‹ La séparation; comédie en trois actes et en proseChapitre 239 sur 300 · LES MEMES, FLAMANT · texte numérisé non relu

LES MEMES, FLAMANT

FLAMANT , regardant de tous côtés.

C'est singulier!... est-ce qu'ils l'ont fait envoler?

ARMAND

Que veux-tu?

FLAMANT, regardant toujours.

Ah ! monsieur. . . une aventure ! je ne sais pas si j'aurai la force de vous raconter. . .

EDOUARD

Qu'est-ce donc?

FLAMANT , montrant Edouard.

Attendez ! . . . c'est monsieur qui vient de descendre d'une voiture de place, et qui m'a tant recommandé de ne laisser monter personne.

ARMAND

Oui... Eh bien?

* Flamant, Armand, Edouard.

FL A M A N T , cherchaiil des yeux.

Pardon. .. monsieur n'était pas seul.

ARMAND , impalienlé.

Si fait, monsieur était seul.

FLAMANT , (f un air d'inlelligence.

Ah! permettez... j'ai de bons yeux ; et j'ai très bien distingué une jeune personne qui se glissait comme ça , le long de l'escalier... ça m'avait tout l'air d'une cousine. -'

ARMAND

Mais qu'est-ce que cela a de commun...

FLAMANT

Je suis bien aise de vous prouver que je ne suis pas de ces portiers qui laissent tout passer sans rien voir.

ATîMAND.

Finiras-tu y bourreau?

FLAMANT

Voici, capitaine : il n'y avait pas deux minutes que la voiture de monsieur était partie , qu'il est entré dans ma loge un grand bel homme , un peu sec , comme moi... les cheveux gris et une paire de moustaches! ah î quelles moustaches !

Air : En guerre ces aventures.

Leur longueur extraordinaire M'a si fort troublé , qu'enfin , Jugez, je taillais une paire De souliers pour le voisin.

En voyant celte figure El ces regards à l'envers , J'en ai coupé , je vous jure , Mes oreilles de travers.

EDOUARD , bas à Armand.

C'est le tuteur!

FLAMANT , Ics obseTvant.

C'est le papa , n'est-ce pas?. . . je m'en étais douté.

ARMAND

Hein?

Il était d'une colère... dame, c'était bien naturel.

FLAMANT

ARMAIND.

Bien naturel ! et pourquoi?

FLAMANT

Pourquoi? c'est ce que je lui ai demandé, [l'imitant.) Ils sont ici... qu'il a fait comme ça en jurant d'une manière bien impolitique... Ils sont ici, corhlea , il faut qn'onme les trouve! réponds , drôle , réponds... ou par la mort... Comme monsieur m'avait donné de l'argent pour me taire, j'ai d'abord voulu nier... — Tu en as menti, effronté coquin! — Mais monsieur... je vous proteste... — Tu as reçu tout à l'heure un officier , avec une jeune personne... la voiture s'est arràée devant cette maison — on les a vus descendre. — Mais, monsieur... —Ah! tu veux raisonner! .. . à ces mots, il a levé sa canne.

ARMAND

Sa canne !

FLAMANT

Et quelle canne... avec des nœuds!... [se frottant le bras. ) Moi , qui ne suis pas fait au feu , ça m'a tout bouleversé.

Mais tu n'as rien avoué?

FLAMANT, se frottant toujour S.

Pour le dérouter, j'ai dit qu'il n'y avait dans la maison qu'un officier, un capitaine de hussards, nommé monsieur Armand, et qu'il était sorti depuis une heure. — De hussards, qu'il a dit? oui , c'est bien cela , j'avais déjà^ pris mes informations! il est ressorti? c'est une ruse... n'importe , nous nous verrons !.. . Là-dessus , il s'est mis à écrire sur un carré de papier.

ARMAND, /JOM^^<? à hout.

Enfin, butor?

FLAMANT

Butor? c'est justement ce que ce monsieur m'a dit. Tiens, butor, qu'il m'a fait , porte cela à M. Armand. . . je vais attendre la réponse au café qui est au bout de la rue. Ah ! dame , à ce mot de butor, la moutarde m'est montée au nez... je l'ai regardé comme ça... d'un air... et je lui ai répondu : Ça suffit, monsieur, voilà que j'y monte tout de suite.

EDOUARD

Peste !

FLAMANT

C'est que je n'aime pas qu'on me marche sur le pied !

ARMAND

Et cette lettre?

La voici.

ARMAND, la lut arrachant.

Eh! donne donc ; c'est par là qu'il fallait commencer. ( à Edouard , en ouvrant la lettre. ) Nous allons voir...

VLkMKî^j , s' approchant.

Oui, nous allons voir... l'écriture est diablement difficile à déchiffrer... c'est comme des pieds de mouches.

ARMAND, le regardan t .

Hein , comment le sais-tu?

FLAMANT, embarrassé.

Ah ! je sais... c'est-à-dire... j'ai vu en montant...

ARMAND

Fort bien. Eloignez- vous, monsieur Flamant. ( Il lit bas avec Edouard.^

FLAMANT

Mais où dia-ble l'ont-ils cachée ?. . . Ah !.. [Il va regarder à la serrure du petit cabinet. )

Édocard, lisant avec Armand.

Le colonel Bonneville... c'est lui.

ARMAND

Contiens-loi. [apercevant Flamant qui regarde.) Eh bien! eh bien ! monsieur Flamant, qu'est-ce que c'est? FLAMANT , embarrassé.

Rien, monsieur ; c'est que j'ai cru que vous m'appeliez.

ARMAND , d'un ton sec.

Laissez-nous.

Oui, mon capitaine, (à part.) Oh! en voilà une bonne !... cachée avec deux jeunes gens! Courons vile raconter ça à la feauue de chambre du numéro six.

{Il sort.)

Page 1