LA LIBERTE DES CULTES COMME EN AMERIQUE
(7 janvier 1865.)
Le 21 décembre, à la suite de l'Encyclique où te pape, en termes d'une virulence extrême, anathématise in globo l'esprit moderne sous toutes ses formes bonnes ou mauvaises, dans ses vérités comme dans ses erreurs, a paru le Sytlabm ou catalogue des principales propositions condamnées, soit dans la présente Encyclique, soit dans les Allocutions consistoriales, Encycliques et Lettres apostoliques précédentes de Pie IX.
Nous en extrayons, pour bien éclaircir la situation, les articles qui nous ont paru les plus décisifs. Afin d'éviter toute discussion de mots, nous adoptons la traduction publiée, avec le texte latin, par la maison Adrien Lectère.
Le pape a condamné les proposi- Donc le pape affirme les propotions suivantes : tions suivantes :
1<> Li révélation divins eal imparfaite, 1° La révélation divine eit parfaite et et par conséquent sujette k un progrès con- complète, et, par conséquent, n'eu pi tinuel et indéfini qui réponde an progrès sujette a an progrès indéfini qui réponde de la raison humaine. au progrès de ta raison humaine.
Ainsi, la religion n'est pas susceptible de développements correspond a ni au progrès de la raison humaine.
2° Comme la raison humaine est égale a 2° Comme la raison humaine n'est noio t la religion elle-même, les science* ihéo- égale 1 la religion ,
logique* doivent être traitées cornue les giques ne doivent pu ««entes philosophiques. Tes sciences ph il osoph
être mitées comme philosophiques.
Ainsi, les sciences idéologiques ne doivent point êlre soumises à la raison ni su sentiment, double criitrtum des sciences philosophiques.
3* La méthode et les principes d'après 3' La méthode et les principes d'après — ils las anciens docteur* scolasiiqiiês lesquels Ifs anciens docteurs tcolasliques
ont cultivé la théologie, ne conviennent plHs aui nécessités de notre temps et au progrès des sciences.
[cultivé la théologie, conviennent escore aux nécessités de noire temps et eu pro.
Ainsi, it convient de retourner a la méthode du moyen âge et aux principes antérieure a Descartes.
i" Il n'est pas libre a chaque homme brasser et de professer la religion qu'il d'embrasser et de professer la religion
l- Il est libre a chaque homme d
5° La puissance ecclésiaatique ne doit pas exercer son autorité sans la permission et l'ssseotiment du gouvernement civil.
6* L'rîglise n'a pas le droit d'employer la force; elle n'a aucun pouvoir temporel direct ou indirect.
7° L'Église n'a pat le droit naturel cl légitime d'acquérir et de posséder.
So L'immunité de l'Église eL des personnes ecclésiastiques lire sou origine du droit civil.
5° La puissance ecclésiastique doit exercer son autorité sans la permission du gouvernement civil. (Il ne s agit pas seulement, on va le voir, d'autorité spirituelle. )
6» L'Église a le droit d'employer la force ; elle a un certain pouvoir temporel
7° L'Église a le droit naturel et légitime d'acquérir et de posséder.
Ainsi, l'Eglise n'a point là-dessus d'autorisation k demander a la société civile.
8* L'Immunité (les privilèges et exemptions) de l'Église et des personnes ecclésiastiques ne tire pis son origine du droit
Elle la lire donc du droit divin? Nous ne voyons pas que ceci puisse avoir un
9° Le for ecclésiastique pour les procès temporels des clercs, soit au civil, soil su
criminel, doit être absolument aboli, même tans consulter le Siège apostolique et sans tenir compte de ses réclamations.
10° La puissance laïque a le pouvoir de casser, de déclarer et rendre nulles les conventions solennelles (concordais) conclues avec le Siège apostolique, relativement a l'usage des droits qui appartiennent a l'immunité ecclésiastique, sans le fiou-
9° Le for (la juridiction) ecclésiastique pour les procès temporels des gens d'Église, etc., ne doit pas être absolument aboli, sans consulter le Siège apostoli-
Aiusi, sans le consentement du Saint- Siège, on n'a pas droit de soumettre les ecclésiastiques au droit commun pour leurs procès civils ou criminels.
dais, etc., sans le consentement du Saint' Siège.
Ainsi, la société générale, la nation, est irrévocablement enchaînée à ses relations
il de m liage M Mtlgré «m réel*- *im une partie d'elle-même, avec le clergé, ri le pape De consent t. la délier de cette chaîne. — Ainsi, la société ne possède ni la souveraineté ni l'indépendance.
Il» Toete la direction de* écolw publique*, due lesquelles la jeunesse d'un ÉIM chrétien est élevée, si l'on eu excepte, dans née certaine meure, le* séminaires épiscopaux, peut et doit être attribuée ■ l'auiorité civile, et cela de telle manière qu'il ne Mil reconnu a aucune autre anlorilé le droit de s'immiscer dans la discipline des écoles, dans le régime des éludes, dut la collation des gradée, dan* le choix ou l'approbation de* maîtres.
12* La puissance civile pent donnrr son appui a ton* ceux qui voudraient quitter l'état religieux qu'tla avaient embrassé et enfreindre leur* vœux solennels .
13» L'Église doit être séparée de L'Eut et l'Eut séparé de l'Église.
44* La science des choses philosophiques et morale», de mime que les lois civiles, peuvent et doivent être soustraites a l'autorité divine et welééiat tique.
H' La direction des écoles publiques, dans lesquelles la jeunesse d'un Élal chrétien est élevée, ne peut ni ne doit être attribuée totalement a l'autorité civile, * l'exclusion de toute autre autorité. Il ne suffit pas d'une exception pour les senti-
t.ï° On doit proclamer et observer principe de non-intervention.
'6* Il est permis de lefuser l'obéissau aux princes légitime*, et même de se r
voiler contre eut.
\ï- La puissance civile ne peut pas donner son appui a tous ceux qui voudrairut quitlerl eut religieux (monastique) qu'ils avaient embrassé, etc.
Ainsi, l'autorité civile ne doit pas empêcher qu'on retienne par forée les religieux qui veulent quitter leurs couvent*.
1 3* L'Église ne doit pas être sénat éa de l'Eut, oiTÊtai de l'Église.
4 4» Ni la science des choses philosophiques ei morales, ni les lois civiles, ne peuvent et ne doivent être soustraites a l'autorité divine et ecclésiastique.
Il est clair qu'il s'agit de l'autorité divine interprétée par l'autorité ecclésiastique.
li proclamer ni observer
45'Ouuedoi le principe de ni
Il est clair que, dans la pensée du pape, on ne doit surtout poiut observer ce principe, quand il s'agit d'une intervention ayant pour but de soutenir l'Église contre les nationalités.
46° Il n'est pa* permis de reruser l'obéissance aux princes légitimes, ni surtout de se révolter contre eux.
Ainsi, le* nations n'ont pa* le droit de résister aui princes qui les oppriment, ni de changer leurs gouvernements. Princes Uyilime*, dans le stjle de lacour deRome, ne. veut pas même dire : princes régnant en vertu d'une hérédité traditionnelle d'origine nationale, mais bien; puissance établie quelconque; le Uar est prince légi- JiW en Pologne. Aussi, la papauté, tout en protestant contre lea persécution* qui frappent le clergé polonais, »-t-elie réprouvé l'insurrection nationale. C'est ce qu'il ne faut point oublier, quand on parle des svm-
E taies du Saint-Siège pour la Pologne.
e IX lui-même a fait, en termes plus doux, co qu'avait fait Grégoire XVI arec
une dureté révoltante.
<7o L'Église n'i pas le pouvoir d'ap- il" L'Église a le pouvoir d'apporter des
porter des empêchements dirimanta an empêchements dirimanta au mariage; ce
mariage ; mais ce pouvoir appartient k pouvoir n'appartient point h l'autorité
l'autorité séculière, par laquelle les ein- civile, qui ne peut lever les empêchements
péchfmcnts existants peuvent être levés. existants.
4SiI.es fils de l'Église chrétienne et vo» Les fils de l'Église chrétienne M catholique disputent entre eux sur la com- catholique ne disputent point entre eux sur patibilité de la royauté temporelle avec le la compatibilité de la royauté temporelle pouvoir spirituel. aveu le pouvoir spirituel.
Ainsi, ceux qui n'admettent pas cette compatibilité ne sont pas des fils de l'Église chrétienne et catholique.
Vh A notre époque, il n'est plus utile •f' A notre époque, il convient encore que la religion catholique soit considérée que la religion catholique eoit considérée comme l'unique religion de l'État, al'ex- comme l'uniqne religion de l'État, i l'exclusion de tous les autres cultes. cIusiod de tous les autres cultes.
10* Aussi, c'est avec raison que, dans S!)» Aussi est-ce a tort que, dans quelquelques pajs catholiques, la loi a pourvu ques pays catholiques, la loi a pourvu a ce à ce que les étrangers qui s'j rendent j que les étrangers y jouissent de l'exercice jouissent de l'exercice public de leur culte public de leur culte.
SI» Il est vrai que la liberté civile de 21 « Il est faux que la liberté civile de Ions 1rs citiies, etc., jette plus facilement tous les cultes et que le plein pouvoir laissé les peuples dans la corruption des moeurs k tous de manifester ouvertement et publi- et de l'esprit, etc. queutent toutes leurs pensées et toutes leurs opinions jeitent plus facilement les peuple* dans la corruption des moeurs et de l'esprit, et propagent la peste de Vin* diffèrentitme.
3£o Le pontife romain peut et doit se 3 î« Le p >olife roman nr peut pas et ne réconcilier et transiger avec le progresse doit pas se réconcilier ni transiger avec le libéralisme et la civilisation uioderue. progrès, le libéralisme et la civilisation
La dernière proposition dispense de discuter en détail toutes les autres; c'est une rupture définitive signifiée par l'infaillibilité romaine, comme elle le dit en propres termes, à la civilisation moderne.
Ajoutons, à ces extraits du Syllabus, quelques passages péremptoires de l'EDcyclique elle-même :
• Des hommes qui appliquent à la société civile l'impie
« et absurde principe du naturalisme ne craignent pasd'affir-
• mer que le meilleur gouvernement est celui où l'on ne reconnaît pas au ■ pouvoir le droit de réprimer, parla sanction des peines, les violateurs
« de la religion catholique, si ce n'est lors que la tranquillité publique « le demande. >
Ainsi ,)le pape considère comme les meilleurs les gouvernements où l'on réprime les violateurs de la religion catholique, en dehors de toute question d'ordre public, et purement et simplement en* tant qu'hérétiques ou impies.
< En conséquence, * poursuit-il, ■ de cette idée absolument fausse du « gouvernement social, ils n'hésitent pas à favoriser cette opinion em- « née, on ne peut plus fatale à l'Église catholique et au saint des âmes, i et que notre prédécesseur d'heureuse mémoire, Grégoire XVI, appelait.
■ nn délire, savoir : que la liberté de 'Conscience et des cultes est nn « droit propre à chaque homme, qui doit être proclamé et assuré dans
■ tout État bien constitué, et que les citoyens ont droit à la pleine liberté < de manifester hautement et publiquement leurs opinions, quelles
■ qu'elles soient, par la parole, par l'impression ou autrement, sans que t l'autorité ecclésiastique ou civile puisse la limiter. >
Et plus loin :
■ Il en est d'autres qui ne rougissent pas d'affirmer que ....
■ l'Église n'a pas le droit de réprimer par des peines temporelles les
■ violateurs de ses lois '. »
Et quel est le pape qui a lancé au monde ces paroles sans appel et sans retour! — Celui-là même qui s'assit sur le saint-siége au milieu de l'universel applaudissement; celui-là même qu'entoura une popularité sans exemple * qui donna, même aux non-croyants, la dernière illusion d'une réconciliation entre l'ultramontanisme et la société nouvelle. Aucun pontife plus honnête, plus convaincu, plus sincèrement pieux, n'avait paru dans les derniers siècles. Lorsqu'à son avènement, en succédant à l'impopulaire Grégoire XVI, il essaya de porter la main sur les abus, de réprimer les scandales et les exactions, et fit cesser les violences, on prit sa moralité et sa bienveillance pour du libéralisme et du patriotisme ; on rêva, presque dans tous les rangs, un pape réformateur, chef de la jeune Italie, sinon de la jeune Europe; An plus fort de ces espérances, la guerre de l'indépendance italienne commença: le droit nouveau, le principe de nationalité, fit appel à Pie IX ; Pie IX lo repoussa : il ne connaissait point les nationalités; il ne connaissait que l'Eglise cosmopolite.
Le malentendu s'éclaircit aussitôt en Italie. Il se prolongea quelque temps en France et rendit possible l'expédition de Rome contre la pré-
■ Mgr Dupaoloup ne cite p ai lei plai accentués de cm passages d»i le partie de a brochure ou il l'efforcé d« démontrer l'innocuité de l'Encyclique rebtiTeoient ù I* liberté des cnltei M a U liberté de la près», t Sachet donc lire ! > a'écriet-il.
Hotte •rotai*, et cela non» semble Tort clair.
tendue Ingratitude italienne. Ou sait te reste. On a eu quhwe an» pouf dessiller les yeux les plus obstinés à rester fermés. Apre» ce* Immense mouvement des esprits et des chwes, qtri s rempli l'Intervalle 4e i%9& h 4804, les décrets de Grégoire XVI contre h soeîélé nouvelle sent renouvelés et amplifiés par Pie IX.
Les hommes passent, les caractères et les personnes changent ; la doctrine négative reste et restera la même.
L'expérience est pleinement aceomplie.
La vieille Rome a parié : quelle doit être ta repense de la eivili«ttert moderne T
L'uHramontanisme se déclare sen irrêcenrftiaMe àdtersalre r doit-elle répondre à ta violence des parole» par le violence des actes, à l'envahissement par FeBvahissetnentï
La papauté tente tm effort impuissant pour remettre l'État dans Tt~ gïtee : fant-il que le pouvoir civil s'efforce de mettre l'Église dans Fftat, de susciter un schisme officiel, d'élever nn patriarcal soumis a l'autorité nationale?
Ce serait là, pour la société nouvelle, l'abîme eppeeé. Foutre terme d'esclavage moral, qui éteindrait, aussi bien que la première, toute spontanéité, toute vie.— Ni ullramontanisme, ni lattrime. Mais, ee péril en sens inverse, nos mœurs nous eu préservent; ce parti est heureusement impraticable.
Faut-il alors demander un asile, un bouclier au vieux gallicanisme t— Nous honorons te gallicanisme dans l'histoire; la nationalité française lui doit une profonde reconnaissance; il nous a préservés de tomber dans le gouffre où se sont englouties si longtemps l'Italie, qui s'est enfin refevée, et l'Espagne, qui, nous y comptons, se relèvera. — Nous ne prétendons point qu'il n'y ait chez lui aucun reste de vie; nous souhaitons le contraire. Que ce qui subsiste de gallicans proteste contre tes décisions d'une infaillibilité à laquelle ne croyait pas. l'antique Église de France ; qu'une fraction du clergé et des laïques oppose à Rome une tradition plus ancienne, plus chrétienne et ininterrompue, et résiste & l'infaillibilité en vertu même du traditionalisme', rien de mieux; b'Ms ont en- '
■ Btaa dm des protestation» àp iswpaJec. cMSrt l'iaterdjifition mJ*îste*i«He) ralatii** à l'Encyclique, uu de nos évéques se moque agréablement des doet(inea*W(W»»&*'*» r gillMMisaw. — Surannée* ! — - Vous coavenet donc qne ceux-là- étaient les anciens, et qu» voua été», relativement, les. noureaux ; nous le savions, bien , mais noua aimons i tous entendre en convenir I — Vous n'Êtes donc pas la tradition ; mais tous n'êtes pas nonphis, apparemment, la raison t — Qu'êtes -vous donc? — Qu'est-ce que votre inlaijlihiljlé papale, sinon une déduction, logique et non traditionnelle, de passages de rÉetilora nullement interprétés dans ce sens par les premiers siècles T Doctrine a deux faces, elle sa- posa comme logique contre U tradition, comme tradition contre ta raison; mais la raison la condamne sous la première forme, et l'histoire sous la seconde.
cor* la force de le taire, on en dévia tenir grand compte dans l'appui* dation de l'état des esprits, et il aérait très-désirable, en vue des crises de l'avenir, que le catholicisme ne tût pas englouti tout entier dans foltramontanisine ; que toutes les familles, que toutes 1m âmes ne fussent pas prochainement forcées de choisir, sans intermédiaire, sans transitiez, entre la secte de l'infaillibilité papale et une révolution religieuse radicale; mais, quoi qu'il eu soit, ce serait une étrange illusion que de chercher dans les réserves explicites ou implicites d'une portion quelconque du clergé et dans l'application du concordat la solution de la solennelle question si décidément posée.
Noua ne sommes plus ni en 1689 ni en IMft.
Le temps des moyens termes est passé. Tons les palliatifs sorti tés-
Plus de palliatifs I les grands remèdes !
La société moderne ne veut, ne petit, ni ne doit se soumettre.
Elle ne peut, ni ne veut, ni ne doit répondre par la violence.
Elle doit répondre par la négation à la négation. Eue doit se retirer de qui nie son droit, rompre ses liens officiels avee la hiérarchie romaine, effacer ces inconséquents débris de religion d'État qu'on maintient parmi nous contre les principes fondamentaux de nos lois civiles; elle ne doit point adopter la formule : l'Église libre datu VÉtat tibrt, ce qui impliquerait que l'État reconnaît l'Église comme un corps ottetel dans un autre corps ; elle ne doit connaître l'Église, on plutôt lei MgHm, que comme de libres associations privées dont l'autorité sociale n'a lien de se préoccuper qu'au point de vue de l'ordre public et de la morale publique.
Le pape réclame la liberté pour lui et la soumission pour tout le reste ; nous demandons la liberté pour le pape comme pour nous, comme pour tous, sans autre réserve que celle que commande la nature des choses, à savoir : que la liberté de l'un ne dégénère point en attentat contre la liberté de l'autre.
La réponse de la société française à la panante doit se résumer en deux
mOtS : LIBERTÉ BBS CULTES COMMS EH AmtlWtft.
Ce que nous demandons, nous l'avions, il y a soixante ans ! Après l'expérience malheureuse de la Constitution civile du clergé, c'est-à-dire d'une religion d'État de la Révolution, nous étions rentrés dans la pratique de la vraie liberté religieuse sous le régime de la Constitution de fan HI, la première tentative sérieuse qui ait été ferte pour organiser politiquement la France nouvelle; bous savons si mal notre histoire, même l'histoire depuis 89, que beaucoup parmi nous s'imaginent que le premier consul a rouvert les églises et rétabli le euHe proscrit. La vérité est que le culte, ou, pour mieux dire, les cultes étalent en exercice dans +0,060 communes, c'est-à-dire partout, et que le» a s so c iat i ons reHut c us t a foao-
tionnaient en pleine liberté sous le Directoire ; clergé catholique assermenté ou constitutionnel, clergé catholique non assermenté, protestants, déistes théophilanthropes ; le mouvement et la vie renaissaient partout. La France commençait à recueillir ce fruit d'émancipation qu'elle avait pavé si cher; le premier consul lui fit perdre cette situation excellente par le grand acte rétrograde qu'on vante encore comme un chef-d'œuvre de politique, et qui a engendré tant de maux pour lui-même et pour ses successeurs.
11 faudra bien qu'on en revienne à la veille du Concordat. L'établissement du principe est compatible avec toutes les mesures transitoires do' prudence et d'équité ; la société, qui ne peut jamais être engagée envers les choses, pouvant l'être et l'étant envers les personnes. On en viendra donc à le faire, et l'ordre véritable ne commencera de naître que quand on l'aura fait.
La solution civile et politique, la voilà. Quant à la solution religieuse, celle-là est plus éloignée et plus mystérieuse; mais elle ne peut sortir que de l'autre. En dégageant le principe et le sentiment religieux de cette adultère alliance avec la force matérielle et l'autorité politique, qui a commencé de corrompre le christianisme dés le temps de Constantin et que Rome défend avec une passion obstinée, on rendra ce principe impérissable à sa nature propre, à sa vérité. Il s'affranchira de la double décadence ullramontaine et panthéiste qui l'entraîne et le dévoie aujourd'hui. Le grand souffle intérieur se réveillera, et la rénovation religieuse naîtra de la liberté.