‹ La séparation de l'église et de l'étatChapitre 2 sur 7 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Les débats soulevés par l'Encyclique du 8 décembre n'ont pas inspiré à l'auteur de cet écrit les idées qu'il y expose ; ils lui ont fourni l'occasion d'exprimer ce qui était, chez lui comme chez bien d'autres, une conviction dès longtemps formée.

La valeur de ces idées sur la liberté religieuse, qui n'est pas seulement liée à toutes les autres libertés, mais qui est réellement leur base commune et leur principe essentiel, la valeur de ces idées, disons-nous, est tout a fait indépendante des actes plus ou moins excessifs du Saint-Siège et de leur interprétation.

Gomme nous avons, toutefois, pris texte de ces actes, qui ont donné lieu à des controverses beaucoup moins claires, à notre avis, que les actes mêmes, nous croyons devoir résumer ici les principaux incidents de cette campagne théologique.

A l'apparition du manifeste du pape, quelle a été l'impression générale? — Celle que nous avons, pour notre compte, traduite dans les pages qui suivent ; — l'impression d'une rupture décisive avec la société civile, avec le monde moderne.

Comment cette déclaration de rupture a-t-elle été accueillie par l'immeuse majorité, nous ne disons pas seulement du monde moderne, mais du monde catholique!

La réponse a celte question est dans la fameuse brochure de Hgr Dupanloup : l'évoque d'Orléans a opéré nue diversion violente sur une question particulière, la question italienne, pour détourner les esprits de la question générale, puis tenté un effort habile pour atténuer, pour éteindre celle-ci en prétendant que la rupture n'est pas une rupture ; que la théorie est inoffonsive; qu'elle tolère, si elle ne respecte les faits ; que tes principes mêmes ne sont pas si contraires !

Le succès de celte interprétation très-libre a été tel parmi los catholiques de France, que le contre-coup s'en est fait sentir vivement à Home. Les partisans de la brochure ont annoncé ici, avec beaucoup d'éclat, que la plus haute approbation avait été accordée à l'éloquent apologiste ; qu'on l'avait remercié, du haut du Saint-Siège, d'avoir défendu l'Encyclique el le Syllabus contre

les calomnies des journaux (ephemetiâum), sans bien expliquer, parait -il, en quoi consistent ces calomnies.

Od accepterait donc l'interprétation de Mgr d'Orléans?

Ainsi, l'on aurait confondu daus une mime liste, dressés de la façon la plus évidemment systématique, les maximes d» plu» théisme, du matérialisme, du communisme, avw les principes tes plus essentiels de la civilisation et de l'Étal moderne, pour les frapper tous ensemble d'une mémo condamnation ; fou aurait condamné des maximes telles que celles-ei i « Il est iibra à chaque homme d'embrasser et de professer la religion qu'il aura réputée vraie d'après la lumière de ta raison, ■ — et < l'Église n'a pas le droit d'employer la force) ■ — on aurait, enfin, résumé tou* cas coups datw un suprême coup de massue, en «ouronuantla liste par cette 80* et dernière proposition condamnée t

f Le ponttfe romain peut et doit se réconcilier et transiger avec Je progrès, le libéralisme et la civilisation moderne! •

Tout cela pour aboutir à un commentaire qui ferait disparaîtra le texte et rendrait te manifeste absolument sans portée et nu but ; — tout cela pour désavouer le coup qui n'a pas porté et la tempête qu'on n'a pu soulever 1

Me nous bâtons pas de conclure.

La lettre apostolique adressée à l'évoque d'Orléans, n'a point été publiée : on affirme maintenant qu'elle n'approuve, ftp réalité, que la guerre au Piémont et aux journaux, mais nullement l'interprétation doctrinale, qui ne serait pas jugée bien conforma au • véritable esprit de l'Église. »

Quoi qu'il en soit, tandisqu'arrivait de Rome la lettre a Mgr Dupanloup, paraissait une autre letlre adressée, non plus à un prince de l'Église, mais à un prince temporel : c'était l'ultimatum dp. Saint-Siège à l'empereur du Mexique. Pour qu'un concordat soit possible entre Rome et l'empereur Maximilien, « il faut avant tout que la religion catholique, à l'exclusion de tout autre culte dissident, continue à être la gloire elle soutien de la nation mexicaine; que personne n'obtienne la faculté d'enseigner et de publier des maximes fausses et subversives; que l'enseignement, tant public que privé, soit dirigé et surveillé par l'autorité ecclésiasti-

qufe, et qu'enfin soient brisées les chaînes qui s jusqu'à présent, Ont retenti l'Égl ise soUs la dépendance et l'arbitraire du gouvernement civil, » II faut aussi < défendre aux journaux d'insulter impunément les pasteurs, et d'attaquer la doctrine de l'Église catholique. »

Si l'on tolère, jusqu'à un certain point, que l'Encyclique soit voilée à Orléans, on la montre ainsi en pleine lumière à Mexico !

Dn reste, a Rome même, à l'imprimerie de la Chambre apostolique, vient de paraître le recueil des actes pontificaux d'entre lesquels on a extrait le Syttabui {Aeta S. S. D. N. PU pp. IX, etc.). Nous lisons, à la page 197 (allocution consistoriale du 18 mare 4861), les passages suivants : « Nous demandons & ceux qui nous invitent à tendre la main à la civilisation d'aujourd'hui (hodiernte cimlitatt)... si les faits sont tels qu'ils puissent induire le vicaire du Christ... à s'associer a cette Cifillsatlon d'aujourd'hui, par l'oeuvre de laquelle arrivent tant de maux à jamais déplorables, et qui proclame tant d'opinions, d'erreurs et de principes funestes ï — Celte civilisation moderne, tandis qu'elle favorise tout culte nota catholique» et n'écarte aucunement des emplois publics les infidèles euxmêmes, et ouvre k leurs enfants les écoles catholiques, s'irrite contre les ordres religieux, contre les instituts fondés pour diriger l'enseignement catholique, etc. — Cette civilisation, tandis qu'elle prodigue les subsides aux instituts et aux personnes non catholiques, dépouille l'Église catholique de ses plus justes possessions, et emploie tous ses soins h diminuer la salutaire influence de l'Eglise elle-même, etc. >

Le fait est là tout aussi clair que dans la lettre h Maximilien. La théorie et la pratique sont d'accord.

Quelle est l'explication de tout ceci ? —C'est que» dans la sphère de l'infaillibilité comme dans le monde profane, il y a des partis et des actions complexes et collectives. Deux partis sont en présence à Rome : les logiciens et les politiques. Les logiciens, ou les extrêmes, comme on voudra les nommer, ont fait lancer l'Encyclique; ils rêvaient un vaste mouvement; ils l'ont eu, maison sens inverse- La Société civile s'est levée tout entière contre une téméraire aggression ; elle s'est levée, dans le cercle officiel, avec le rappel au Concordat et aux articles organiques ; hors de ce cercle, avec

— vin — le cri, qui va grandissant, de la séparation de l'Église et de l'État.

L'attaque repoussée, l'armée ébranlée, l'évêque d'Orléans a, comme ou l'a dit, chargé vaillamment afin de couvrir ta retraite. Rome a félicité de sou opportune intervention, avec plus ou moins de restrictions, l'organe du parti des politiques, ou, si l'on veut, des modérés; mais le parti de la logique n'en garde pas moins te cœur de Rome. En même temps qu'on remercie, mais sont toutes réserves, l'interprète qui accepte le fait d'une liberté mitigée, fort mitigée, en France, on lance. la lettre qui réclame l'interdiction de toute liberté des cultes, d'enseignement et de presse au Mexique , et l'on félicitera sans doute demain Mgr de Ségur de celte autre brochure où les doctrines de la secte ultramontaine s'étalent dans toute leur crudité ».

Puisse venir bientôt ce régime de la vraie liberté religieuse où de telles choses ne seront plus une affaire d'Élat; où le gouvernement de la Société nouvelle n'aura plus à s'occuper des bulles de Rome; où les équivoques seront dissipées, le chaos débrouillé ; où les âmes ne flotteront plus entre l'indifférence et l'habitude, et où les hommes, rendus à la sérieuse préoccupation des grands intérêts qui ne passent pas, seront groupés librement et activement selon leurs réelles croyances !

Henri Martin.

Post-Scbiptum. — Depuis que ces pages ont été écrites, a paru l'Avertissement sacréavee indulgences piénières, en forme de jubilé, publié, au nom du Saint-Siège, par le cardinal-vicaire Patrizzi. Cette pièce donne pleinement raison & ce que nous nommions le parti des logiciens : elle signale, parmi les plus dangereuses erreurs propagées par les /buteurs d'iniquités :

« La funeste liberté de conscience et des cultes comme un droit de tout homme qui peut être sanctionné par la loi, ainsi que le prétendu droit, inhérent à chacun, de répandre par la presse, ou par toute autre voie, les idées les plus étranges et les plus erronées; faux principes, d'où découle aussi l'idée qu'on tente d'élever comme à la hauteur d'une loi suprême, à savoir la volonté du peuple, et ce qu'on appelle l'opinion publique. »

Ceci ne laisse rien à désirer et rien à discuter.

1 £u Objection* populaire! oonir* l'Eiicj/cliqu-j, pir Mgr d« Ségur.

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