SCENE IT
Les mêmes , JACQUELINE.
JACQUELINE, en dehors.
Mon papa... mon papa...
HOUBLON
C'est ma petite Jacqueline !.. allons , elle est déjà toute en nage.
Ah ! c'est que j'ai joliment couru... chez le notaire , !e bedeau , les ménétriers... ces gens-là sont si lambins... A propos de ménétriers ! beau-frère , si vous n'y prenez garde , nous n'aurons pas de bal.
FEUILLETÉ
Bah!..
JACQUELINE
Le cordonnier s'est coupé le petit doigt en taillant une paire de souliers , et ça le gène pour le coup d'archet.
FEUILLETÉ
Diable !..
JACQUELINE , à sa sœur , en lui faisant une petite référence moqueuse. Ah I madame la mariée, je vous fais mon compliment.
ANNETTE , acec humeur.
On t'en dispense.
JACQUELINE
Tiens ! elle a de l'humeur ; on aura manqué son bonnet à dentelles. (^ Feuillette.) Et vous , beau-frère... vous êtes là comme uiï taumate. {Se tournant vers son père.) Ah I à propos , papa I j'ai fait vm fameux coup, tout en courant... je vous ai sauvé la moitié de de votre fortune.
HOUBLOIV.
Diable !
JACQUELINE
Vous savez bien ce procès que vous avez avec la mère Licoquet , pour ces cinq quartiers de terre , qui sont près de la Mare aux ânes ?
HOUBLON
Eh bien I
Eh bien ! c'est fini , vous avez gagné.
FEUILLETÉ
Vous avez plaide' la cause vous-même?
JACQUELINE
Tiens , c'est pas cela encore qui m'embarrasserait , si je voulais m'en donner la peine... quand j'ai été à Colmar, j'ai vu plaider... ça n'est pas difficile; au lieu d'une robe blanche , je mettrais une robe noire; un bonnet carré, au lieu d'un bonnet rond; je prendrais un air grave, je poserais ma main sur mon front, et puis j'aurais l'air de réfléchir, comme si j'avais des idées... je tousserais... hem... hem... et puis je dirais à ces messieurs: « Oh! messieurs... c'est avec confiance et en tremblant que je me présente devant vous... mon client n'a de désespoir que dans la justice de sa cause... vous ne voudrez pas le dépouiller... des... attendu que... ce n'est pas lui qui... le tribunal examinera... pèsera... et patati... et patata... HOUBLON , souriant.
Allons , c'est bon.
JACQUELINE, criant.
N'entravez pas la défense !
Air : Je ne veux pas qu'on me prenne. J'attends tout de vot' justice.
HOUBLON
Bavarde, te tairas-tu?
JACQUELINE
Vous n' voudrez pas que le vice L'emporte sur la vertu.
HOUBLON
Le moyen de ne pas rire.
Silence ! on n'interrompt pas...
ANNETTE
Mais tu parl's pour ne rien dire.
JACQUELINE
Je fais comm' les avocats.
Pour en revenir à vieille mère Licoquet, je m'y suis pris bien adroitement , et je l'ai amenée...
HOUBLON
A renoncer à ses prétentions...
JACQUELINE
Non, mais à consentir à vous épouser... par ainsi , il n'y aura plus de procès.
HOUBLON
M'épouser!.. moi....'
JACQUELINE
Dam ! puisque mon mariage ne peut se faire qu'après le vôtre.
HOUBLON
Veux-tu te taire !..'Ja mère Licoquet... il faut que j'y coure surle-champ... Allons, vous autres, à votre toilette... et dans une heure , à la mairie.
ANNETTE , à part.
Il n'y a plus d'espoir... je serai madame Feuilleté.
HOUBLON, à Jacqueline.
Et quant à vous , mamzelle...
Air de V Ecu de six francs.
S'il vous arrive, péronnelle, Sans leur aveu d' marier les gens, D' mon autorité paternelle J'ajourn'rai vot' noce à vingt ans , Oui , je r'tard'rai vot' noce de vingt ans.
JACQUELINE
C mot f'rait trembler tout' les jeunes filles j Dans vingt ans fair' ma noc* , oui dà , Vous voulez donc , mon p'tit papa, Qu'elle y danse avec des béquilles.
TOlîS.
Vous voulez donc qu'.à c' mariag' là Elle danse avec des béquilles.
( Houblon sort, Annette rentre chez son père, et Feuilleté dans sa boutique.^