‹ La séparation; comédie en trois actes et en proseChapitre 173 sur 300 · SCENE VÏI · texte numérisé non relu

SCENE VÏI

Les mêmes , PAOLA, vêtue très-simplement , avec un grand chapeau à l'italienne , et une petite pannetière suspendue de côté.

MAITRE HUGUO (l).

C'est une jeune fille.

(i) Suranné, Paola, maître Huguo.

PAOLA , timidement.

AiB de 3Ianctte (de M. Et. Thénard).

Pauvrette et timide, Voyàj^eant sans guide, La nuit me décide.

Je m'arrête ici.

Mais à ma prière Chacun est contraire, Et je désespère D'avoir un abri I Quand à la richesse , D'abord je m'adresse...

La porte sans cesse, Se ferme aussitôt...

Là, pour la misère.

On ne peut rien faire ; Mais une chaumière S'ouvrira plutôt.

Car celui qui n'a rien , Oui , celui qui n'a rien Fait toujours, ici bas, le plus de bien.

MAITRE HXJGUO.

Approchez , mon enfant , ne craignez rien , maître Huguo Bambetto n'a jamais refusé un asile.

PAOLA , à part.

C'est lui ! {Haut.) Ah ! que vous êtes bon !

MAITRE HUGUO.

Vous trouverez ici tout ce qui vous sera ne'cessaire. [Montrant la chambre à gauche.) Une petite chambre que j'avais fait disposer pour une jiièce à moi.

PAOLA

Pour votre nièce !

SUZANNE , ai'ec aigreur.

Mais qu'elle n'habitera jamais.

MAITRE HUGUO.

Ainsi vous ne de'rangerez personne. {A^>ec embarras et regardant Suzanne.) Par exemple , je dois vous prévenir que vous arrivez un peu tard, pour souper... C'est une affaire faite.

SUZANNE

Helas ! oui.

MAITRE HUGUO.

Nous sommes gens d'habitude, voyez-vous... A six heures précises la nappe est enlevée, et sous aucun prétexte nous ne pouvons recommencer.

PAOLA

Oh ! je n'ai besoin de rien. {Montrant sa panneticre, ) Je porte toujours avec moi mes petites provisions.

MAITRE HUGtJO.

C'est fort ingénieux.

PAOLA , s' approchant de la table, à droite.

Quand on voyage à pied... vous permettez ?

(Suzanne va s'asseoir auprès delà table à gauche.)

MAITRE HrotlO (l).

Comment donc !.. Parce que nous n'avons plus faim... il ne faut pas que cela vous empècîie...

(Paolatire de sa pannetière des fruits et un morceau de pain, qu'elle place sur la talale à droite.)

MAITRE HUGUO , la regardant ai>ec plaisir. Cette chère enfant, elle avait préparé tout cela... c'est bien... ça annonce de l'ordre.

PAOLA , il part , et le regardant aussi. Comme il paraît indulgent et bon!.. Ah! sans cette lettre si ter- rible , je serais tentée de me jeter à ses pieds.

MAITRE HUGXJO-, la regardant manger.

' Le repas est frugal... mais quand on a bien marché... Ah! le

beau pain !.. du pain magnifique !.. d'une blancheur éblouissante...

Regarde donc, Suzanne... ça fait plaisir avoir.

SUZANNE , bas.

Ne parlez pas de ça , monsieur.

MAITRE HVavo , s'approchant.

C'est-à-dire que je n'en ai jamais vu de pareil.

PAOLA

Je viens cependant de l'acheter à l'entrée du village.

MAITRE HTJGUO , s'approchant davantage.

Comment! il a été fait ici !.. Eli bien , on ne nous en donne jamais de semblable... Suzanne , il faudra changer de boulanger... Après ça, il n'a peut-être pas autant de saveur... ( // casse un petit morceau, comme pour goûter.) Délicieux!.. Bien meilleur que le nôtre... Goùtes-en donc un peu , Suzanne. SUZANNE , hésitant.

Moi, monsieur... je... je n'ai pas faim.

MAITRE HUGUO.

Parbleu... ni moi, non plus... Mais c'est égal... c'est seulement pour jugei'.

PAOIA.

Je vous en prie.

MAITRE HUGUO donnant un morceau de pain à Suzanne. Tu auras soin de prendre l'adresse exacte. {Il mange cncor . ) C'est qu'il est excellent... Il faut même qu'il ait quelque propriété particulière; car voilà que... j'ai presque aussi faim que si je n'avais pas soupe.

pAola , ai'ec empressement.

Il serait vrai!.. Ah! que je suis heureuse de pouvoir vous offrir quelque chose. (Maître Hugo s'assied auprès de Paola.)

(i) Paola, maître Huguo, Suzanne.

MAITRE HUGUO.

Yous êtes bien bonne ! C'est un caprice... ( A Suzanne qui s'est approchée de lui.) Tiens, Suzanne... {Lui donnant un morceau de pain. ) Sans en faire semblant... je parie que tu es comme moi... Mais il ne faut pas s'eloufTer... As-tu du vin, là? {Suzanne fait un signe de lue. ) ISon I tu as encore perdu la clé de la cave I Tu n'en fais jamais d'autres .'

PAOLA , offrant ses fruits.

Ces fruits pourront y suppléer.

MA [THE HUGUO.

Des oranges superbes... Au fait, pour une légère collation, il ne faut pas y regarder de si près. {H se Lève , et présentant une orange à Suzanne.) Tiens, Suzanne... une poire pour la soif. {Bas.) Quand je te le disais!

Air de Céline.

Comme la providence est grande!..

On fait bien d'être hospitalier...

Ce que le pauvre nous demande.

Elle est là pour nous le payer !..

Tu vois ce qu'un bienfait rapporte.

Si moins sensibles aujour i'hui...

{Montrant Paola.) Nous l'avions laissée à la porte.

Le souper y restait aussi.

{Mordant dans son pain')

Et c'eût été dommage... {Haut.) Ma. foi, on a bien raison de dire que l'appélit vient en mangeant , il nie semble que je dévore.

PAOLA

Que vcas me faites plaisir d'en agir ainsi, sans façon, avec moi I

MAITRE HUGUO.

C'est tout naturel, mon enfant, vous m'avez intéressé du premier moment que je vous ai vue... Vous venez de bien loin ? PAOLA , hésitant.

Des environs de Naples.

SazANWE.

Et vous vous rendez à Ferrare ?

MAITRE nUGUO.

Pour y retrouver votre famille ?

PAOLA, baissant les yeux.

Hélas I je n'en ai plus.

MAITRE HUGUO.

Pauvre petite I

PAOLA, se levant (i).

Le seul pavent qui me reste , refuse de nie voir.

(i) Maître Hugo. Paola, Suzanne.

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