SCÈNE Yllï
LES MEMES , ROBERT , accourant.
ROUKRï, bas à son maître.
Monsieur, monsieur. . . madame de Cernay . . .
ARMAND, à part et Se levant.
Clémentine ! Ah ! mon Dieu !
ROBERT , bas.
Je l'ai fait entrer dans le petit salon .
EDOUARD
Qu'as-tu donc?
ARMAND , embarrassé.
Rien , mon ami. C'est... c'est une visite que je n'allendais pas sitôt.
ÉDOL\RD , souriant. Une visite? ah ! fripon, je vois maintenant pourquoi tu n'as pas voulu me mettre de moitié dans ta gageure.
ARMAND
Du tout... ne crois pas... C'est un créancier qui veut absolument me parler.
EDOUARD
Un créancier! parbleu, qu'il entre; nous sommes faits aux manières de ces animaux-là.
ARMAND
Oh ! celui-ci ne ressemble point aux autres ; je lui dois beaucoup d'égards, et s'il faut te l'avouer, c'est lui qui me retient ici depuis quinze jours.
EDOUARD
Et tu le ménages? Attends, attends, je me charge de le recevoir. Robert, ouvre une fenêtre.
ARMAND
Y penses- tu?
ROBERT
Jolie manière de payer ses dettes!
ARMAND
Je te remercie de ton zèle ; mais si tu voulais m'obliger, tu me laisserais seul avec lui.
EDOUARD
Comment? tu me renvoies sans avoir déjeuné !
ARMAND, jetant sa serviette.
Si fait ! nous avons déjeuné... je n'ai plus faim.
EDOUARD, se 7-asseyant. Moi, je n'ai pas commencé, et je reste.
ARMAND, à part.
Ah I mon Dieu !
EDOUARD, mangeant.
Robert, fais entrer l'usurier, que je ne vous dérange pas.
ROBERT , faisant signe à son maître.
Volontiers, monsieur... aussi bien, je crois qu'il sera enchanté de vous voir.
EDOUARD, 7'iant.
Rah ! est-ce que je le connais ?
ROBERT, avec intention.
Certainement; vous savez bien... ce vieil Arabe?...
EDOUARD, inquieL Qui me prêta l'année dernière?. . .
ROBERT
Ces mille écus...
EDOUARD
Que je dois encore?
ARMAND, appuyant.
Justement.
EDOUARD, troublé et se levant.
Je me sauve , je me sauve!
Air : f^audeville des Gascons.
Vite, par un autre escalier!
Grand Dieu! quel accident étrange!
Car s'il a ma leltre-de-change , Il peut me faire prisonnier.
i^avec indignation.) Oncles , tuteurs , rivaux jaloux , Que de traverses dans la vie Peuvent séparer deux époux!...
Sans compter Sainte -Pélagie.
[Robert enlève la table et la porte dans le cabinet à gauche.)
ENSEMBLE
EDOUARD et ARMAND.
Vite, par un autre escalier!
Grand Dieu ! quel accident étrange!
Car s'il a lellre-de-change.
Il peut faire prisonnier.
v^ovE.v.T , échangeant des signes avec son maître. Vite, par un autre escalier!
Grand Dieu! quel accident étrange!
S'il a votre letlre-de-change, II va vous faire prisonnier.
EDOUARD, en sortant.
Adieu, adieu... discrétion à toute épreuve.
( Robert le fait échapper par la porte de V escalier dérobé; il la referme, et sort par le fond à droite pour aller chercher Clémentine.)
SCÈJNE IX.
ARMAND , seul.
Ouf !... je respire !... j'ai pensé me trahir vingt fois... quel rôle insupportable !... moi, qui n'ai jamais su garder mes secrets , m'en voilà deux sur les bras ! . . . (o^^rcevanl Clémentine.) C'est vous, chère Clémentine!