SCÈNE VI
Les mêmes , excepté VICTOR.
d'arboise.
Bon voyage !
CLARISSE
Quelle assurance I à ce langage , qui le croirait coupable ?
d'arboise, tirant le portefeuille de sa poche. Ruses de maris l ( A Aubrj, d'un air d'intelligence.) Nous autres hommes , nous sommes si fins , quand nous voulons ! ArBRY , d'un air de confiance et à l'oreille. C'est-à-dii'e que nous sommes de vrais misérables ! {Haut.) Reprenons l'instruction.
d'arboise.
Oui, reprenons l'instruction !
DELPHINE, à part.
O Dieu 1 que devenir?
CLARISSE, ai>ec impatience.
Il me tarde de savoir de qui elles sont !
d'arboise.
Eh 1 mon Dieu ! peut-être une de tes amies intimes !
DELPHINE, viifcment.
Comment, monsieur, vous avez lu...
d'arboise , ûcec dignité.
Moi, madame , je ne me serais pas permis... cela regarde ma nièce ; d'ailleurs , il y a un secret que je n'ai jamais pu découvrir.
TOUS , se rapprochant.
Un secret !
DELPHINE , saisissant le portefeuille.
Donnez, je suis svire que je le trouverai. (^parf.) Je le tiens !
AUBRY
Oui , oui , les femmes devinent tous les secrets.
CLARISSE , allant à elle.
Eh bien ?
DELPHINE , passant le portefeuille dans l'autre main ^ et la repoussant.
Un moment!
— ôi—
CLARISSE , étonnée.
Que prétends-tu? Delplùne, je veux les voir, je veux me
venger !
DELPHINE, l'arrêtant.
Te venger! et de qui? et par quels aïoyens? En profitant d'un abus de confiance! en compromettant celui dont tu portes le nom, par des propos de valets!
AUBRY
Ah! cependant, s'il y a un commencement de preuve par e'crit...
DELPHINE
Ne m'interrompez pas , monsieur Aubry.
AXIBRY, ùas.
Mais , c'est que tu te trompes ; tu plaides pour Tautre... ça m'arrive quelquefois.
DELPHINE, l^as.
Je sais ce que je fais... c'est pour votre bien, (^««i.) J'ignore ce que contient ce portefeuille, et je voudrais ne jamais le savoir, car personne de nous n'a îe droit de l'ouvrir...
CLARISSE
Que dis-tu ?
AUBRY, à d'Arboise.
C'est une fin de non-recevoir.
d'arboise , vii'cment.
Et nous voulons plaider au fond !
DELPHINE , de même.
Je m'y oppose !
d'arboise.
Permettez !...
Voilà déjà qu'on ne s'entend plus !.. comme à l'audience.
DELPHINE
Songes-y bien , Clarisse , il y va pour toi de regrets éternels! Je suppose même que ce portefeuille renferme des lettres... des lettres de femme ! Que t'importe, si elles ont été écrites avant ton mariage? Peux-tu en faire un crime à ton mari ? Avons-nous le droit de leur demander compte du passé? Eh! mon Dieu ! trop heureuses quand ils nous répondent de l'avenir I Et si ton indiscrétion allait perdre une autre personne qui a pu être imprudente , mais qui ne fut jamais coupable ?
CLARISSE
Comment ? . ,?
d'arboise.
Vous la connaissez ?
DELPHINE , avec fermeté.
Eh bien ! oui , messieurs , je la connais.
AubRy, at^ec /oie.
Bah :
DELPHiiNE , froidement Mais je ne la noiunieiai pas... à cause de son mari.
CLAniSSE ET d'akBOISE.
Son luai'i '■
AUBRY
Hein ?.. c'est une femme mariée! {Entre ses dents.) Diable . ce n'est plus si drôle !.. mes idées de X.d,niol\{Bas àsa femme.) Tu me diras qui c'est , chère amie?..
DELPHINE, bas.
Oh ! pour cela , non !
AUBHY , bas.
Je t'en prie!
DELPHINE , bas.
Vous êtes foui je n'en sais rien!., c'est un moyen d'avocat!..
AUBRY , bas.
C'est un moyen d'avocat!., elle est très-forte, ma femme !
DELFHIKK, continuant.
Qui vous dit qu'en publiant son nom , vous n'allez pas jeter le trouble dans son ménage? (S'animant par degré.) Qui vous dit qu'elle vous connaissait? qu'elle n'ait pas cédé alors à des sentimens lé{i[itimes , un amour d'enfance, un projet de mariage... je n'en sais rien , mais puisqu'on se jette dans les suppositions , il m'est bien perruis d'en faire aussi... {^^'ec chaleur.) Et vous allez la punir de l'imprudence d'un autre !.. Ah! loin d'écouter un ressentiment injuste , déchirez sans les lire , anéantissez ces semences de discorde, et qu'un oubli généreux soit votre seule vengeance !
(En disant ces derniers mots , elle a ouvert le secret du portefeuille et s'est rapprochée delà cheminée où la llamme brille.) CLARISSE , ic précipitant près d'elle.
Non ! non ! Delphine !.. ([ue j'en lise une seule i
DELPHINE , résistant.
Une seule !.. (^ part.) Quelle idée !.. ces vers qui sont restés entre mes mains !.. {Elle tire rapidement de son sein le papier que Victor lui a remis au second acte et le laisse tomber, comme s'il échappait du portefeuille , en disant : Non, te dis-je !.. il faut que tout soit brûlé !
CLARISSE , le ramassant vivement.
Ah ! celle-ci !
d'arboise.
Elle en a une !
Ah!
AUBRY , se rapprochant.
(Pendant ce temps, Delphine jette le paquet de lettres dans le feu et cache le portrait qu'elle a tiré du portefeuille.)
DELPHINE , à part.
Mon portrait !.. je suis sauvée !.. à quoi tient pourtant le repos de toute la vie !
CLARISSE, lisant.
Qu'ai-je vu?., ah', mon oncle!
d'arboise.
' Quoi donc ?
CLifïiissEs avec j<^i Des versl.. une romance qu'il m'adressait...
d'arboise.
A toi?..
CLARISSE
Yoyez plutôt! « Clarisse, chère Clarisse... » Mon nom y est répété vingt fois.
DELPHINE
Des vers pour toi!.. (D'«ra air de regret.) Ahl que je suis fâchée d'avoir brûlé les autres... c'en était aussi! d'arboise, regardant le papier.
Je n'en reviens pas! vous êtes bien sùrs que ce sont des vers ?
AtlBRY.
Ah! dame!,, ce ne soxit pas des vers delà Henriade... mais c'est très-gentil!., allons, c'est un procès qui va finir comme un vaudeville , par des couplets !..
DELPHINE, croisant les bras et hochant la tûe.
Et voilà donc la cause de tant de bruit! voilà ce qui vous tourmentait tous... enfans que vous étiez!
CLARISSE
Ah ! je ne me le pardonnerai de ma vie... comme j'ai été injuste !.. (P^if^ement.) Aussi, c'est votre faute , mon oncle! d'arboise.
C'est ma faute !
DELPHINE
Et tu l'as banni de ta présence !
CLARISSE
0 ciel !.. c'est encore mon oncle!
d'arboise.
Moi!
c^A'risse, en lafmes.
Mais certainement... vous êtes cause de tout...
d'arboise.
Allons, allons, la voilà toute en larmes... calme-toi... on va courir après ce cher époux î
aubry.
Pourvu qu'il ne soit pas parti.., {Regardant de côté.) Non , non... je le vois dansla salle de bal...
— iJ4—
CLARISSE
Il se désespère !
AUBRY
Non, il valse , mais si tristement... C'est une sauteuse. Attendez , voilà les danseurs qui envahissent tous les salons . Je vais le saisir au vol.