ROBERT, LE BARON
LE BARON , souriant , et le regardant sortir.
Mauvais sujet !.. (^ mi-voix.) Absolument comme j'étais à son âge !.. (Haut.) Robert.
ROBERT
Mon colonel.
LE BARON
Approche-moi ce fauteuil... cette chambre me plaît , et j'en veax faire mon appartement. [S'asseyant.) Ah ! quel voyage I
KOBERT , passant à la gauche du baron. (*) Aussi , mon colonel , pourquoi ce brusque départ ?
LE BAnON.
Le cîiangement d'air me fera du bien... d'ailleurs , je veux un peu surveiller cette terre... on m'a prévenu que mon régisseur me volait.
ROBERT
Que voulez-vous donc qu'il fasse ?
LE BA.RON
Le coquin ne m'attendait pas sitôt.
ROBERT
Comment diable ! allez-vons passer le temps dans ce désert?., point de société... aucune distraction... je gage qu'il n'y a pas seulement une bonne cave.
LE BA.RON , à mi-voix.
Aucune société... qu'est-ce que tu dis donc?., j'ai fait une découverte...
Air de l'Ecu de six francs.
Une femme ! . . . la plus jolie , Minois charmant, regard fripon; Près d'elle, mon àmc ravie...
ROBEET, brusquement.
Avez-vous perdu la raison ?. . .
Joli minois, grâces timides Ne sont plus faits pour nous , morbleu ! Peut-on se présenter au feu , Lorsque l'on a les invalides ?
LE BARON , riant.
Invalides !.. ah ! parle pour toi.
ROBERT
Enfin?..
LE BARON, souffrant par degrés.
En descendant de voiture, j'ai aperçu à travers une croisée, une jeune fille... ah... une taille charmante ; un air toutà-fait... {Portant la main à sa jambe.) Oufl...
ROBERT
Qu'avez-vous?...
LE BARON
Piien... rien...
ROBERT, riant.
Invalides !.. ah ! parle pour toi.
LE BARON
Mauvais plaisant!., et sais-tu quelle est cette beauté?
(*) Le baron, Robert.
IIOBERT.
Ma foi non... à moins que ce ne soit la fille du concier^je.. la petite Marie , qu'il a fait levenir du Midi,
LE BAnoN.
Ah!... Guillaume a une jolie fille?... {Il se lèue.) C'est un bon servitcui' que ce Guillaume!.. Il faudra que je voie ce qu'on pourra faire pour cette petite... tu lui diras de me l'amener.
ROBERT;, secouant la lëtc.
Hum... mon colonel...
LE BA.RON
Parbleu! je ne peux pas courir après elle... Ah ! dame , autrefois...
ROBERT
Ah! autrefois... n'en parlons plus... c'est le chapitre des regrets.
LE BARON
Eh!., eh;., c'est que j'étais un gaillard... en 85...
ROBERT , souriant.
Eh bien!., est-ce que le souvenir de vos fredaines ne devrait pas vous rendre indulgent pour celles de votre neveu?
LE BARON , vwement.
Du tout! il y a des choses que je ne puis passer... et M. Charles , avec son amour ridicule...
ROBERT
Bah! vous aurez beau pester, jurer... vous ne me ferez pas croire que ce pauvre jeune homme ne pourra jamais vous fléchir.
LE BARON , en colère.
C'est pourtant ma volonté irrévocable ! Que Charles accepte la main de celle que je lui destine, et je lui pardonne... mais monsieur a une passion î il donne dans les grands sentimens I et pour qui?., pour une petite fille dont le nom seul... Corbleu ! s'il se jouait de moi , s'il l'épousait jamais !
ROBERT
Eh bien! eh bien! s'il l'épousait... ce serait une grande imprudence! mais, après tout, les lionnètcs gens épousent les filles qu'ils aiment... il n'y a que les libertins qui les abandonnent.
LE BAE.ON , en colère.
S'il l'épousait , je le déshériterais.
ROBERT
Déshériter? lui?..
LE BARON
Oui.
Yotic neveu?
Mon neveu I Allons donc.