‹ La séparation; comédie en trois actes et en proseChapitre 167 sur 300 · SCÈNE IL MARIiNI , LE MARQUIS · texte numérisé non relu

SCÈNE IL MARIiNI , LE MARQUIS

LE MARQUIS

Enfin, la voilà partie !.. Puisque l'orage a dispersé la chasse, autant causer ici qu'ailleurs. [Se tournant vers Marini.) Eh bien ! Marini, tu as donc reçu ma lettre ?

MARINI , s' inclinant.

A Florence, où j'étais déjà... Mais, monseigneur, qu'esL-il donc arrivé?

LE MARQUIS

Ce que je redoutais le plus.

MARINI

Le prince est marié.'

LE MARQUIS

Pas encore ; mais on a presque arraché son consentement.

MARINI

Ab ! diable !

LE MARQUIS

Et si ce mariage a lieu , mes projets sont ruinés. L'ini'ante de Parme a , dit-on , de l'esprit... elle prendrait une influence sur son époux... Songe donc que de petit marquis de Castelli devenu en six mois favori , chambellan , premier ministre... je suis entouré d'envieux.

MARINI

J'entends ; mais si nous laissons périr le prince du chagrin secret qui le mine... adieu le portefeuille.

Sa langueur tient à d'autres causes que je connais , et que le temps effacera. Des souvenirs de notre campagne de Naples, lorsque , jeunes tous deux , nous courions les aventures sous des noms inconnus.

MARTNI.

Quelque victime , quelqu'Ariane abandonnée ?

LE MARQUIS

A-peu-près... Revenons à ce mariage: c'est demain qu'il se décide.

MARINI

Un diplomate trouverait d'ici là mille prétextes poiir le rompre.

N'avez-vous pas, dans quelque liaitc de paix , des luolifs de faire la guerre?

LE MARQUIS

Il y en a toujours , mais il faudrait chercher.

MABIMl.

Le deuil du prince ?

LE MABQUIS.

Vient de finir.

MAEini.

Alors les grands moyens ; il faut le rendre amoureux d'une autre.

LE MARQUIS

J'y avais songé ; mais prenons garde : je ne veux pas de grande dame , ce serait tout aussi dangereux ; elle voudrait gouverner, me remplacer...

Air ; Abonnés de l'Opéra- Comique.

0\x\ je puis, si la lutte s'engage.

Etre renversé poliment ; Une maîtresse a bien de l'avantage , Elle peut choisir le moment.

Malgré mes soins, malgré ma vigilance.

Je ne suis point là jour et nuit...

Et par malheur son empire commence Aussitôt que le mien finit.

MARINI

Du tout, une petite fille obscure, sans fortune, sans entou rage ; j'ai notre affaire.

LE MARQUIS

Déjà!..

MARINI

Un véritable phénix , un prodige de grâce , de gentillesse , dixhuit à dix-neuf ans.

LE MARQUIS

Très-bien.

MARINI

Des yeux...

LE MARQUIS

Et de l'esprit?

MARIKI.

Une jolie figure en a toujours assez.

OÙ diable as-tu vu ce prodige ?

MARINT.

A une lieu d'ici , dans une petite auberge ; car elle voyage motlestement à pied.

LE MARQUIS

Tant mieux.

MA.RrJVI.

J'ai cause un moment avec elle, et j'ai su qu'elle se rendait dans ce hameau où elle a , je crois , cjuelques par(;ns.

LE M4BQIIIS.

Un amour pastoral... c'est ce qu'il nous faut ; mais comment la décider?

MARIiSI.

Je m'en charge.

LE MAr.QtlIS.

Toi?

MARINI

Dès ce soir elle sera à Ferrare.

LE MABQCIS.

Si tu réussis , ta récompense est prête.

MARINI

Faites seulement préparer un appartement , des parures , des bijoux ; il ne serait pas mal non plus de m'envoyer une de vos voitures.

A quoi bon ?

MARINI

Pour éblouir cette petite et imposer à ces bons paysans. {Il fait quelques pas pour sorti r et rei'ient.) Ah ! j'oubliais.

LE MARQUIS

Quoi donc ?

MARINI

Pour mieux nous emparer de l'esprit du prince , il est indispensable aussi de l'entourer de distractions... les bals , les fêtes, les spectacles...

LE MARQUIS

J'ai tout prévu pour dissiper sa tristesse habituelle; j'ai même demandé quelques-uns de ces plaisans de profession qui tiennent lieu aujourd'hui de ces espèces de fous si fort à la mode autrefois, et dont l'emploi était de faire rire les grands.

MARINI

Des bouffons ?

LE MARQUIS

Oui, j'en ai fait demander plusieurs; c'est une charge que je veux rétablir.

Air de. Mazaniello.

Je ne sais pas si je m'abuse.

Mais je crois qu'il m'en saura gré Je veux qu'il rie et qu'il s'amuse.

MARINI

Moi , je veux qu'il soit adoré.

Ainsi, tous deux, à son altesse.

Nous rendrons bonheur et santé : Je lui fournirai la tendresse, Vous lui fournirez la gaîté.

Chut ! c'est la vieille.

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