‹ La séparation; comédie en trois actes et en proseChapitre 184 sur 300 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

(Il sort par le fond.)

LE MARQUIS , LE PRINCE , en costume très-simple , et seulement

ai^ec le crachat et le grand-cordon de ses ordres sous un frac.

!le PRiJSCE, à la cantonnade.

C'est bien, vous dis-je, je veux être seul. {A lui-même.) Ces bonS

courtisans s'imaginent qu'on ne peut se passer d'eux. {Apercevant

le marquis.) C'est toi , Castelli?

LE MARQUIS

Encore rêveur, mon prince?

LE PRSNCE , soupirant.

Oui , je croyais que c'était plus amusant d'être le maître ; tout le monde vous obéit... c'est monotone.

LE MARQUIS

C'est ce projet d'hymen dont on vous fatigue.

LE PRINCE

Non , ce n'est pas cela qui m'agite. {Le regardant et lentement.) Un autre souvenir...

LE MARQUIS

Vous y pensez encore ?

LE PRINCE

Je la vois toujours I si bonne , si jolie... et mourir si jeune I car tu es bien sûr...

LE MARQUIS

Malheureusement, mon prince !.. Mais à quoi bon rappeler... c'est entretenir cette tristesse qui nous désespère et qui n'a aucun fondement j car enfin qu'est-ce qui vous importune ?

LE PRINCE

Tout.

Qui pourrait vous plaire ?

LE PRIHCE.

Rien.

LE MARQCis, ai>ee intérêt.

Songez donc que vous avez des anàs.

LE PRINCE , froidement.

Tu crois ?

LE MARQUIS

Oui , mou prince, et de véritables amis qui vous sauveront malgré vous. Rien ne nous coûtera... fêtes, plaisirs, divertissemens... {Souriant.) Aujourd'hui , par exemple, vous n'aurez pas le temps de respirer.

LE PRINCE, distrait.

En vérité?

LE MARQUIS

Ce matin un concert ; ce soir, bal, opéra nouveau... Voilà trois jours que je m'occupe sans relâche de moyens de vous amuser. .. je n'en dors pas.

LE PRINCE, souriant ai^ec effort.

Pauvre rnarquis ! c'est vraiment un excellent ministre.

LE MARQUIS

Oui, mais il faut me seconder. Si, en attendant l'heure du conseil, vous donniez audience aux bouffons que j'ai fait venir de Milan, de Bergame , et qui brûlent d'obtenir cette charge vacante depuis si long-temps.

LE PRINCE

Moi I choisir un plaisant de profession I

Oui , mon prince ; il nous faut quelqu'un qui vous iasse rire inal(jré vous , et je vais donner ordre qu'on les introduise séparément. {A mi-voix.) J'aurais bien aussi (Quelques autres moyens de distraction , mais je n'ose les proposer à Son Altesse.

LE PRINCE

Comment ?

LE MARQUIS, accc Une grai>ité comique.

Si elle l'ordonne, cependant, j'aurai l'honneur de lui soumettre un travail à ce sujet là. {S' inclinant.) Je cours rassembler le conseil (à part) ou plutôt le faire manquer.

(H sort parla droite.)

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