LES MÊMES, CATHERINE
CATHERINE, Sortant de chez elle et sans les voir. Lorsque je sommeille, J'rêve aux amoureux, Et dès que j'm'éTCille...
( Elle les aperçoit : parlant. )
Tiens !.
Jin v'ià déjà deux.
ENSEMBLE
ÉLOi , très bas.
J'aime la fermière.
Seule, elle a su me charmer;
El rien n'peut, j'espère,
M'empècher d'I'aimer.
GOBERGEOT.
Voilà la fermière, Seule , elle a l'droit de m'charmer,
Et rien n'peul, j'espère,
L'empêcher d'm'aimer.
CATHERINE
Voilà la fermière, Personn' n'a pu la charmer:
Mais faudra, j'espère.
Finir par aimer.
Ah ! c'est vous, monsieur Gobergeot?
GOBERGEOT.
Moi-même, la fermière!... [cf un air malin.) vous vous portez bien ce matin ?
ÉLOI, à part.
V'Ià qu'il recommence ses séductions !...
CATHEBINE.
Pas mal, Dieu merci!... (d Éloi , avec bonté , et passant au milieu.) Bonjour, Éioi , bonjour, mon garçon.
ÉLOi, d'un air honteux. Salut, marne Catherine... [à part.) v'Ià mon poids qui revient!
GOBERGEOT.
Belle comme Cérès!... je dis Cérès , ù cause des meules de foin et des tas d'avoine ,.•• j'aurais dit Cyhèle qu'il n'y aurait encore rien de trop... sont-elles belles les avoines cette année?...
ÉLoi . à part.
Dieu ! qu'il a des moyens cet être-là ! je ne pourrai jamais luUer avec lui.
CATHERINE
Mais la récolte n'est pas mauvaise, les orges viennent bien, les seigles ont donné...
GOBERGEOT , d' un air galant.
Pas tant que les amoureux?...
ÉLOI, à part ^ se frappant le front.
Oh! que c'est adroit!...
GOBERGEOT, d'u7i air de prétention.
lïn avez-vous de ce bétail-là!.,.
CATHERINE , souriant.
C'est vrai... ça donne assez!... vingt-deux de déclarés... (regardant Eloien dessous.) sans compter ceux qui ne disent rien.
GOBERGEOT.
A'ous les comptez ceux-là?
CATHERINE
Mais oui,... ils peuvent parler.., je compte tout, moi!
ÉLOi, dans l'admiration.
A-t-elle de l'ordre!
Et il faut de la tête pour ne pas s'embrouiller!... mais je ne m'en plains pas... c'est une occupation d'écouter l'un, d'répondre à l'autre, de gronder celui-ci, d'encourager celui-là ; ça n'a l'air de rien, mais c'est un tas de petits détails... ça demande du soin.
Air : lijaui souscrire à mes lois. (Zampa).
Un seul cpup'd'qeil. en.passanl,
Leur fait tourner la tête , Et c'est toujours amusant,
Mém' sans être coquette !
Le plus sévèr', fuyant mes pas, A beau jurer qu'i! n'aim'ra pas...
Un seul coup d'oeil , en passant,
Lui fait tourner la tète, Un seul coup d'œil , en passant,
Le soumet à l'instant.
Dès que le Lai commence,
Plus d'un galant s'avance ,
Tous veulent me prier ;
On peut, sans conséquence,
A chaque contredanse,
Changer de cavalier.
Quel plaisir! quelle ivresse
De recevoir sans cesse
Bouquets et complimens 1 . . .
De voir les jeunes (illes.
Même les plus gentilles ,
Trembler pour leurs amans! (bis.) Un seul coup d'oeil , en passant,
Leur fait tourner la tête ; Et c'est toujours amusant,
Môm' sans être coquette.
L'une a beau dir' ; « Suivez mes pas, » L'autr' : « Monsieur Jean, ne r' gardez pas, . . » Un seul coup d'oeil , en passant.
Leur fait tourner la tête.
Ils r'vienn'nt tous en s'disputanl ,
Vraiment, c'est amusant.
GOBERGEOT.
Oui, je conçois!... mais faudra finir par faire un choix.
CATHERINE , soupiraiit.
Je le sens bien; mais je tremble de me tromper.,, ces hommes!... c'est si vétilleux!
GOBERGEOT, (f uii air câlin.
Il faut prendre le plus aimable...
CATHERINE
Oui.
GOBERGEOT.
Le plus spirituel...
CATHEBINE.
Oh! je tiens beaucoup à l'esprit !.,,
ÏO
r.ODÊUGEOT.
C'est l'essentiel!... parce qu'une fois mariés, c'est pour long-temps... les soirées d'hiver sont longues... et quanti on est là, au coin du feu... i! est désagréable de s'apercevoir qu'on a épousé une bûche!...
CATHERINE
Toujours de jolis mots !
GOBERGEOT.
Dame... ils viennent d'eux-mêmes!... je les laisse aller, je ne m'en mêle pas... d'ailleurs, vous savez ce que je vous ai<lit!...
CATHERINE; minaudant.
Est-ce que c'est sérieux?
GOBERGEOT.
Parole d'honneur ! Toutes les veuves du pays... les gros bonnets, sont au désespoir !... je leur ai dit: « C'est inu- (' tile, il n'y a qu'une femme au monde pour moi 1... » (// lui prend la main. )
ÉLOi , d part , mordant dans son pain.
Oh ! il en viendra à bout !... s'il se le met dans la tête.
CATHERINE , retirant sa main.
Eh ! mais, eh ! mais, monsieur Gobergeot, savez-vous que vous êtes un homme bien dangereux ?
GOBERGEOT.
Air : Et voilà comme tout s'curange.
Qui, moi, dangereux?... mon Dieu, non!
Mais je suis l'esclave des dames.
Entre nous... Comment fail's vous donc Pour vous faire aimer d'tout's les femmes? A des sortilég's faits exprès Vous devez sans doute vos armes, Vous avez des philtres secrets. ..
GOBERGEOT.
J'ignor' si j'ai des philtres... mais Je sais que vous avez des charmes.
ÉLOi, à part.
Il a de philtes... c'est sûr.
CATHERINE
Ah! charmant!...
GOBEBGEOT, lui baisatxt la main.
Eh bien?...
CATHEBINE.
Dame ! il faut réfléchir!... s'il s'en présentait d'autres; {à pari, regardant Élol,) C'est drôle, je croyais qu'Eloi... il paraît que non... (haut.) car enfin, il peut en venir d'autres... Qu'est-ce que tu en penses toi, Éloi? Éioi , étourdi.
Moi , marne Catherine ?
CATBEBINE.
Oui , tu ne dis rien , viens donc ici. ÉLOi , s'avançant.
{àpart.) Oh! la bonne occasion, si on avait des moyens...
CATHERINE
Eh bien! qu'est-ce que tu dis?
ÉLOI, avec hésitation. Hé, hé, hé!
CATHERINE
Après?
ÉLOI, rencontrant ses y eux et perdant contenance.
II... il... il pourra faire beau aujourd'hui... la girouette €St du côté de la Mare aux Biches.
CATHERINE
Bah!
ÉLOI
A moins pourtant que le vent ne change... parce que les guernouilles chantaient à ce matin.
CATHERINE, Ic regardant tristement.
Ah!... c'est bien!... (àpart.) c'est dommage !... je le trouvais gentil !... l'air si bon ! (Iiaut.) Au revoir, monsieur Gobergeot.
GOBERGEOT.
Où allez-vous donc?
CATHERINE
Chez le notaire, pour ce nouveau bail...
GOBERGEOT.
Je vais vous donner le bras...
CATHERINE
Non, non... vous allez m'aflicher. . .
GOBERGEOT, riant.
Tant mieux... c'est ce que je veux.
Laissez-moi donc !
GOUERGEOT, lui offrant le bras.
Nous causerons de notre mariage.
CATHERINE
Non , c'est inutile , je ne le prendrai pas.
ÉLOi , d part.
Elle le prendra tout de même.
GOBERGEOTj gaitnent.
Air : Chasseur joyeux^ iljaut partir
Point de façons, partons soudain,
Prenez mou bras , fermière,
En attendant, ma chère.
Que vous me donniez votre main.
ENSE31BLE
CATHERINE, souriant.
[Seule d'abord j, et ensuite ensemble.) Il est vraiment aimable. . .
D'un esprit agréable , Et je ne sais pas trop, oui-dà, Où tout ça me mèn'ra.
GOEERGEOT.
Elle me trouve aimable. . .
D'ua,esprit agréable ; Et moi , je sais très bien , oui-dà, Où tout ça la mèn'rn .
ÉLOI , à part.
Elle le trouve aimable...
D'un esprit agréable ; Et j'crains ben de d'viner, oui-dà , Où tout ça la mèn'ra.
[Gobergeât et Catherine sortent en se donnant le bras. )