‹ La séparation; comédie en trois actes et en proseChapitre 7 sur 300 · DELPHINE, CLARISSE · texte numérisé non relu

DELPHINE, CLARISSE

DELPHINE

Enfin nous voilà seules !.. et nous pouvons nous confier tous nos petits secrets.

CLARISSE

Comme autrefois à la pension! {Soupirant.) Ahl Delphine^ l'heureux temps !.. et quelle différence!

DELPHINE

Mais aussi pourquoi t'cs-tu mariée?

CLARISSE

Et toi-même? nous nous e' tiens jure' que ça ne nous arriverait jamais !

DELPHINE

Oui... on se promet cela, quand on est enfant!

CLARISSE, soupirant.

Et l'on ne sait pas quel avenir on se prépare !

DELPHINE

Pauvre amie ? il t'a donc été infidèle ? il t'a abandonné peut-être ?. .

CLARISSE

^ Etsans aucun motif! c'était une froideur... un besoin de s'éloigner de moi.

DELPHINE

Il commença par des parties de chasse ?

CLARISSE

Précisément.

DELPHINE

C'est toujours comme cela que ça se déclare !

CLARISSE

Il prétendait que le château de mon oncle était un vrai couvent, il allait faire la cour à toutes les femmes de la ville. Enfin , à la suite d'une querelle violente , il disparut... et fut rejoindre celle qui m'a enlevé son amour.

DELPHINE

Comment 1 tu crois...

CLARISSE

On me Ta assuré. D'ailleurs , j'ai des données ! et on finira par découvrir.... Mais, pardon , je t'afflige , et j'ai tort... Toi , du moins, ma chère Delphine , tu es heureuse ?

DELPHINE , secouant la tête.

Hum ! hum !

CLARISSE

Ne m'as-tu pas dit?..

DELPHINE

Oui, on dit toujours cela, comme à ceux qui vous demandent des nouvelles de votre santé : « Merci, ça va bien! etpuis on ajoute aussitôt : « c'est-à-dire , je suis un peu malade ! »

CLARISSE

Est-ce que monsieur Auhry ?..

DELPHINE

Eh! mon Dieu !.. les maris sont toujours... des maris î Je

SI

AuJbry est un tres-iionnete nomme, que j estime mlmimentî il a des qualités, on le regarde genëialement comme un bon enfant... c'est un titre que l'on accorde sans conséquence , il porte ombrage à personne. [Baissant In voix etregardant aur d'elle.) Mais je puis te dire cela, à toi ; ce n'est pas pré-

ne

tau

au trc,

cisémentun génie... nous ne nous comprenons pas ! sans avoir de défaut essentiel, il est jaloux et soupçonneux à l'excès !

CLARISSE

C'est bien préférable à l'indifférence !

DELPHINE

Chez un amant, c'est possible ; mais dans un mari, c'est fatigant! Toujours des interrogatoires, des enquêtes., point que s'il avait l'idée que , même avant de le connaî .'ai pu distinguer quelqu'un , ce serait un enfer!

CLARISSE

Que peux-tu craindre si cela n'est pas?

DELPHINE , hésitant.

C'est que... je n'en suis pas bien sûre.

CLARISSE

Comment ?

DELPHINE

Vraiment non !.. il y a eu autrefois un jeune homme , qui venait chez mon père, que je devais épouser; nous nous aimions, nous nous l'écrivions tous les jours; le mariaf^e fut rompu.... et.... {Ai^ec émotion.) Je te conterai cela une autre fois, parce qu'il y a des jours où il ne faut pas que j'y songe... Occupons-nous plutôt de toi.

CLARISSE

Oh! tu as raison! il faut éloigner dépareilles pensées et puisque tu veux bien me recommander à ton mari, tâche qu'il y ait le moins de lenteurs possible.

DELPHINE

Certainement! une séparation! pour une femme c'est une cause d'urgence. Nous allons toujours prendre quelques notes pour que la requête puisse être présentée dès demain.

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