‹ La séparation; comédie en trois actes et en proseChapitre 70 sur 300 · CHARLES , JULIE , ROBERT · texte numérisé non relu

CHARLES , JULIE , ROBERT

JULIE , entrant par le fond et accourant. Ah ! Charles ! que viens-je d'apprendre?., ton oncle...

CHAULES.

Que veux-tu, chère amie, il a juré de me de'sespérer î mais nous venons de former contre lui une conjuration. JULIE , vwemcnt.

Une conjuration ? j'en veux être.

ROBERT

"Vous avez raison , monsieur , il serait fâcheux de ne pas montrer cette figure-là au colonel... il est amateur.

CHARLES , à Julie.

Tu vois , Julie , ce bon Robert dont je t'ai parlé , et qui m'a si souvent endormi avec ses vieux contes ! il consent à nous seconder. D'abord , pour éviter les premiers effets de la colère de mon oncle , nous ne voulons pas que tu paraisses devant lui sous le nom de ma femme...

JULIE

J'entends.

ROBERT

Guillaume a une fdle qui doit être à-peu-près de votre âge... elle habite les environs d'Arles.

CHARLES

Personne ne la connaît.

JULIE

Je devine... vous voulez me faire passer pour la fille de Guillaume... c'est charmant !

Air : j4h ! vous avez des droits superbes. D'avance , ce projet m'enchante , Ce rôle me conviendra bienj D'une paysanne ignorante , J'aurai l'air gauche et le maintien.

Simple et naïve en mon langage, Je prendrai même, si je puis, Cette innocence de village \ ,. Qui vaut bien celle de Paris. Ç J'aurai toujours en mou langage, Cette innocence de village. . .

On y croit encor [bis.) à Paris.

Mais votre concierge est un imbécille, qui ne pourra jamais soutenir son personnage.

ROBERT

On le soufflera... reposez-vous sur moi du soin de le faire marcher.

CHARLES , à Julie.

Et le patois du pays î

JULIE

Ne craignez rien : ma vieille gouvernante était dé Draguignan... et quand elle me fâchait, j'imitais {l'imitant) son acent avec une vérité qui la désespérait.

CHARLES

Très-bien.

JULIE

Enfin', je vais donc le voir cet oncle terrible... qui me méconnaît, qui me repousse !.. moi, qui étais si disposée à l'aimer !

ROBERT

Vous n'avez pas l'air bien eft'rayé , madame. '

JULIE

Ain .• j4.h 1 si nia dame me voyait.

Pourquoi cr<iindrais-je ce moment?

Je puis bien braver sa colère...

Cet oncle cluigrin et sévère , Doit s'adoucir en me voyant j 11 fut, dit-on, tendre, aimable et galant. On dit qu'au déclin de sa vie , Il sent encor battre son cœur Auprès d'une femme jolie ! . . .

[En souriant.) Ah ! c'est lui qui doit avoir peur.

CHARLES

Ainsi , tu es sûre de ton triomphe ?

JULIE

Sans doute , mon père a toujours dit que j'étais étonnante ; il m'a prédit cent fois que je réussirais dans tout ce que je voudrais entreprendre^

CHARLES

Oh ! ton père...

JULIE

Mon père, monsieur, est reconnu pour avoir un excellent jugement.

CHARLES

Tu vois, Robert, c'est un enfant gâté , une petite folle.

JULIE

Point du tout , monsieur , je suis plus raisonnable que vous. Qui de nous deux a épousé une petite fille sans fortune, à qui l'on vous défendait de songer? hein?., ce n'est pas moi , peut-être ? et cependant , je vais employer tout mon esprit pour vous faire pardonner votre faute ! je cours préparer mon costume.

CHARLES

Et moi , donner le mot au concierge.

C'est cela.

CHARLES

Air d'une IVuit au château.

A notre lionnéte Guillaume , Je cours faire la leçon ;

Et lui tlonricr un diplôme De père... d'occasion.

li nous servira , je pense; Jo promettrai, pour cela, Une bonne récompense...

Que mou cher oncle j)aiera.

(On entend le bruit d'une voilure.) ROBEFiT.

Eh I mon Dieu!., j'entends une voiture.

CHARLES

C'est mon oncle !

JULIE

Je me sauve.

CHAULES.

Et moi je cours lui offrir mon bras.

(/^m de l'air.)

ENSEMBLE

De l'adresse et du silence, '

Notre plan réussira :

J'en suis certaine ) ,,

„ . ., , . > d avance.

Oui, j en suis certain \

Mon \ , ,

^ > oncle pardonnera.

(Julie sort par la porte à droite , Charles par le fond , pour aller au-devant de son oncle.)

ROBERT , seul.

11 était temps!.. Allons, allons, la bataille va s'engager... attention... et soutenons le choc avec fermeté.

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