‹ La séparation; comédie en trois actes et en proseChapitre 230 sur 300 · SCÈNE YIl · texte numérisé non relu

SCÈNE YIl

EDOUARD, ARMAND. [Ils déjeunent.)

ARMAND

Quoi ! mon cher Edouard... sérieusement , tu es marié?

EDOUARD

Hélas J oui,

ARMAND, riant.

Tu m'apprends cela comme une catastrophe ! Est-ce que ta femme n'est pas jolie ?

EDOUARD

Charmante.

ARMAND

Son caractère ?

EDOUARD

Des plus heureux! c'est un mélange de douceur, d'esprit, d'ingénuité...

ARMAND , transporté.

An ! tu n'imagines pas le plaisir que tu me lais !

EDOUARD , étonné.

Bah ! et pourquoi ?

Ah! c'est que... [s'arrétant tout court cl à par/.) Diable ! et mon secret !

ÉDOUAKD.

Eh bien?

ARMAND

Ahl c'est que... je prends tant d'intérêt à tout ce qui te touche... et puis... tu feras un excellent époux , je te l'ai toujours dit, tu étais né pour le mariage.

EDOUARD

Allons! tu me disais le contraire il y a six mois... tu pestais contre le mariage.

ARMAND

Contre le mariage?... moi?... contre les maris , c'est possible; mais le mariage, mon ami, c'est le nœud le plus respectable, le plus doux ! celui que l'on ne saurait contracter trop tôt pour son bonheur , la morale , le bon exemple...

EDOUARD

Fort bien ; mais tu ne sais pas mon embarras : nous nous étions promis , ma sœur et moi , de ne pas nous quitter, de ne prendre aucun engagement. . . elle va être iurieuse.

A K M A N D , toujo iirs gai.

Pas du tout ; j'arrangerai cela.

EDOUARD

Prudent négociateur! tu oublies déjà que tu m'as promis le secret le plus absolu.

Quoi ! tune veux pas que je lui dise ?.. .

édouabo.

Pas un mot! J'ai la parole, Armand , et je ne plaisante pas là-dessus. Clémentine déteste le mariage , elle a tous les hommes en horreur.

ARMAND, souriant.

Ah !... tous?

EDOUARD

Mon Dieu! tu ne la connais pas; ic'est un sage, un philosophe.

AiRJttANO , de même.

Philosophe ! Eh bien! moi , je te réponds qu'elle sera '-K^rraée du parti que tu as pris. i , • ■

EDOUARD

Aurais-lu (juelque raison de penser...

ARMAND

Non, non... c'est une idée, [à part.) Maudit serment ! la langue me démange ! [haut.) Ah ! ça, et les parens de ta femme ?

EDOUARD

Autre embarras ! Ma Cécile dépend d'un tuteur, ancien colonel , qui est même créancier de la succession, et qui s'avise d'aimer sa pupille ; elle est d'un caractère timide , elle n'ose avouer au colonel un mariage formé sans son aveu ; elle redoute ses emportemens.. . moi , je crains que ma sœur ne se fâche aussi.

Ta femme est-elle à Paris ?

EDOUARD

Oui, près d'une tante qui loge à cent pas d'ici. Voyons, que me conseilles-tu ?

ARMAND

C'est tout simple ; il faut prendre les moyens doux... conduire ta fennne chez ta sœur, obliger le colonel à reconnaître votre mariage , et s'il fait le récalcitrant... au bois de Vincennes.

EDOUARD; levant les épaules.

Une affaire! un éclat scandaleux! décidément, mon pauvre ami, tu as perdu la tête.

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