‹ La séparation; comédie en trois actes et en proseChapitre 188 sur 300 · SCÈNE Vï · texte numérisé non relu

SCÈNE Vï

LE PRINCE , ensuite MAITRE IIUGUO.

LE PRINCE, à lui-même.

De fades houft'onneries, des grimaces... comme si je n'en avais pas déjà assez autour de moi.

(Il s'assied auprès de la table, il prend un livre, et tourne le dos à la porte par laquelle entre maître Huguo.)

MAITRE HUGUO, en désordre , la perruque de traders et parlant à la

cantonnade.

Je vous dis que Son Altesse m'a fait demander. {A lui-même et sans voir le prince.) Que de mal ! courez donc après les lionneurs ! cet imbccille de postilloii qui me verse en chemin; heureusement encore, car je ne sais où nous allions... et en m'échappant, j'ai voulu m'assurer que je n'avais perdu aucun papier... le premier qui me tombe sous la main , c'est le contrat de mon boau-frère... que cette petite m'avait remis; c'était ma nièce I me voilà avec un enlant là-bas... ma place ici... je ne sais auquel entendre ! enfin , c'est égal... sauvons d'abord l'état, ensuite nous verrons, (/.c/^rmrc fait un mouvement , maître Huguo aperçoit le grand-cordon.) CAnUl c'est le prince.

LE PRINCE , sans se retourner.

Qu'est-ce qu'il y a ?

MAITRE HUGUO j s'inclinant.

Pardon, Altesse.

LE PRINCE , arec humeur.

Encore !

MAITRE HUGUO , timidement.

Je me suis fait attendre... c'est moi , maître îluguo Bambetto... pour la place en question.

LE PniNCE.

Pour la place ! {Le regardant et riant malgré lui.) Oh ! la drôle de figure !

MAITRE HUGUO, à part.

Il paraît que ma physionomie lui revient.

LE PRINCE, de même et riant plus fort. A la bonne heure au moins , voilà une figure originale.

MAITRE HUGUO, à part.

Qu'est-ce qu'il a donc à rire ainsi ?

LE PRINCE , gaiment.

Approchez , maître...

MAITRE HUGUO.

Bambetto , mon prince.

LE PRINCE, à part.

Où diable vont-ils chercher leurs noms?

MAITRE HUGUO.

Air : Vaudeville du Premier Prix.

Sans costume je nie présente.

J'ai failli ne pas arriver.

LE PRINCE, le regardant en souriant.

D'honneur la tête est excellente.

MAITRE HUr.UO.

J'espère bien vous le prouver.

LE PRINCE, gaiment.

Soit : j'ai besoin de gens habiles, A la cour il faut de bons choix...

Car les chemins sont difficiles.

MAITRE HUGUO, scfrotlant les bras.

Elles postillons maladroits.

LE PRIN CE , riaut toiijours.

Il a de l'esprit. {Haut.) Vous avez beaucoup de concurrens.

MAITRE HUGUO, cvcc bonhomie.

Oa ne m'e'tonne pas, mon prince, il y a près de vous tant de personnes capables de remplir les fonctions que j'ambitionne. LE PRINCE , enchanté.

Comment diable ! des e'pigrammes !.. {Haut.) Il est sûr que si tous les cervaux timbrés se mettaient sur les rangs...

MAITRE HUGUO.

Ce ne sont pas ceux-là que je crains.

LE PRINCE , toujours plus gai.

Oh ! je le crois.

MAITRE HUGUO.

Mais ceux qui ne doutent de rien et qui disent : f^oilà une bonne place , je ne sais pas ce que c^esf; c^csl égal , je vais la demander.

LE PRIA'CE, gainicnt.

£t ils la demandent !

MAITRE HUGUO.

Et ils l'obtiennent I

LE pniNCE , riant plas fort.

Et ils font des sottises !

MAITRE HUGUO , auec bonhomie.

Dam ! ils font leur état.

LE PRINCE , à part.

Eh ! mais, il emporte la pièce.

MAITRE HUGUO.

Moi , mon prince , je me pre'sente avec confiance ; il vous faut un habile financier, un savant économiste , un profond politique ; je vous offre le fruit de mes longues études.

LE v^iv CE , éclatant.

Ah ! ah! ah !.. profond politique !

MAITRE HUGUO , déconcerté.

Dam ! si vous en connaissez de plus fort...

LE PRINCE , riant.

Non , non . il est charmant. (Haut.) Je serais inexcusable de laisser dans l'ombre un génie aussi extraordinaire , et dussent tous tes rivaux en mourir de jalousie, tu l'emportes... je te nomme. MAITRE HUGUO, transporté.

Est-il possible ! je suis nommé... ( à part) conseiller de la couronne... (Haur.) Ah ! mon prince !

(Il veut lui baiser la main. )

LE PRINCE , riant.

Finis donc, maître fou... Dieu me pardonne... il a les larmes aux yeux.

MAITRE HUGUO, avcc feu.

Croyez que je remplirai cette charge honorable avec l'impartialité... le courage...

LE PRINCE, riant plus fort.',

J'y compte. {A part et le regardant.) Il ressemble à celui de mon grand'père, mais il est bien plus drôle.

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