SCENE PREMIERE
CHAE.LES en uniforme négligé, assis près de la table et lisant ^ ROBERT, entrant par le fond , et parlant à la cantonnade.
Eh ! oui , vous dis-je , il me suit : vous le verrez à l'instant. . . bonne chère, grand feu, et le plus tôt possible. CHARLES, se levant. C^) C'est toi , Robert ?
ROBERT
M onsieur Charles !
Par quel hasard?
CHARLES
ROBERT
Un hasard , ventrebleu I c'est bien un ordre de mon colonel qui fait courir la poste à son vieux brigadier!
CHARLES
Comment ?
ROBERT
Pour faire préparer les relais , et annoncer son arrivée.
CHARLES
Que dis-tu ? mon oncle viendrait dans ce château , qu'il n'a pas visité depuis dix ans ?
Air de Prch'ille et Taconnet.
D'une heure au plus je le devance.
CHARLES
Dans quel embarras me voici!
ROBERT
Et pourquoi donc? De votre obéissance,
Mon colonel sera ravi.
Il s'attend bien à vous trouver ici.
CHARLES , souriant.
L'air de Paris me devenait contraire...
De créanciers j'avais , pour le moment , De tous côtés , un tel assortiment , Que j'aurais pu , sans peine , en temps de guerre , Avec eux seuls , lever un régiment.
(*) Le premier acteur inscrit tient toujours en scène la gauche du spectateur.
IIOBERÏ.
Laissez, laissez... un bon mariage raccommode la tout cela.
CHAULES.
Tu crois ?
ROBERT
Monsieur le baron a pour vous un parti excellent ; et si vous vous prêtez à ses vues . il paiera encore une fois vos dettes.
CHARLES, souriant.
Il faudra bien qu'il les paie sans cela, car je ne profiterai pas de son parti excellent.
Oh! oh! jeune liommc, il faut pourtant songera l'avenir... prenez-y garde , votre oncle est si bizarre.... le premier minois chiffonné lui fait tourner la tête. .. j'ai toujours peur qu'il ne me fasse quelque sottise 1 et une fois marié , adieu la succession ! Croyez-moi , e'pousez toujours celle qu'il vous destine.
CHARLES
Épousez, épousez... tu en parles bien à ton aise. (Amivoix ) Je suis marié.
ROBERT
Marié... vous!., quelle folie!
CHARLES, se frottant les mains.
Que veux-tu, mon ami ? la folie est faite.
ROBERT
Ah! bon Dieu !.. et dites-moi, auriez-vous épousé cette jeune personne , à laquelle monsieur le baron vous avait défendu de penser? dont la famille était en procès avec lui?
CHARLES
Précisément.
ROBERT
Qui n'a aucune fortune ?
CHARLES
Pas un écu.
ROBERT
Yous avez tort !
CHARLES
Pourquoi m'ordonne-t-il des choses impossibles? croit-il ([ue j'aurais pu vivre ici, seulement une semaine , si j'y étais venu seul?., on n'y rencontre pas une figure humaine.
ROBERT
Comment ! madame est avec vous ?
CHARLES
Certainement.
ROBERT
Votre oncle ne vous le pardonnera jamais... et s'il la rencontre , vous êtes perdu.
CHAULES.
Tu crois? eh bien I voyons... cherchons ensemble ce que je vais faire de ma femme.
ROBERT
Il faut la cacher dans quelque chambre écartée... ce château est si grand.
CHARLES
Elle n'y consentirait pas 1 elle a une petite tète... Ne voulait-elle pas aller à Paris , descendre chez mon oncle ?.. elle riait de sa colère , et prétendait qu'elle saurait en triompher,
ROBERT
Elle ne le connaît pas I il faut au moins trouver le moyen de cacher qui elle est... Attendez! si j'ai bonne mémoire... Guillaume , le concierge du château , doit avoir une fdle de seize à dix-sept ans.
CHARLES
Je ne l'ai pas encore vue.
Elle est dans le Midi, chez une vieille tante... Ne peut-on pas supposer qu'elle est de retour ?
CHARLES
A merveille ! quand mon oncle la connaîtra , sans savoir que c'est ma femme , je sais sûr qu'il en sera enchanté... c'est qu'elle est si aimable... tant d'esprit , tant de grâces !.. il n'y a que huit jours que nous sommes mariés.
ROBERT
Je le vois bien , monsieur... Ah ça ! quelle raison donnerons-nous , pour faire revenir cet enfant ?
CHARLES
La raison ? sa tante vient de mourir.
ROBERT
Ah ! nous la tuons !.. et de quelle mort ?
CHARLES
Subite.
ROBERT
C'est cela.