‹ La séparation; comédie en trois actes et en proseChapitre 232 sur 300 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

ARMAND , CLÉMENTINE , conduite par Robert qui sort aussitôt.

*clémenti-NE , en riant.

Ah ! ah ! ah I... mon pauvre frère î je ris encore de sa fi'ayeur... méprendre pour un créancier... se sauver par l'escalier dérobé , quand je tremblais moi-même de le rencontrer !

ARMAND

Ma foi , c'était le seul moyen de nous en débarrasser. [tendrement.) Clémentine , je vous revois enfin ! vous venez donc lever mes arrêts?

CLEMENTINE.

Un moment, s'il vous plaît, monsieur, les quinze jours ne sont pas expirés.

ARMAND

Ah ! . . . pour une heure ou deux ! . . .

CLEMENTINE.

Je ne vous ferai pas grâce d'une minute. .T'ai voulu seulement m'assurer, en passant, que vous n'aviez enfreint aucune condition du traité.

ARMAND

Aucune, je vous jure... car je me suis ennuyé !. .

CÉMENTINE.

Ingrat! je vous écrivais tous les jours !

ARMAND

Oui , pour me parler momie , sagesse !.. jamais un mot d'amour.

* Clémentine, Armand.

CLÉMENTINE

Plaignez-vous , je vous le conseille ; je fais de la morale dans mes lettres ,... et je ne sais comment il se fait que je me trouve ici, chez vous... Ah! bon Dieu! que déviendrais-je si quelqu'un . . .

ARMAND

N etes-vous pas avec votre époux?

CLEMENTINE.

Pas encore, monsieur.

ARMAND , l'imilanl.

Pardonnez-moi. Yous m'avez promis votre main aussitôt cette grande épreuve terminée ; je ne vous ferai pas grâce d'une minute.

CLÉMENTINE

Vous m'effrayez!... quoi, sérieusement, vous vous aviseriez de devenir raisonnable, de vous corriger de tous vos défauts ? . . .

ARMAND

Vous le voyez ; je n'ai pas bougé d'ici ; plus de jeu , plus de duels...

CLÉMENTINE, avec dépit.

Eh bien ! vous me désespérez.

ARMAND

Comment ?

CLÉMENTINE

Oui , monsieur, je suis outrée contre vous^ contre moimême,... et je ne vous le pardonnerai de ma vie!... Quand je vous proposai cette épreuve bizarre , je ne voulais qu'échapper à vos persécutions. Je m'attendais que tout en promettant des merveilles , le naturel l'emporterait. . . Il me semble qu'à cet égard , le passé devait me répondre de l'avenir !

Air : Pour le chercher j'aivive en Allemagne.

Oui, je complais , d'après les apparences.

Qu'au bout d'un quart d'heure , déjà Vous auriez fait cinquanta extravagances:

Vous étiez en fonds pour cela.

Maïs point du tout, plein d'une ardeur nouvelle, Sage, soumis, comme un preux chevalier, Vous menacez même d'être fidèle...

Mais , désormais, à qui donc se fieri*

ARMAND

D honneur! le reproche est nouveau. Qu'auriez-Toos donc dit , si j'eusse manqué à ma promesse ?

CLÉMENTINE

J'aurais dit. . . j'aurais dit que vous étiez un traître, un inconstant , un homme affreux ! ... un homme. . . comme ils sont tous , ou à peu de chose près. . . mais il ne s'agit pas de ce que j'aurais dit... c'est de moi qu'il estquestion; comment m'excuser auprès de mon frère? ARMAND, légèrement.

De votre frère... oh I que cela ne vous inquiète pas ; il sera enchanté.

CLÉMENTINE

Enchanté , lui !... et de quoi , je vous prie? pauvre Edouard !... il ne pense qu'à moi , il fuit l'amour et se prive de tout attachement, pour se consacrer entièrement à sa sœur !... il va m'en vouloir à la mort. ARMAND, impatient de parler.

C'est ce qui vous trompe ; il a tout- à-fait changé de manière de voir. Apprenez enfin qu'il vient de m'àvouer... [à pari.) aye, aye!.. et mon serment, mon autre secret... j'ai une fureur de parler !

CLÉMENTINE

Eh bien?

ARMAND , embarrassé.

Oui. . . il vient de m'avouer que. . . oh ! c'est que nous avons beaucoup parlé de vous.

CLÉMENTINE

Comment... lui auriez-vous dit...?

ARMAND

Rien y rien du tout ! c'est lui au contraire qui m'a laissé entrevoir...

CLÉMENTINE

Ah ! mon Dieu ! il se doute de quelque chose !

ARMAND

Non... mais il prévoit que votre cœur...

CLÉMENTINE , Vivement.

Vous vous serez trahi ! j'en étais sûre. ARMAND , plus embarrossé.

Mon Dieu non ; ce n'est pas cela , il n'a aucun soupçon... mais c'est que... voyez-vous... il m'a confié son embarras.

CLEMENTINE.

Son embarras?

ARMAND, s' embrouillant .

Je veux dire... son inquiétude pour l'avenir... [à part.) Je ne m'en tirerai jamais.

Air : Je n'ai point vu ces bosquets de lauriers.

C'est clair... Alors... comme il a le projet... Dans vos desseins... de ne pas... vous contraindre ; Et que, lui-même... il voudrait. ..cela fait Que tous les deux... vous n'avez rien à craindre. CLEMENTINE , étoiinée.

Eh ! mais , bon Dieu ! mon cher Armand , Qu'avez-vous donc? et quel discours étrange! Je finirai par vous croire, vraiment , Bien amoureux; car, depuis un moment , (en riant.)

Vous déraisonnez comme un ange.

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