‹ La séparation; comédie en trois actes et en proseChapitre 28 sur 300 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les mêmes , YICTOR.

VICTOR, à Clarisse.

Mille pardons , madame ; vous devez m'en vouloir. Voilà une heure que je vous cherche dans le bal pour faire mes excuses. J'étais si empressé de profiter de la faveur que vous m'accordez , que j'avais oublié un autre engagement. La femme de notre receveur-général... (Gaiment.) On ne pceii. se brouiller avec les autorités. Ce sera donc pour la contredanse suivante , si vous le permettez ?

CLARISSE , froidement et se contraignant.

Ni celle-là ni une autre , Monsieur.

viCTon , surpris.

Comment !

d'arboise , à part.

Très-bien ! Je reconnais mon sang !

CLARISSE

Je m'étonne que, dans notre position , vous ayiez pensé...

VICTOR , plus étonné.

Tout-à-l'heure , cependant , vous m'aviez promis...

CLARISSE

Vous vous trompez , monsieur ; j'ai pu ne pas répondre avec aigreur à vos folies, sans que pour cela mes résolutions aient changé.

VICTOR , confondu.

Quoi! madame'.... [Se tournant vers Delphine.) Concevezvous un caprice pareil?

DELPHINE , d'ati ton composé.

Apparemment que madame a des raisons...

AUBRY, du m&nie ton.

Ou peut-être des motifs...

VICTOR , les regardant.

Vous aussi? Que veulent dire ces visages contraints?... {^Apercevant d'Arboise.) Ah '. je devine î je n'avais pas vu monsieur d'Arboise. {Le saluant.) Cet excellent oncle! partout où je le rencontre, je dois m'attendre à des préventions injustes... {Regardant autour de lui.) Le bon monsieur Faustin n'est-il pas aussi caché dans quelque coin?

d'arboise , gravement.

Monsieur I il me semble que , dans tout ceci , vous ne devez vous en prendre qu'à vous seul.

VICTOR , vivement Non , monsieur, c'est vous que j'accuse!.. Tout-à-l'heure, madame était bonne, indulgente : vous paraissez, et je suis accablé de dédains... Il faut vous expliquer enfin, il faut me déclarer...

LEFÈVRE , en dehors.

Monsieur d'Hervilly ! monsieur d'Hervilly !

VICTOR

Qu'est-ce donc?

AUBRY, regardant.

Eh ! parbleu ! votre dame qui vous attend. La contredanse est commencée.

VICTOR

Il s'agit bien de cela !

AUBRY

Allez donc vite!.. Tenez , la chaîne anglaise !

VICTOR , avec impatience.

Eh ! comment voulez-vous que l'on danse , quand on est furieux? {A Clarisse-) Clarisse , je vous en conjure... daignez

— ttÔ—

au inoins me dire... {Remarquant son air froid et dédaigneux.) Quoi I pas un mot! pas un regard !... (P^ii^cmcnt.) Eh ! bien , madame , puisque vous me repoussez , puisque vous me réduisez an dr'scspoii-, je ne demande plus rien. Je pars , je m'éloigne ^ vous ne me reverrez de la vie , et quand vous aurez reconnu votre erreur, il ne sera plus temps de me rappeler!.. Adieu !

(Il rentre dans la salle de bal.)

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