‹ La séparation; comédie en trois actes et en proseChapitre 73 sur 300 · ROBERT, LE BARON · texte numérisé non relu

ROBERT, LE BARON

LE BARON , souriant , et le regardant sortir.

Mauvais sujet !.. (^ mi-voix.) Absolument comme j'étais à son âge !.. (Haut.) Robert.

ROBERT

Mon colonel.

LE BARON

Approche-moi ce fauteuil... cette chambre me plaît , et j'en veax faire mon appartement. [S'asseyant.) Ah ! quel voyage I

KOBERT , passant à la gauche du baron. (*) Aussi , mon colonel , pourquoi ce brusque départ ?

LE BAnON.

Le cîiangement d'air me fera du bien... d'ailleurs , je veux un peu surveiller cette terre... on m'a prévenu que mon régisseur me volait.

ROBERT

Que voulez-vous donc qu'il fasse ?

LE BA.RON

Le coquin ne m'attendait pas sitôt.

ROBERT

Comment diable ! allez-vons passer le temps dans ce désert?., point de société... aucune distraction... je gage qu'il n'y a pas seulement une bonne cave.

LE BA.RON , à mi-voix.

Aucune société... qu'est-ce que tu dis donc?., j'ai fait une découverte...

Air de l'Ecu de six francs.

Une femme ! . . . la plus jolie , Minois charmant, regard fripon; Près d'elle, mon àmc ravie...

ROBEET, brusquement.

Avez-vous perdu la raison ?. . .

Joli minois, grâces timides Ne sont plus faits pour nous , morbleu ! Peut-on se présenter au feu , Lorsque l'on a les invalides ?

LE BARON , riant.

Invalides !.. ah ! parle pour toi.

ROBERT

Enfin?..

LE BARON, souffrant par degrés.

En descendant de voiture, j'ai aperçu à travers une croisée, une jeune fille... ah... une taille charmante ; un air toutà-fait... {Portant la main à sa jambe.) Oufl...

ROBERT

Qu'avez-vous?...

LE BARON

Piien... rien...

ROBERT, riant.

Invalides !.. ah ! parle pour toi.

LE BARON

Mauvais plaisant!., et sais-tu quelle est cette beauté?

(*) Le baron, Robert.

IIOBERT.

Ma foi non... à moins que ce ne soit la fille du concier^je.. la petite Marie , qu'il a fait levenir du Midi,

LE BAnoN.

Ah!... Guillaume a une jolie fille?... {Il se lèue.) C'est un bon servitcui' que ce Guillaume!.. Il faudra que je voie ce qu'on pourra faire pour cette petite... tu lui diras de me l'amener.

ROBERT;, secouant la lëtc.

Hum... mon colonel...

LE BA.RON

Parbleu! je ne peux pas courir après elle... Ah ! dame , autrefois...

ROBERT

Ah! autrefois... n'en parlons plus... c'est le chapitre des regrets.

LE BARON

Eh!., eh;., c'est que j'étais un gaillard... en 85...

ROBERT , souriant.

Eh bien!., est-ce que le souvenir de vos fredaines ne devrait pas vous rendre indulgent pour celles de votre neveu?

LE BARON , vwement.

Du tout! il y a des choses que je ne puis passer... et M. Charles , avec son amour ridicule...

ROBERT

Bah! vous aurez beau pester, jurer... vous ne me ferez pas croire que ce pauvre jeune homme ne pourra jamais vous fléchir.

LE BARON , en colère.

C'est pourtant ma volonté irrévocable ! Que Charles accepte la main de celle que je lui destine, et je lui pardonne... mais monsieur a une passion î il donne dans les grands sentimens I et pour qui?., pour une petite fille dont le nom seul... Corbleu ! s'il se jouait de moi , s'il l'épousait jamais !

ROBERT

Eh bien! eh bien! s'il l'épousait... ce serait une grande imprudence! mais, après tout, les lionnètcs gens épousent les filles qu'ils aiment... il n'y a que les libertins qui les abandonnent.

LE BAE.ON , en colère.

S'il l'épousait , je le déshériterais.

ROBERT

Déshériter? lui?..

LE BARON

Oui.

Yotic neveu?

Mon neveu I Allons donc.

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