‹ La séparation; comédie en trois actes et en proseChapitre 50 sur 300 · EMILIE, GUICHARD, AUGUSTIN, NANETTE · texte numérisé non relu

EMILIE, GUICHARD, AUGUSTIN, NANETTE

Guichard est assis , et tient un journal. Emilie est debout à sa droite et Augustin à sa gauche. Nanelte range l'appartement.

GUICHARD

Allons , quand je te dis que ça ne se peut pas.

AUGUSTIN

Mais, mon papa.

GUICHARD

Mais, mon fils ... lu ferais beaucoup mieux de t'en aller à ton Ecole de Droit. . . au cours de M. Poncelet.

AUGUSTIN

Non , mon papa , je n'irai pas ce matin . . . j'aime autant étudier mon violon.

GUICHARD

Hein ! . . . tu dis . . .

AUGUSTIN

Je dis que je n'irai pas.

GUICHARD, avec colère.

Ah ! tu ne veux pas y aller ?

AUGUSTIN

Non.

GUICHARD, se levant.

Eh I bien , à la bonne heure , n'y va pas ça m'est

égal. . . ça regarde ta mère.' ( yî Nanette. ) Nanette , tu es

bien sûre qu'elle n'est pas rentrée ?

NANETTE. Pardine , monsieur ; puisque voilà M"* Emilie qui arrive de Saint-Sulpice , où elle l'a laissée.

EMILIE

Oui, mon tuteur ; et elle doit, après , aller chez son directeur,

GUICHARD

Dieu! si elle pouvait l'inviter pour aujourd'hui !

AUGUSTIN

L'abbé Doucin ?

GUICHARD

Certainement; car ici, je ne sais pas comment ça se fait... c'est toute la semaine jeûne , vigile et carême. . . à moins que l'abbé ne soit invité . . . Je ne fais de bons dîners, que quand il est des nôtres, luietson épagneul. . . Brave homme du reste , qui est gourmand par bonheur.

AUGUSTIN

Mais , mon papa , je ne vous comprends pas. . . Si ça vous déplaît de faire maigre , pourquoi ne le dites-vous pas à maman ?

GUICHARD

Pour la faire crier . . . Merci Avec ça que lorsque ça

commence , ça dure long-tems . . .

AUGUSTIN

Laissez donc ! . . . si vous lui disiez. . ,

GUICHARD

Oui , toi . . . c'est possible parce qu'elle te gâte , ta

mère.

Pas tant , pas tant.

GUICHARD

Si. . . elle te gâte. . . Mais moi !. . . il y a près de quarante ans qu'elle en a perdu Thabitude. .. depuis que je l'ai épousée, dans la république.. . Moi ,[qui avais choisi une petite fille sans fortune, pour être le maître. . . ca m'a joliment réussi... Le jour même de notre mariage, nous eûmes une querelle... Cette fois-là, c'était ma faute... Imaginezvous. . . une lettre que je trouve dans mes papiers. . . une lettre qu'elle m'avait écrite avant, la noce. . . une plaisanterie. . . une épreuve qu'elle avait voulu faire ! . . . J'eus la bêtise de me fâcher. .. Elle me l'a assez reproché depuis. .. et ça lui a donné un avantage sur moi... Ah ! mes enfans ! une femme est bien forte quand son mari a des torts.

Jeune et Vieille. 3

N A NETTE

Aussi , monsieur a quelquefois des crises ...

GUICHARD

Hein î Qu'est-ce que vous dites? Mêlez-vous de votre cuisine . . .

NANETTE

Non. . . vous n'en avez peut-être pas, de crises?. . .

GUICHARD

Oui ; mais heureusement que j'ai un moyen excellent de les faire cesser ; et même de les empêcher.

EMILIE

Et lequel ?

GUICHARD

Quand je vois quelque chose qui se prépare , je prends bravement ma canne et mon chapeau , et je vais me promener au Luxembourg. . . ça me rappelle mon bon tems... le tems du Directoire. . . 'mes pauvres ^Directeurs ! • . . Et souvent, dans mes méditations politiques... car j'ai toujours aimé la politique- . . je me dis : a Dieu me pardonne ! ma femme me traite comme le premier consul les a traités... Je n'ai plus voix au chapitre. »

AUGUSTIN

C'est votre faute , mon papa ; et si vous voulez , je vais vous donner un moyen de ravoir la majorité.

GUICHARD

Une conspiration à nous trois ! . . . j'en suis . . .

AUGUSTIN

Eh ! bien , me voilà , moi . . . qui suis votre fils.

GUICHARD

Je m'en flatte.

AUGUSTIN

Voilà Emilie , votre pupille , la fille d'une ancienne amie de ma mère . . . Cette pauvre Angélique.

GUICHARD

Eh bien ?

AUGUSTIN

Air de la Robe et les Bottes.

Toujours soigneux de vous complaire , Nous vous avons de'fcndu jusqu'ici; Et vous savez, même contre ma mère , Que vos enfans prenaient votre parti.

Mais ce parti qui vous honore Ne compte, he'las! que nous deux... vous voyez... Mariez-nous , pour augmenter encore Le nombre de vos aliie's.

Est-il possible?... Vous vous aimez!. . Ça ne se peut pas. . . Je ne m'en suis jamais aperçu.

AUGUSTIN

C'est égal, mon papa, nous bous aimons. . . Et si, comme je vous disais tout-à-1 heure .. .

GUICHARD

Eh ! mon Dieu ! je ne demanderais pas mieux ! mais les obstacles. . . {A Emilie.) Toi, d'abord, tu n'as rien.

AUGUSTIN

Comment, rien?

GUICHARD

Absolument rien ... Je dois le savoir, moi , qui suis sou tuteur.

EMILIE

II a raison .

AUGUSTIN

Et ces papiers cachetés dont tu me parlais , et que t'a remis ta mère '?

GUICHARD

Des papiers?. . . Qu'est-ce que c'est que ça ?

EMILIE

Ils ne sont pas pour moi , ils sont à l'adresse d'une personne que je n'ai jamais vue... un ancien ami de ma mère... M. Emile Brémont.

GUICHARD

Je ne connais pas.

NANETTE

Tiens . . . c'est peut-être des billets de banque.

GUICHARD

Que vous êtes bête, ma chère ! . . . Au fait, ça se pourrait.

Eh! mon Dieu! qu'importe?... L'essentiel, c'est que nous nous aimions. . . Vous parlerez , n'est-ce pas?

GUICHARD

Tu vas me faire gronder.

EMILIE

Oh ! je vous en prie ! ^

AUGUSTIN

Mon petit papa !

GUICHARD

Que vous êtes câlins !

NANETTE , qui est remontée , regarde par la porte du fond.

Voici madame.

Page 1