CHARLES , JULIE , ROBERT
JULIE , entrant par le fond et accourant. Ah ! Charles ! que viens-je d'apprendre?., ton oncle...
CHAULES.
Que veux-tu, chère amie, il a juré de me de'sespérer î mais nous venons de former contre lui une conjuration. JULIE , vwemcnt.
Une conjuration ? j'en veux être.
ROBERT
"Vous avez raison , monsieur , il serait fâcheux de ne pas montrer cette figure-là au colonel... il est amateur.
CHARLES , à Julie.
Tu vois , Julie , ce bon Robert dont je t'ai parlé , et qui m'a si souvent endormi avec ses vieux contes ! il consent à nous seconder. D'abord , pour éviter les premiers effets de la colère de mon oncle , nous ne voulons pas que tu paraisses devant lui sous le nom de ma femme...
JULIE
J'entends.
ROBERT
Guillaume a une fdle qui doit être à-peu-près de votre âge... elle habite les environs d'Arles.
CHARLES
Personne ne la connaît.
JULIE
Je devine... vous voulez me faire passer pour la fille de Guillaume... c'est charmant !
Air : j4h ! vous avez des droits superbes. D'avance , ce projet m'enchante , Ce rôle me conviendra bienj D'une paysanne ignorante , J'aurai l'air gauche et le maintien.
Simple et naïve en mon langage, Je prendrai même, si je puis, Cette innocence de village \ ,. Qui vaut bien celle de Paris. Ç J'aurai toujours en mou langage, Cette innocence de village. . .
On y croit encor [bis.) à Paris.
Mais votre concierge est un imbécille, qui ne pourra jamais soutenir son personnage.
ROBERT
On le soufflera... reposez-vous sur moi du soin de le faire marcher.
CHARLES , à Julie.
Et le patois du pays î
JULIE
Ne craignez rien : ma vieille gouvernante était dé Draguignan... et quand elle me fâchait, j'imitais {l'imitant) son acent avec une vérité qui la désespérait.
CHARLES
Très-bien.
JULIE
Enfin', je vais donc le voir cet oncle terrible... qui me méconnaît, qui me repousse !.. moi, qui étais si disposée à l'aimer !
ROBERT
Vous n'avez pas l'air bien eft'rayé , madame. '
JULIE
Ain .• j4.h 1 si nia dame me voyait.
Pourquoi cr<iindrais-je ce moment?
Je puis bien braver sa colère...
Cet oncle cluigrin et sévère , Doit s'adoucir en me voyant j 11 fut, dit-on, tendre, aimable et galant. On dit qu'au déclin de sa vie , Il sent encor battre son cœur Auprès d'une femme jolie ! . . .
[En souriant.) Ah ! c'est lui qui doit avoir peur.
CHARLES
Ainsi , tu es sûre de ton triomphe ?
JULIE
Sans doute , mon père a toujours dit que j'étais étonnante ; il m'a prédit cent fois que je réussirais dans tout ce que je voudrais entreprendre^
CHARLES
Oh ! ton père...
JULIE
Mon père, monsieur, est reconnu pour avoir un excellent jugement.
CHARLES
Tu vois, Robert, c'est un enfant gâté , une petite folle.
JULIE
Point du tout , monsieur , je suis plus raisonnable que vous. Qui de nous deux a épousé une petite fille sans fortune, à qui l'on vous défendait de songer? hein?., ce n'est pas moi , peut-être ? et cependant , je vais employer tout mon esprit pour vous faire pardonner votre faute ! je cours préparer mon costume.
CHARLES
Et moi , donner le mot au concierge.
C'est cela.
CHARLES
Air d'une IVuit au château.
A notre lionnéte Guillaume , Je cours faire la leçon ;
Et lui tlonricr un diplôme De père... d'occasion.
li nous servira , je pense; Jo promettrai, pour cela, Une bonne récompense...
Que mou cher oncle j)aiera.
(On entend le bruit d'une voilure.) ROBEFiT.
Eh I mon Dieu!., j'entends une voiture.
CHARLES
C'est mon oncle !
JULIE
Je me sauve.
CHAULES.
Et moi je cours lui offrir mon bras.
(/^m de l'air.)
ENSEMBLE
De l'adresse et du silence, '
Notre plan réussira :
J'en suis certaine ) ,,
„ . ., , . > d avance.
Oui, j en suis certain \
Mon \ , ,
^ > oncle pardonnera.
(Julie sort par la porte à droite , Charles par le fond , pour aller au-devant de son oncle.)
ROBERT , seul.
11 était temps!.. Allons, allons, la bataille va s'engager... attention... et soutenons le choc avec fermeté.