‹ La séparation; comédie en trois actes et en proseChapitre 51 sur 300 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les Mêmes , M™* GUICHARD. Elle a un petit mantelet de dévoie et une robe de soie grise, aoec un bonnet très-simple'* .

Mme GUICHARD, à la coulisse.

Mettez écrîteau à l'instant ... Je le veux . . . On donnera congé.

GUICHARD

Qu'est-ce donc , chère amie ?

M""" GUICHARD

Cet appartement qui est trop grand pour nous Et

décidément je le mets en location. . . J'en aurai mille écus.

GUICHARD

Nous déloger de notre maison ! ... Et où irons-nous ?

* Emilie, Guichard , Mm» Gnichard , Augustin . Nanette.

M'"' GUICHARD

Au troisième.

GVICHARB , à part.

Encore une économie. .. (A Mad. Guichard.) Mais, chère amie. . .

M""" GUICHARD

Quelle objection y trouvez-vous?

GUICHARD

Je trouve . . . que mon cabinet sera bien froid.

M""" GUICHARD

On bouchera la cheminée . . . c'est par là que vient le vent.

GUICHARD

Et les locataires du troisième?

M""" GUICHARD

Je leur donne congé . . . Des gens qui se sont fourrés dans la révolution. . . des libéraux. . . des jacobins. . . ils n'ont que ce qu'ils méritent.

GUICHARD , cherchant à détourner.

Vous quittez l'abbé Doucin , chère bonne ?

M"" GUICHARD

Oui , monsieur.

NANETTE , à part.

On s'en aperçoit.

Il est fort mécontent de vous tous.

EMILIE

De moi , madame?

Mme GUICHARD, se tournant vers elle.

Oui , mademoiselle ... 11 a remarqué vos distractions pendant l'office. . . ( Lui rendant un petit Ihre. ) Eh I tenez, voilà votre livre de prières que vous avez oublié sur votre chaise... Une autre fois vous aurez une femme de chambre derrière vous pour le rapporter. {Emilie baisse les yeux.)

NANETTE

Dame ! . ■ . il faisait si froid .

M'"'= GUICHARD

Et vous, M"^ Nanette, pourquoi avez-vous lefusé à

M. l'abbé Doucin d'être de l'association du sou?. . . Tous les domestiques honnêtes en sont.

NANETTE

Que voulez-vous ? . . . Le peu d'argent que j'ai , je l'envoie à ma mère.

Mm» GUICHARD , brusquement.

Taisez-vous. .. Vous n'aurez jamais de religion.. . [A Augustin.) Bonjour, Augustin. . . bonjour, mon garçon. .. Ne trouvez-vous pas que, tous les jours, il me ressemble davantage?

AUGUSTIN

Maman me fait toujours des complimens.

M"' GUICHARD

Il est gentil celui que tu me fais-là... Voyons, où avons, nous été hier au soir .''

Maman , j'ai été au spectacle.

Qu'est-ce que j'apprends-là ! au spectacle!

dans ces lieux de perdition! Vous ne sortirez plus

sans moi. . . Vous me suivrez à mes conférences.

NANETTE

C'est bien amusant !

AUGUSTIN

Si c'est comme cela qu'elle me gâte !

GTJICHARD , à Emilie.

Pourquoi aussi va-t-il lui dire?. . .

M"^ GUICHARD

Qu'est-ce que c'est?. . .

GUICHARD

Je dis, chère amie... je demande si l'abbé Doucin vient dîner aujourd'hui ?

M™ GUICHARD

Non.

GUICHARD

Tant pis . . . ça m'aurait fait plaisir.

M"" GUICHARD

Il est un peu souffrant ... il a des crampes d'estomac

GUICHARD

l*auvre homme ! ( Augustin passe auprès d'Emilie. )

M"" GUICHARD

Et ça me fait penser. . . que je lui ai promis. . . Nanette , donnez-moi ces deux bouteilles de fleur-d'orange et cette boîte de conserves d'abricots . . . dans l'armoire de ma chambre.

NANETTE , sortant.

Oui , madame.

M"" GUICHARD

Ce digne homme ! . . . ça lui fera du bien.

GUICHARD, bas aux enfans.

Ces bonnes confitures dont elle ne veut jamais nous donner.

M""' GUICHARD

A propos, M. Guichard. .

GUICHARD , se retournant.

Chère amie. . .

M"^ GUICHARD

II faut aller le remercier de Thonneur qu'il vous a fait.

GUICHARD

L'abbé Doucin ? . . . qu'est-ce qu'il m'a donc fait ?

M™' GUICHARD

Comment! . . . est-ce que je ne vous l'ai pas dit?

grâce à lui , vous voilà marguillier de la paroisse.

GUICHARD

Ahî...

M"^ GUICHARD

Eh bien ! vous ne comprenez pas ce que cela veut dire?... marguillier de la paroisse.

GUICHARD

Si fait.

M"' GUICHARD

Un titre qui vous donne voix à la fabrique . . . qui vous place au premier banc ! . . . vous ne vous réjouissez pas ?

Pardonnez-moi , chère amie . . . marguillier ! . . . je suis très-content. . . me voilà marguillier. (^Appelant.') Nanetle!

4o JEUNE ET VIEILLE,

NANETTE, revenant avec deux bouteilles, et une boîte qu'elle présente à M. Guichard.

Monsieur.

GUICHARD

Je suis marguillier, Nanette ... je veux que loul le monde s'en réjouisse, . . et, pour fêter ma nouvelle dignité, tu vas me donner à déjeuner un bon beef-steak.

Mme GUICHARD, arrangeant les confitures.

Hein î. . . qu'est-ce que vous avez dit?

GUICHARD

J'ai dit un bon beef-steak, avec des pommes de terre.

M""^ GUICHARD

Y pensez-vous 7 . . . un jour maigre! . . .

GUICHARD

C'est aujourd'hui maigre?... {^A part.) Je n'en sors pas. . . je vais encore avoir des pruneaux. . . (Haw^.) Mais, ma bonne, je suis marguillier.

M"" GUICHARD

Raison de plus pour vous mortifier, pour donner le bon exemple. ( Regardant l'étùjuetie des bouteilles. ) C'est la meilleure ! . . . celle qui est sucrée , n'est-ce pas, Nanette?

NANETTE

Oui , madame.

M"" GUICHARD

Vous boirez l'autre , M. Guichard.

Moi ! ( Augustin revient auprès de sa mère.)

Mme GUICHARD , souriant.

Ah ! vous êtes gourmand ! . • . vous aimez les chatteries 1 {Regardant les confitures .) EAies ont bonne mine. {En prenant un peu.)

GUICHARD , avançant la main.

Oui. . . elles doivent être. . .

Mme GUICHARD , lui donnant un coup sur les doigts.

Eh bien ! . . .

GUICHARD

Oh ! merci.

EMILIE , bas à Guichard.

Dites donc, mon tuteur, c'est le moment de lui parler.

GUICHARD , bas.

Tu crois ?

EMILIE

Elle me paraît de bonne humeur.

NANETTE , de même.

Allons , monsieur. {Augustin , de sa place^ Jait des signes à son père.^

Mme GUICHARD , se retournant.

Qu'est-ce que c'est?

AUGUSTIN

Rien , maman . . . c'est mon père qui a quelque chose à vous dire ... et qui nous priait de le laisser.

Air de la valse de Robin des Bois.

C'est fort heureux. . . c'est ce que je de'sire , De vous parler j'avais aussi dessein.

GUICHARD

Grand Dieu ! que va-t-elle me dire ?

Mine GUICHARD , à Nanette.

Portez cela chez notre abbé Doucin.

AUGUSTIN

Allons , papa.

GUICHARD

C'est une rude tache.

Je risque fort.

AUGUSTIN

Que craignez-vous, enfin ?

GUICHARD

Elle pourrait , licias ! si je la fâche, Me faire faire encor maigre demain.

42 JEUJNE ET VIEILLE,

AUGUSTIN, ÉMIIIE, NANETTE.

/ Lalssons-lcs seuls, que chacun se retire;

' ma mère J • , .

Ue lui parler , } avait dessein.

' madame )

nous?) 1 , . ,.

r.st-ce pour -, \ que va-t-elle lui dire?

» vous r ) ^

Dans tout cela je crains l'abbé Doucin.

GUICHARD

Que l'on me laisse, et chacun se retire, S ^ De me parler ma femme avait dessein ; g j Je tremble, hélas! que va-t-elle me dire? ^ j Veut-elle aussi me gronder ce matin ?

Mine GUrCHARD.

Laissez- nous seuls, que chacun se retire, De lui parler aussi j'avais dessein ;

( A part. )

Monsieur Guichard à mes plans doit souscrire, Je l'ai promis à noire abbé Doucin.

{Augustin , Emilie et Nanette sortent.)

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