GENEVIÈVE
Ah! mon Dieu! est-il grand , ce Palais-Uoyal... Ca ferait six fois notre village.
FRANCOEUR
Pardon : messieurs , mesdames , vous ne pourriez pas m'indi-
ouer l'adresse d'une dame qu'on appelait mademoiselle
Mont
LA MÈRE FRANCOEUR
Montansier.
( Tout le monde sort sans répondre. ) REJVAUD.
Qu'est-ce que vous lui voulez ?
FRANCOEUR
Je lui ramène ma vieille mère , qui a été chez elle autrefois.
Aiu du Petit Courrier.
Elle y resta jadis long-temps , Elle y fut toujours bien fêtée...
EU' nv s'.-a pas plus maltraitée Qu'eir ne le fut il y a trente ans.
LA MÈRE FRANCOETIR.
Oui , quoique bien du monde ignore Que j' fus chez mam'sell' Montansier, J'esp.re bien r'trouver encore Queuqu's vieux amis dans le quartier.
FRANCOEUR , ai'cc âme.
Oui , ma mère, oui , vous en retrouverez.
RENAUD
Monsieur est militaire ?
FRANCOEUR
Oui , monsieur... je l'ai été , et puis je ne l'ai plus été... et puis je le resuis encore... Les dangers étaient passés... Je labourais mon champ... Ils reviennent... je retourne à mes drapeaux... et je vais recommencer la guerre, s'il plaît à Dieu , et à ces messieurs.
RENAUD
Yoilà comme ils sont tous, ces débris de notre vieille gloire... ces héros de Lody, des Pyramides, de Wagram.
LA MÈRE FRANCOEUR
Et de bien d'autics batailles encore... s'il fallait qu'il vous racontît tous les condiats où il a été... pas vrai , mon fds... ( Elle lui donne une petite tape sur la joue. ) C'est que je l'oime bien, aile?...
liem!.. ça ne^m'enipêche pas de le gronder quelauefois... et il m'obëit... ah, ah !.. Pas vrai , mon fils, que tu m obéis encore , quoique tu aies des moustaches?
FRANCOEUPv.
Comme à mon capitaine.
LA MÎîUE FRANCOEUR.
C'est un bon fils que j'ai là... allez... Ah ! ça, si je m'assisais un brin... les jambes me rentrent.
GENEViiîVE.
Venez par ici , mère Francœur, voici un banc.
LA MÈRE FRANCOEUR
Oui , Geneviève.
FRANCOEUR, à demi-voix Pau.vre mère I je vais encore la quitter une fois I Dieu sait si je la retrouverai!., mais c'est égal... elle n'a pas hésite.
Air : Connaissez mieux le grand Eugène. Depuis quinze ans , pour nourrir ma bonn' mère , Moi , vieux soldat , j' m'étais fait laboureur; Mais v'ià qu'en France on a parlé de guerre , Et connaissant mon courage et mon cœur, En m'embrassant, ell' m'a dit : « Va Francœur, n Que j'sois toujours présente à ta mémoire ; " Et si j'suis mort' quand la guerre éclat' ra , « Défends , mon fils , défends le territoire « Où la pauvre mèr' dormira. »
LA Mï:RE FRANCOEUR.
Qu'est-ce que tu dis donc là, mon fils?
FRANCOEUR, s'essiiyant les yeux.
Rien, ma mère, rien... soyeztranquille: je reviendrai quand j'aurai dit deux mots à nos anciens amis les ennemis ! Nous avons de vieux comptes à régler, et personne ne manquera à l'appel... toutes les routes sont couvertes de conscrits, de soldats... des jeunes, des vieux... oui, des vieux... il y en a encore... j'en ai retrouvé... Il y en a aussi que je ne retrouve plus... mais leurs enfans sont là... Ce matin , j'en ai rencontré deux... le fils à Robert... vous savez bien, maman, mon ancien caporal, tué à Champ-Aubert, à côté de moi.. . et puis le neveu de mon pauvre lieutenant que nous avons laissé à Montmirail, qui est mort en ine serrant la main , et en me disant : « Prends ma croix, sauvc-ià, et venge-nous. » .Te n'ai pas pu, alors ! mais à présent, nous y v'ià... et comme me disaient ces braves enfans , en me pressant dans leurs bras : « Nous avons nos " pères, .nos amis à venger... notre pays à défendre... nous ne re- " culerons pas d'une semelle, » et ils le feront comme ils le disent.
AiB : C'est cela , c'est cela.
Je les conduirai , j'espère , Quoiqu'on ait cinquant'-huit ans , Qu'on ait fait long-temps ia guerre , Et qu'on ait des cheveux blancs.
Qu' j' r'pass' l'hal)it militaire , Et que j' marche avec fierté , Le fusil eu bandoulière Et r briquet à mon côté.
On dira :
C'est bien ça , J Bis,
là.)
Les vieux sont encor bons là.
DEUXIÈME COUPLET
Nous aurons un' jeune armée Qui n'attend que le signal , El noire ancienn* renommée Ne peut pas lui fair' de mal.
Respectons la paix publique ; Mais c'pendant un beau matin , Si d' l'Autriche ou d' la Belgique Faut aux jeun's montrer 1* chemin.
On raarcii'ra ,
Oui , pour ça Les vieux sont encor bons iè
RENAUD
Si l'on ne dirait pas qu'il y est encore.
FRAINCOEUR.