‹ La séparation; comédie en trois actes et en proseChapitre 240 sur 300 · SCÈNE XVIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIII

EDOUARD, ARMAND, ensuite CÉCILE.

ARMAND

C'est un cartel, et d'un style tout-à-fait galant!

[Il pose le billet sur la table à gauche.)

CÉCILE*, sortant du cabinet.

Un cartel !

EDOUARD

Cécile!

CÉCILE, tremblante.

.fe suis perdue ! Ah ! je vous en conjure, Edouard, ne me quittez pas.

ARMAND

Quel enfantillage ! . .. Mais c'est une misère ; on se bat tous les jours et on ne se tue jamais. Dailleurs , vous n'avez rien à craindre , c'est moi qui vais me battre.

EDOUARD

Comment ?

ARMAND

Parbleu ! le cartel n'est-il pas à mon nom?

Oui ; mais je ne souffrirai pas...

ARMAND

Il serait plaisant, celui-là ! Quand tu as eu des affaires, je n'ai pas été sur tes brisées... Que diable ! laisse-moi les miennes.

EDOUARD

Mais...

ARMAND, à mi-voix.

Je t'en prie, mon ami, laisse-moi me battre ; j'ai besoin de me dissiper : voilà quinze jours que je vis de privations.

EDOUARD

Tu te moques de moi. Allons, le colonel m'attend. *Edouard, Cécile, Armand.

CÉCILE^ se désolant.

Ah ! mon Dieu ! que vais-;je devenir?

ARMAND, basa Cécile.

Il ne se battra pas, je vous en réponds. ( à Edouard. ) A propos, ne m'as-lu pas dit que le colonel était créancier de la succession recueillie par ta femme?

EDOUARD

D'une dizaine de mille francs environ.

AHMAViT) , avec joie.

Dix mille francs! quel bonheur! justement Je les ai là, en billets, [lai donnant un portefeuille qu'il va prciidre dans le secrétaire.) Prends-les, mon ami,

Eh! que veux-tu que j'en fasse?

ARMAND, sérieusement et lui serrant la main. Edouard, tu dois le payer avant tout, on ne sait pas ce qui peut arriver. (// va prendre son épée.) EDOUARD, le comprenant.

Ah ! mon ami , je t'entends.

CECILE , les observant.

Monsieur Armand, vous me faites trembler.

ARMAND , avec gaîté.

Eh! non, madame; c'est une petite précaution. (« part.) Parce qu'enfin si nous le tuons, il làut avoir les procédés de son côté. [haut. ) Mais les choses n'iront pas si loin. On pourrait nous surprendre... eh! vite, rentrez.

CÉCILE

Veillez bien sur Edouard.

ARMAND

Comptez sur moi.

ENSEMBLE

Air : Tandis qu'il fait nuit encore (de l'Amazone). ARMAND «f^ EDOUARD.

Allons, l'honneur nous appelle ; A celte voix obéissons , Marchons j Bientôt auprès de sa belle, Pour hâter notre retour, L'amour Guidera nos pas à son tour.

CÉCILE^ en entrant dans le cabinet.

Voyez ma crainte mortelle : ■ Ah ! de mon cœur chassons Ces noirs soupçons...

Bientôt l'amitié fidèle Calmera , par son retour, L'amour, Me rendra la paix en ce jour.

( Cécile entre dans le cabinet, Artnand ferme la porte vitrée. )

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