‹ La séparation; comédie en trois actes et en proseChapitre 295 sur 300 · DAMES · texte numérisé non relu

DAMES

(Le prince donne la main à la comtesse.)

LE CHOEUR

Air : Fragment de Fra-Diavolo.

Honneur, honneur à son altesse; Célébrons, célébrons ce beau jour.

Qu'ici la plus vive allégresse Lui témoigne tout notre amour.

Déposant sa puissance.

Que sa douce présence

Nous rende l'espérance.

Que les jeux ,

Que les chants et la danse L'accueillent en ces lieux! (bis.)

Honneur, honneur à son altesse, etc.

l'archidbc.

Voilà une fête du meilleur goût, comtesse... Mais nous étions convenus que je passais incognito.

LA COMTESSE

Ah! mon prince !... c'est entre nous, en famille.

l'archidcc, à part 3 et parcourant le cercle des yeux. Je le crois, car j'aperçois une foule de figures si ridicules... cela me distraira.

LA comtesse , faisant avancer Christine. Permettez-moi de vous présenter ma fille.

l'archiduc.

Comment! c'est là cette petite Christine, celte enfant que j'ai vue à Vienne!... comme elle est embellie ! (// L'embrasse sur le front. )

CHRISTINE

Son altesse est bien bonne.

JACINTHE , bas au baron.

II l'a embrassée... ça m'a fait plaisir.

l'archiduc , parcourant le cercle.

Bonsoir, madame la maréchale... Ah! monsieur le comte.

j'ai envoyé votre demande. {Il se trouve près du baron.) Eh !... mais, je ne une trompe pas... au portrait que mon père m'en a fait... ce doit être le baron d'Hildburghausen. LE BARON , gravement.

Lui-même , altesse.

l'archiduc, souriant.

J'en étais sûr... c'est donc en mon honneur, grave philosophe, que vous avez quitté vos déserts?... touchez là, baron, je veux que nous soyons amis.

LE BARON, s' inclinant.

Altesse, vous me pétrifiez, [à son fils.) Qu'est-ce qu'on ni'avait donc dit?... il est populaire, ce jeune prince. JACINTHE, bas.

Très populaire... il a embrassé ma cousine.

LE BARON , à part.

Je ne sais pas trop si c'est le moment de sauver mon pays... non , il me tourne le dos.

l'archiduc, à la société.

Ah ! çà , mes amis , que je n'interrompe pas vos plaisirs ; si je n'étais pas en costume de voyage, j'aurais ouvert le bal avec l'aimable Christine... mais je donne ma procuration à ce jeune homme qui^la regarde si drôlement, {montrant Jacinthe.) CHRiSTiHE, d mi-voix.

C'est mon cousin , monseigneur.

JACINTHE

C'est son cousin , altesse.

l'archiduc , souriant.

J'entends.

JACINTHE , au baron.

Dieu!... je vais danser avec elle par ordre supérieurl

LE BARON

C'est bon, c'est bon... [à part.) Le voilà qui revient... je ne sais plus si je dois avancer ou reculer. l'archiduc.

Nous autres gens raisonnables, baron, nous allons faire une partie d'échecs... [lui frappant sur l'épaule.) Je veux vous gagner votre argent.

LE BARON

L'excellent prince!... il veut mon argent... est-il populaire!

( // donne des ordres aux valets et fait placer la table à droite du public; les danses se forment au fond. L'orchestre joue très piano.)

l'archiduc , regardant danser.

Quelle aimable gaîté!,.. Ce tableau me rappelle ma chère Frédérika... et ces fêtes ou je l'apercevais avant notre hymen!... A quoi vais-je penser?... bon Dieu!... si Ton m'entendait, si l'on se doutait qu'un hymen secret!... l'empereur, sur-

tout, qui me menace de sa colère, si je n'épouse cette princesse russe... je serais perdu !... Heureusement qu'ici , du moins, je ne rencontrerai pas ces éternels espions qui cherchent à surprendre mes secrets pour les livrer à mon frère. LE BARON, montrant l'échiquier.

Quand son altesse voudra...

l'archidîic , s'asseyant.

Allons, baron, asseyez-vous... point de cérémonies. {Il joue.)

LE BARON, à part, en jouant.

L'occasion s'offre d'elle-même... nous voilà à peu près seuls.

l'archiduc, à part, en le regardant.

Drôle de figure!... il va m'amuser. [haut.) Permettez... permettez, baron, votre roi ne peut pas marcher ainsi. LE baron , reprenant sa pièce.

C'est juste... je faisais aller mon roi comme un fou... une distraction.

l'abchiduc , jouant.

A propos, vous avez éprouvé des injustices sous mon père?

LE BARON

Monseigneur...

l'archiduc. Je veux vous en dédommager... et à la première place vacante...

LE BARON, d part.

Ma foi, il est si bien disposé. ..je n'ai qu'à lâcher la princesse.

l'archidcc.

Qu'est-ce que vous dites?

LE BARON , d'un air agréable.

Je dis, mon prince... {regardant si on ne l'entend pas, et se penchant d son oreille. ) que dans la position des choses, '« vous « pouvez tout déclarer, la princesse Frédcrika l'exige. » l'archidcc , levant la tête.

Hein?. .. qu'est-ce que c'est?

LE BARON , à part.

Il n'a pas entendu, (à son oreille. ) Je dis , altesse , dans la position des choses, « vous pouvez tout déclarer... la princesse Fré- « dérika l'exige. »

l'archiduc, se levant.

0 ciel!... («/;ar^)je suis trahi!... ce secret que je croyais ignoré!... {haut.) Malheureux!... quel nom avez-vous prononcé?...

LE BARON, étourdi.

Celui de la princesse.

tj'AncnMiVC , lui serrant la inain.

Taisei-voiis.

LE BARON) à part.

Qu'est-ce qu'il a donc ?

l'archiduc, d'une voix altérée.

Ainsi , c'est vous qui êtes à In tête de mes ennemis... qui me tendez des piège»?

LE BAROX.

Je n'ai rien tendu.

l'arcoidiic , vivement.

Je ne suis pas votre dupe. Vous voulez que ce mystère parvienne aux oreilles de l'empereur,., pour me perdre!... mais, malheur à vous de l'avoir pénétré... vous pourriez bien finir vos jours dans une forteresse.

LE BARON, élevant la voix.

Dans une forteresse l... permettez, mon prince, nous ne nous entendons plus.

JACINTHE, qui se rapproche au bruit.

Qu'est-ce que c'est donc, mon papa?

LE BARON, bas.

Ah! mon ami, je me serai trompé... ce diable de nom... le prince est furieux.

JACI>THE.

J'étais sûr que vous feriez quelque gaucherie... laissez-moi r'arranger cela, [haut.) Pardon, altesse, mon papa s'est mal expliqué... voilà la chose... (se penchant à son oreille.) «vous « pouvez tout déclarer j la princesse Frcdérika... »

l'archiduc Encore 1...

JACINTHE, C/T*'"''/^-

Eh bien!... ça redouble.

L'AECHIDnc.

Jusqu'à son fils qui est complice !

JACINTHE, reculant.

Moi !... complice!...

LE BARON , anéanti. Malheureux enfant!

CHRISTINE, qui a écouté les derniers mots. Qu'enlends-je ?.. . [courant au prince.) Ah! monseigneur, j'ignore comment mon cousin a pu vous offenser, mais au nom de la princesse Frédérika...

l'archiduc, plus étonné.

Elle aussi!... toute la famille!... c'en est trop !...

LE BARON

Voilà le coup de grâce.

ENSEMBLE

Air : de la Galopade.

Ah î c'est affreux ! juste ciel ! quel malheur ! Voyez mon imprudence.

Ici, l'oa va me traiter, je pense.

En vil conspirateur.

JACINTE et CHHISTINE.

Ah ! c'est affreux ! juste ciel ! quel malheur!

Quelle est son imprudence.

Se pourrait-il qu'en cette circonstance Il fut conspirateur ?

l'archidi'C.

Ah .' c'est affreux .' juste ciel ! quelle horreur .'

Avec tant d'insolence Venir briser, dans cette circonstance, nion repos, mon bonheur !

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