SCENE PREMIERE
ELOl, ensuite GEORGETTE.
ÉLOi , planté devant la porte de la ferme de madame Catherine, il est enveloppé d'un vieux manteau de berger. Encore une nuit de passée à la belle étoile ! et quelle nuit!... J'ai fait que rêver à niadasne Catiierine... C'est embêtant ça... Dire qu'elle est là, et que je suis ici... (// monte sur une échelle qui est le lonf; du mur opposé, pour tâcher de voir dans la ferme.) ... (soupirant .) Ah! faudra que ça finisse!... [se haussant sur ta pointe des pieds.) Je pourrais pas rester longtemps dans c'te position-lîi.
Air du Caniai'al de Déranger.
Qu'est -c' qui pourra m'fair' l'amitié de m'dire Ce qui se pass' dans mon individu ?
Depuis six mois, je gémis, je soupire. . Ah ! je rvois bien, j'suis un berger perdu .' Jcroyais qu'l'amour, aux champs comme à la viile , Donnait d'I'esprit à c'tilà qu'on manquait ; Avant d'aimer, je n'étais qu'imbécille, Et me v'Ià bête, à présent, tout-à-fait.
GEORGETTE, qui est arrivée tout doucement, lui frappe sur lajambe. Qu'est-ce que vous faites donc là, cousin?
ELOI
Ail! que c'est ti'iûtre, de pincer comme çu les mollet»!
GEORGETTE
Qu'est-ce que vous laites là, qu'on vous demande?
ÉLOl,
Jeme promène.
GEORGETTE
Sur une échelle ?
ÉLOl , descendant.
Tiens, c'est vrai... j'étais sur une échelle!...
GEORGETTE
Vraiment, je ne sais pas ce que vous avez depuis quelque temps , mon cousin ! vous n'êtes pas reconnaissable.
Parce que je m'ai fait arranger les cheveux.
GEORGETTE
^ Eh! non; vous avez beau être toujours planté devant la ferme de madame Catherine, on ne vous y donnera pas d'ouvrage...
ÉLOl.
A cause ?...
GEORGETTE
A cause que vous êtes un mauvais berger. ,, que vous ne faites pas attention à vos bestiaux.
Air : On dû que je suis sans malice.
Vous avez, la semain' dernière,
Perdu la vache à la mèr' Pierre,
Vous avez manqué, y a z'un mois,
D'noyer les ch'vaux d' monsieur Bourgeois ;
La chèvre de ma lanle Huvce
N'est pas encore retrouvée...
Et l'on cherch' l'an' du père Leroi.
ÉLOI
Vous verrez qu'ils diront qu'c'esl moi . (bis.)
GEORGETTE
C'est vrai! j'crois que dans toute la Normandie on n'trouverait pas vot' pareil! jamais un mot aimable... à personne!...
Ça m'ennuie.
GEOKGETTE.
Quiind on joue aux gages touchés, vous ne trichez jamais pour embrasser les ûlles...
ÉLOl.
Si je ne veux pas les embrasser, moi, qui qui peut m'y forcer?
GEOBGETTE.
On ne vous voit jamais à la danse.
ÉLOI
Faut-il pas que je m'harasse pour vous faire sauter?... A la fin de ça, quoique vous voulez?...
GEORGETÏE.
Eh! mon Dieu, n'vous fâchez pas, je viens vous chercher de la part du père Gervais ; il vous attend pour déjeuner.
éloi.
Je peux pas.
GBORGETTE.
Il dit qu'il y aura une bouteille de vin.
ÉLOI
Hein! comment que vou.i dites?
GEORGETTE
Une bouteille de vin; c'est une rareté dans le pays... on ne se souvient pas d'en avoir bu ! On lira le testament de défunt notre oncle.
ÉLOI
On le lira bien sans moi... puisque je ne sais pas lire couramment.
GEOKGETÏE.
Enfin, viendrez-vous ou ne viondrez-vous pas?
ÉLOi, regardant toujours la ferme.
J'voirai plus tard.
GEORGETTE, d part.
Ah! quel animal!... quel lourdaud!... Quelle différence avec mon petit Maclou! c'est ça un garçon aimable... Je vas voir en m'en retournant s'il est aux champs, (d'un air moqueur, se croisant tes bras devant E toi, en l'imitant.) Sans adieu, cousin... Quand celui-là se fera aimer des femmea, il fera chaud... J'haïrais-t'y un homme comme ça!... Adieu, cousin !...
[Elle sort.)