‹ La séparation; comédie en trois actes et en proseChapitre 252 sur 300 · SCENE · texte numérisé non relu

SCENE

ÉLOI, seul.

Elle a raison! c'est bête fie n'avoir pu^ plus d'e«prit... Mais c'est plus Ibrt que moi , quand je vois madame Catherine, une si jolie petite veuve... un nez... une bouche... et puis... qu'est mignonne comme tout... Il me semble que je lui dirais des choses... et drès qu'elle s'approche, va te

promener, il n'y a plus rien là-dedans pas une idée!

j'ai pas même osé lui dire que j'ai passé trois nuits pour guetter ce loup qui désolait sa ferme... Car enfin, qui qui m'empêchait de lui dire : << Madame Catherine, vous avez « vu le loup... Et puis, vous n'avez plus vu le loup... Et « puis, c'est moi qui a tué le loup!... » Ça aurait eu l'air de lui demander quelque chose!... Ah! bah! j'aurai jamais d'agrément avec cette lemmc-là... Au lieur que ce Gobergeot, le barbier du village... il réussira, lui., il a des moyens, et puis une langue qui a plus le fil que ses rasoirs... (Ritournelle.) Ah! mon Dieu ! le voilà déjà!...

SCEKE 111.

GOBERGEOT, ÉLOI.

GOBtRGEOT.

Air : Je suis sergent (du PhiUrt' df M. Auhcr).

Barbiur galant,

Tendre et fringant, Moi , je fais aussi lestement La barbe que le sentiment.

Est-il beauté, prude ou coquette , Qui résiste à la savon ne lie ?

Barbier galant,

Tendre et fringant, Moi, je fais aussi lestement La barbe que le sentiment.

(s'essuyaiU le front.) Tiens, c'est toi, Eloi ?

ÉLOi, le chapeau à la main.

Salut, monsieur Gobergeot.

GO&ERGEOT.

ïu viens encore rôder autour de la ferme de madame Catherine...

ÉLOI

Est-ce que la roule n'est pas aussi bien à moi qu'à vous?

GOBERGEOT, souriant.

Ce n'est pas sur cette roule-là que tu feras Ion chemin...

Qui qui m'en empêchera?

GOBERGEOT.

Mais d'abord... un certain Clément-Ignace Gobergeot, perruquier coiffeur , dont tu as peut-être entendu parler... c'est comme ça, mon cher; dès que j'ai jeté mon dévolu sur une belle, il ne faut pas qu'elle s'avise de me résister... la malheureuse en serait la première victime!... ÉLOI , d part.

Huj'i!... comme il abuse de son physique!

GOBERGEOT.

Madisme Catherine me convient, et puis je ne crois pas lui déplaire.

ÉLOI

A (|uoi que vous avez vu ça ?

GOBERGEOT.

Je l'ai rencontrée hier... ;'» l'entrée du village... (^tirant son jahot. ) je lui ai dit, en me pinçant les lèvres : « vous « vous portez bien aujourd'hui, mame Catherine? — Hum!.".» qu'elle m'a dit. « mauvais sujet !» — « Dame ! que voulezvous, » que je lui ai dit... «c'est dans mon caractère. » — Ça l'a fait rire comme une folle!... voilà comme il faut mener les femmes.

ÉLOI , d part.

Dieu! à-t-il des moyens!... si j'en avais seulement la moitié...

GOBERGEOT, montrant la maison de mère Michelin.

Aussi , nous ferons la noce avant huit jours , ici , chez la mère Michelin, cette ancienne vivandière. ÉLOi , s' excitant.

La noce!... faudra voir.

GOBERGEOT.

C'est tout vu.

ÉLOI, barbouillant.

Il y a... il y a... d'autres partis...

GOBERGEOT, iC uîi iiiv dédaigneux.

Qu'est-ce que çn fait?

ÉLOi, s'échau/fant.

Il y a... il y a... l'adjoint du niaire...

GOBERGEOT.

Je viens de le raser.

ÉLOI

Il y a... le brigadier de la gendarmerie.

GOBERGEOT.

Je lui fais la queue.

ÉLOI , s' échaajfant de plus en plus.

Et puis il y a... il y a... y en a encore d'autres.

GOBERGEOT.

Toi ?

ÉLoii en colère.

Eh ben ! oui... là... moi!... et, puisque c'est comme ca... je vas me déclarer aussi, je lui dirai que je l'aime... je le crierai tout haut... [Il chante à tue-iête. )

Air : Que le seulmériie (de Zoé).

.l'aime !a fermière^ Seule elle a su me charmer, ' Et rien n'peut , j'espère,

M'empêcher dTaimcr.

[criant plus fur t.)

Oui, je l'airo', je l'aime. . .

Et quand ell' s'rait là, Je î'dirais tout d'niême...

[l' apercevant et en tremblant. ) Grand Dieu '. je crois qu'Ia v'Ià.

GOBERGEOT, riant.

Eh bien! vas donc !

ÉLOI , gagnant la gauche.

Certainement j'irai.

CI l chante à mi-voix. )

J'aime la fermière, Seule, elle a su me charmer ; Et rien n'peul, j'espère , M'empêcher d l'aimer.

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