {A Suzanne.) Chez qui souimes-nous , ma bonne ?

(ï) Le premier acteur inscrit tient toujours en scène la gauche du spectaeur.

SUZANNE

Chez un savant , messieurs.

MA.UINI , regardant autour de lui.

J'aurais dû m'en douter... à l'ameublement.

SUZANNE (l).

Maître Huguo Bambetto , un homme du plus grand mérite , qui enseigne à lire aux enfans.

LE MARQUIS

Le maître d'école du village.

SUZANNE, se rengorgeant.

Instituteur... oui, monsieur. Il est aile donner des leçons en ville, et j'ose dire qu'il n'y en a pas deux comme lui dans le duché de Ferrare, pour l'instruction, les quatre règles, les bonnes mœurs , et la bâtarde.

MARINI

Vous êtes sa gouvernante?

SUZANNE

Dame de compagnie , oui , monsieur.

LE MARQUIS , cherchant à se rappeler.

Bambetto !.. j'ai quelqu'idée... n'est-il pas aussi écrivain public i

SUZANNE

Homme de lettres, oui, monsieur; c'est lui qui rédige toutes les demandes , placets, pétitions... c'est son fort.

Air de Marianne.

Il en a tant fait pour son compte ,

Des chefs-d'œuvre... c'était moulé

Mais à la cour, c'est une honte, On n'en a pas encor parlé.

MARINI

C'est que peut-être Votre cher maître.

Omit parfois , De leur donner du poids.

C'est nécessaire , Le sccréUiire Y tient.

Sl'ZANNE.

Eh bien I Quel est donc le moyen ?

MARIN!

C'est de joindre une piastre forte Pour fixer la pétition ; Car sans cette précaution,

Un coup de vent l'emporte.

SUZANNE , entre ses dcnls.

Une plastic... il laudralt l'avoir.

(i)Marini, Suzanne, le uiarquis.

LE MARQUIS

Vous oubliez , nos manteaux.

SUZANNE

J'y vais, messieurs, j'y vais. {A part ^ tâtant les manteaux.) Figures distinguées, drap superflu !.. Si ceux-là avaient besoin de pétitions !.. nous n'avons rien gagné du mois , et nous sommes au vingt-sept.

(Elle sort par la droite en fabant plusieurs révérences.)

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