LES MEMES, FLAMANT
FLAMANT , regardant de tous côtés.
C'est singulier!... est-ce qu'ils l'ont fait envoler?
ARMAND
Que veux-tu?
FLAMANT, regardant toujours.
Ah ! monsieur. . . une aventure ! je ne sais pas si j'aurai la force de vous raconter. . .
EDOUARD
Qu'est-ce donc?
FLAMANT , montrant Edouard.
Attendez ! . . . c'est monsieur qui vient de descendre d'une voiture de place, et qui m'a tant recommandé de ne laisser monter personne.
ARMAND
Oui... Eh bien?
* Flamant, Armand, Edouard.
FL A M A N T , cherchaiil des yeux.
Pardon. .. monsieur n'était pas seul.
ARMAND , impalienlé.
Si fait, monsieur était seul.
FLAMANT , (f un air d'inlelligence.
Ah! permettez... j'ai de bons yeux ; et j'ai très bien distingué une jeune personne qui se glissait comme ça , le long de l'escalier... ça m'avait tout l'air d'une cousine. -'
ARMAND
Mais qu'est-ce que cela a de commun...
FLAMANT
Je suis bien aise de vous prouver que je ne suis pas de ces portiers qui laissent tout passer sans rien voir.
ATîMAND.
Finiras-tu y bourreau?
FLAMANT
Voici, capitaine : il n'y avait pas deux minutes que la voiture de monsieur était partie , qu'il est entré dans ma loge un grand bel homme , un peu sec , comme moi... les cheveux gris et une paire de moustaches! ah î quelles moustaches !
Air : En guerre ces aventures.
Leur longueur extraordinaire M'a si fort troublé , qu'enfin , Jugez, je taillais une paire De souliers pour le voisin.
En voyant celte figure El ces regards à l'envers , J'en ai coupé , je vous jure , Mes oreilles de travers.
EDOUARD , bas à Armand.
C'est le tuteur!
FLAMANT , Ics obseTvant.
C'est le papa , n'est-ce pas?. . . je m'en étais douté.
ARMAND
Hein?
Il était d'une colère... dame, c'était bien naturel.
FLAMANT
ARMAIND.
Bien naturel ! et pourquoi?
FLAMANT
Pourquoi? c'est ce que je lui ai demandé, [l'imitant.) Ils sont ici... qu'il a fait comme ça en jurant d'une manière bien impolitique... Ils sont ici, corhlea , il faut qn'onme les trouve! réponds , drôle , réponds... ou par la mort... Comme monsieur m'avait donné de l'argent pour me taire, j'ai d'abord voulu nier... — Tu en as menti, effronté coquin! — Mais monsieur... je vous proteste... — Tu as reçu tout à l'heure un officier , avec une jeune personne... la voiture s'est arràée devant cette maison — on les a vus descendre. — Mais, monsieur... —Ah! tu veux raisonner! .. . à ces mots, il a levé sa canne.
ARMAND
Sa canne !
FLAMANT
Et quelle canne... avec des nœuds!... [se frottant le bras. ) Moi , qui ne suis pas fait au feu , ça m'a tout bouleversé.
Mais tu n'as rien avoué?
FLAMANT, se frottant toujour S.
Pour le dérouter, j'ai dit qu'il n'y avait dans la maison qu'un officier, un capitaine de hussards, nommé monsieur Armand, et qu'il était sorti depuis une heure. — De hussards, qu'il a dit? oui , c'est bien cela , j'avais déjà^ pris mes informations! il est ressorti? c'est une ruse... n'importe , nous nous verrons !.. . Là-dessus , il s'est mis à écrire sur un carré de papier.
ARMAND, /JOM^^<? à hout.
Enfin, butor?
FLAMANT
Butor? c'est justement ce que ce monsieur m'a dit. Tiens, butor, qu'il m'a fait , porte cela à M. Armand. . . je vais attendre la réponse au café qui est au bout de la rue. Ah ! dame , à ce mot de butor, la moutarde m'est montée au nez... je l'ai regardé comme ça... d'un air... et je lui ai répondu : Ça suffit, monsieur, voilà que j'y monte tout de suite.
EDOUARD
Peste !
FLAMANT
C'est que je n'aime pas qu'on me marche sur le pied !
ARMAND
Et cette lettre?
La voici.
ARMAND, la lut arrachant.
Eh! donne donc ; c'est par là qu'il fallait commencer. ( à Edouard , en ouvrant la lettre. ) Nous allons voir...
VLkMKî^j , s' approchant.
Oui, nous allons voir... l'écriture est diablement difficile à déchiffrer... c'est comme des pieds de mouches.
ARMAND, le regardan t .
Hein , comment le sais-tu?
FLAMANT, embarrassé.
Ah ! je sais... c'est-à-dire... j'ai vu en montant...
ARMAND
Fort bien. Eloignez- vous, monsieur Flamant. ( Il lit bas avec Edouard.^
FLAMANT
Mais où dia-ble l'ont-ils cachée ?. . . Ah !.. [Il va regarder à la serrure du petit cabinet. )
Édocard, lisant avec Armand.
Le colonel Bonneville... c'est lui.
ARMAND
Contiens-loi. [apercevant Flamant qui regarde.) Eh bien! eh bien ! monsieur Flamant, qu'est-ce que c'est? FLAMANT , embarrassé.
Rien, monsieur ; c'est que j'ai cru que vous m'appeliez.
ARMAND , d'un ton sec.
Laissez-nous.
Oui, mon capitaine, (à part.) Oh! en voilà une bonne !... cachée avec deux jeunes gens! Courons vile raconter ça à la feauue de chambre du numéro six.
{Il sort.)