‹ La séparation de la Suède et de la NorvègeChapitre 6 sur 10 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La Rapture

Le nouveau president du conseil, M. Michelsen, bien qu'il fit partie du minist^re precedent en quality de ministre des finances, avail en effel des tendances liberales et meme radicales.

€ Nous autres Norv6giens, peut-on lire dans sa declaration minist6rielle du 15 mars 1905, nous avonscertes le droit, que nous accordentThistoire et la Constitution, de suivre notre propre vie nationale, comme nation libre, et nous sommes absolument convaincus que la volont6 une et inflexible de notre peuple de faire tous les sacrifices n^cessaires a la realisation de ce droit, conformement a la loi fondamentale de Norvfege, nous menera au but. » A ces mots, tous les deputes se Invent, et le president du Storthing, M. Carl Berner, afflrme, lui aussi, la communaute de vues du peuple et du gouvernement : « Je crois pouvoir exprimer, au nom de TAssemblee, Tespoir certain d'une collaboration loyale et confiante entre le gouvernement et le Storthing; j'ai

de plus la conviction que le Storthing accordera ferme appui pour la solution de la tSche gra et difdcile qui leur incombe k lous deux. »

Ainsi, M. Michelsen va droit au but, il ne p plus, comme M. Hagerup, de r<^soudre la ques des coiisulats, mais bien d'obtenir pour le royat de Norv6ge une pleine et entiere indipendai Cependant, le prince heritier, h qui le roi avail re ses pouvoirs comme regent, ne se ddcouragea Dans une leltre adressfie au president du w Coi special » institu^ par le Storthing apr^s la rup des n^gociations, il exprimait avec chaleur sa ( viction que I'union assurait la force et le blendes deux peuples scandinaves. II soulignait : force que Tunion n'dtait pas essentielle ii la dy tie, mais devait I'fitre aux deux peuples. II termi eniin en d^conseillant la dissolution de I'unioE en invitant les gouvernemenls a reprendre les n ciations sur des bases ^largies. Puis, le 5 avri proposait la motion suivante :

« J' engage par les pr^sentes les conseils des nistres des royaumes unis, sans maintenir ^tri ment les points de vue auxquels ils se sont an anl^rieurement, k entamer immediatement, des c cdtes, des ndgociaiions libres et araicales con nant une nouvelle r^glementation de toutes questions unionelles, et en se fondant sur ce [

cipe essentiel que Ton doit chercher k ^tablir une ^alit^ complete entre les deux pays.

« La voie qui, je le crois, doit £tre suivic, et par laquelle, i mon avis, en faisant de part et d'autre preuve de bonne volont^, on peut arriver a une solution enti^remeot satisfaisante, est celle-ci : . (L Ministre des affaires etrangeres conunun, norv6gien ou suedois, responsable devant les deux royaumes ou devant une institution commune. — Service consulaire distinct pour chacun des deux royaumes, en ^tablissant toutefois que les consuls, pour tout ce qui concerne les rapports avec les puissances 6trang6res, seront places sous la direction et le contrdle du ministre des afTaires ^trangires.

« Si, an cours des n^gociations, on pouvait trouver une autre forme pour la r6glementation des questions unionelles, tout en conservant la communaute dans la gestion et I'administration des affaires ^trang^res, condition indispensable au maintien de I'union, je me declare dispose a la prendre, elle aussi, en sdrieuse consideration. »

Le conseil sufidois donna aussitdt son assentiment a cette proposition, qui fut approuv^e a runanimit^ par le Riksdag. Mais la Norv^ge se montra moins enthousiaste.

Dans son rapport du 17 avril sur cette proposition, 4e gouvernement norv^gien constatait qu'elle nefai-

salt que renouveler, sur tous les points essentiels^ les vaines propositions des « comit^s d'union ^ de 1844» de 1867 et de 1898, et des n^ociateurs pendant les pourparlers de 1885-1886 et de 1890-1891. II d^conseillait par consequent des negociations nouvelles avant que des consulats norv^giens fussent etablis ; car alors seulement la confiance renaf- Irait, <c Le cas ech^ant, ajoutait-il, ces negociations devraient etre conduites sur des bases absolumcnt libres, en reconnaissant anterieurement, sans reserve ou delimitation d'aucune sorte, la souverainete de chacun des royaumes ; elles devraient comprendre ^galement, conformement a ce qui se fit en 1898, Torganisation, propos^e du cdte norvegien, d'une direction des affaires etrang^res s^paree pour la Norvege et pour la Suede, dans les formes jugees n^cessaires par chacun des royaumes pour sauvegarder ses droits et ses interets. j>

Conform6ment a ce qui precede, on devrait, en outre, etre d'accord que, si ces nouvelles negociations, elles aussi, ne devaient aboutir a aucun r6sultat, on ne reviendrait pas au statu quo et au maintien de I'etat de choses insoutenable dans lequel se trouvent actuellement les affaires unionelles.

II faudrait que Ton Mt ^troitement lie par une clause etablissant que les rapports existant actuellement ne seront pas, pour les royaumes, un emp6-

chement a Texercice de leur souverainete, mais que ceux-ci seront libres, chacun pour soi, de determiner les formes futures de leur existence nationale. Car ce n-est pas une union fondee sur la contrainte, mais ce sont seulement la confiance reciproque et la sympathie qu'ont Tune pour I'autre deux nations libres et independantes, qui peuvent assurer Tavenir des deux peuples, Findependance et rint6grit6 des deux royaumes. »

Ce rapport fut presente au conseil combine suedonorv6gien tenu au palais de Stockholm, le 23 avril. Deux jours plus tard, le gouvernement suedois y repondait en ces termes :

« Le ministere norv6gien repoussant maintenant I'idee d'entamer de nouvelles n6gociations avant qu'un service consulaire separe pour la Norv^ge soit cree, et etablissant^envue de nouvelles negociations eventuelles, des conditions incompatibles avec rUnion et Facte d'union, il est clair que des negociations sur les bases indiqu^es ne peuvent pour le moment 6tre entreprises avec utilite *. »

Ainsi le gouvernement suedois renongait a continuer les pourparlers avec la Norv6ge, qui, a son avis, 6mettait des pretentions inadmissibles. Et, en eflfet, tout en affirmant que son but n'etait pas de dissoudre Funion actuelle, le cabinet de Christiania

* Cf. Drolsum, page 70.

^mettait Topinion qu'une pareille dissolution etait possible, et que des negociations comportant cette Eventuality 6taient compatibles avec Tacte d'union, sous reserve de Tapprobation des autorites des deux Etats. On comprend done que les Su^dois n'aient pas eu enviede negocieravec ungouvemement qui tenait un pareil langage, d'autant plus que les publicistes norvegiens s'exprimaient dans la presse avec encore plus de nettete.

« Le Storthing, 6crivait M. Fritjof Nansen, a votE a TunanimitE une loi portant creation d'un service consulaire norv6gien separe. Le cours des 6v6nements depend maintenant en grande partie du pouvoir roval. II nous est difficile, a nous autres Norv6 giens, de nous imaginer que le repr6sentant du pouvoir royal en Norv^ge puisse refuser sa sanction a une loi r6clam6e aujourd'hui d'une maniere aussi unanime par le peuple norvegien. Si cependant pareille chose arrivait, comme on semble le supposer dans certains milieux, ce ne pourrait Etre que la consequence de Tinfluence su6doise, ce qui serait contrairea la Constitution. Aussi,le cas 6ch6ant, ne serait-il pas possible au pouvoir royal de trouver un ministere norvegien voulant prendre la responsabilite d'une telle mesure. Or, sans un gouvernement responsable, le pouvoir royal non responsable ne pent ni gouverner ni prendre de decisions gouver-

liementales . Si le pouvoir royal continue a maintenir son refus de sanction, il se sera, par suite^ plac6 Iui-m£me hors de la Constitution^ponr avoir essayig de gouverner sans 6tre convert par des conseillers responsables^ ce qui est en contradiction directe avec les principes et les termes de notre Constitution. ]>

Ainsi, il ne suffisait pas aux Norv^giens de statuer a eux seuls sur un point qui, normalement, aurait dii faire Fobjet de n^gociations avec la Suede; il leur fallait aussi se laver a Tavance du reproche, qu'on ne manquerait pas de leur adresser, d*avoir fait une revolution ; et, pour cela, il n'y avait qu'un moyen : c'etait de prendre eux-m6mes ToflFensive et de faire retomber sur le roi et sur la Su6de la responsabilite de cette revolution. C'est ce que ne devait pas manquer de faire M. Nansen.

« On a dit que, dans ce cas, il y aurait revolution en Norvfege ; mais ce ne sera pas le peuple norv6' gien, ni le Storthing norvegien,ni le gouvernement norv^gien qui aura fait cette revolution ; car le fait que le peuple norvegien reclame un service consulaire distinct n'est pas une revolution ; le fait quele Storthing norvegien prend une resolution dans le meme sens n'est pas une revolution ; le fait que le gouvernement norvegien conseille la sanction de cette decision ayant forme de loi n'est pas une revolution.

Un gouvernement ne fait pas une revolution en refusant d'agir contrairement aux inter^ts de son pays ; le fait que ie pouvoir royal ne se trouve pas a m^me, par la suite, de former un nouveau gouvernement, n'est pas non plus une revolution, car on ne peut pas forcer les citoyens d'un pays a faire parti e d'un ministfere.

cc Mais TAssembiee nationale, due selon la loi, et siegeant selon la loi, ne peut pas laisser le pays sans gouvernement; et le pouvoir royal s'6tant place lui-meme hors de fonction, le Storthing doit prier Tancien minist^re de continue r a fonctionner et d'ex6cuter les actes gouvernementaux, comme si le pouvoir royal etait present. Ceci non plus n'est naturellement pas une revolution, mais simplement ce qu'exige I'etat dechoses qui est survenu*. »

Si Ton songe que ces lignes ont ete ecrites au mois d'avril 1905, c'est-a-dire plus d'un mois avant la revolution du 7 juin, il est impossible de douter que cette revolution ait ete prevue et voulue par le gouvernement norvegien. La methode preconisee par M. Nansen a ete, en eflfet, suivie de point en point. Les 18 et 23 mai, malgre I'opposition de M. Hagerup, qui mit le Storthing en garde centre les consequences que pourraient avoir des entral** nements irreflechis, et qui proposa d'ajourner le

^ Gf. Nansen, pages 96 et 97.

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d^bat jusqu'apr^s de nouvelles Elections, la loi consulaire fut adoptee par les deux Chambres du Storthing ^ Le 27 mai, elle fut pr6sent6e a Sa Majesty le Roi, en conseil norvegien, au palais de Stockholm. M. Lovland, ministre d'Etat, et deux de ses coUegues demand^rent avec insistance au souverain de bien vouloir la sanctionner ; le roi r6pondit que la communaut^ des consulats ayant 6te institute en conseil combing, conform^ment au paragraphe 5 de I'Acte d'union, devait etre supprimee, suivant les mSmes formes, c*est-a-dire par des n6gocialions avec la Su^de, et refusa sa sanction, en vertu des articles 30 et 78 de la loi fondamentale. II d^clarait s'en tenir a la declaration que le prince royal avail, en quality de regenl, adress6e le 5 avril au gouvemement norv6gien.

Les ministres firent alors au roi les plus vives representations et invoqu^rent les efforts fails par la Noi'vfege en vue d'aboutir. La decision du roi portait atteinte a I'ind^pendance de la Norv6ge et amenerait tres certainement la dissolution de TUnion. Les ministres presents firent en outre savoir qu'aucun membre du gouvernement ne pourrait contresigner une pareille decision et par la lui donner la validitd constitutionnelle ; puis, comme ils n'avaient

^ Quelques voix seulement s'^taient prononc^es en favour du projet d'ajournement d^pos^ par M. Hagerup.

pu parvenir k persuader le roi, ils d6pos6rent la demande de demission de tout le cabinet norv6gien. Le roi refusa de I'accepter comme 6taiit « pourle moment » dans rimpossibilit^ de former un autre ministdre, II maintenait d'ailleurs que Tarticle 30 de la loi fondamentale lui donnait le droit de statuer a sa guise, et que le ministre d'Etat 6tait tenu de contresigner ses decisions : la responsabilit^ des ministres, disait-il, 6tait suffisamment d^gag^e, du moment qulls avaient exprim^ leur opinion avec une entiere franchise et qu'ils lui avaient fait des representations 6nergiques. Mais le ministre d'Etat r6pondit qu'en vertu del'articleSl de la Constitution^ le contreseing d'un ministre ^tait n^cessaire pour donner force juridique a un ordre royal, et qu'aucune autorit^ ne pouvait donner a un ministre le privilege de refuser le contreseing et de se demettre de ses fonctions ; le refus de contreseing ^tait d'ailleurs* dans certains cas^ non seulement un droit, mais un devoir, en particulier lorsque, comme dans les circonstances actuelles, ce contreseing impliquerait une negation de la souverainet6 de la Norv^ge. En consequence, aucun des ministres ne voulait contresigner une decision qu'ils consid^raient tons comme 6vidcmment nuisible a TEtat. Le 6 juin, le gouvemement norv6gien envoyait Tadresse suivante k Sa Majesty le roi Oscar 11 :

Jordan. 7

'^"'^■iipi

« En vertu de la Constitution de la Norv^ge, il incombe au roi de procurer au pays un gouvernement constitulioanel. Du moment oti le roi renonce a former un conseil des ministres responsables, le pouvoir royal norv^gien a cessd d'exercer ses fonctions. Par la decision de Votre Majesty, les relations constitutionnelles entre Voire Majesty et les ministres responsables de la couronae ont, d'ailleurs, ^te amen^es dans une situation qui ne peut pas se prolonger. Aucun gouvernement, ni aucun de ses membres ne peut, dans un Etat constitutionnel, £tre astreint, contre sa volont^, k conserver ses fonctions avec la responsabilit^ minisl^rielle qui y est attach^e, lorsque, en presence de questions importantes et d^cisives pour la patrie, les conseils des ministres responsables ne sont pas suivis par le roi, qui, d'apr6s la Constitution, n'est pas responsable. Dans ces circonstances, c'est le droit indisculable de cbaque ministre, en sa quality d'homme Hbre, de se d^metlre de sa charge, el c'est en m€me temps son devoir envers sa patrie, pour le maintien de ses drolls conslilulionnels. »

Les ministres faisaient remarquer, d'ailleurs, que le roi, qui d^clarait impossible de consliluer i pour le moment » un autre gouvernement, ne I'avait m6me pas essays, puisqu'il ^lait resl6 tranquillement au palals de Stockholm, el ajoulaient que, dans ces

conditions, ils se voyaient dans la n^cessit^ de se retirer. Ils terminaient en remerciant Sa Majesty de la bont6 et de la bienveillance qu'elle leur avail t^moign6es pendant qu'ils avaient Thonneur d'etre ses ministres.

Le lendemain, 7 juin, le minist^re annon^a au

Storthing qu'il avait r6sign6 ses fonctions, se trou-

vant dans Timpossibilit^ de rtaliser le programme

expos^ dans la declaration ministerieile du 15 mars.

Le Storthing prit acte de ce que le roi s'etait declare

incapable de constituerun nouveau gouvernement,

tira de la la conclusion que le pouvoir royal avait

« cesse de fonctionner », et chargea les ministres

d'exercer provisoirement les pouvoirs reconnus au

roi par la Constitution, avec les modifications ren-

dues n6cessaires par la dissolution de TUnion avec la

Suede, du fait que le roi a cess6 d'exercer ses fonc-

tions de roi norv6gien. II se hdtait, d'ailleurs,

d'ajouter que la dissolution de Tunion ne compor-

tait pas d'amertume envers la nation su6doise, ni

envers la dynastie, et, pour le reconnaitre, il solli-

citait le concours de Sa Majeste pour qu'un prince

de sa maison, en r^signant son droit de succession

au trdne su6dois, soit autoris^ a accepter T^lection

comme roi de Norvfege.

Impossible, on le voit, d'etre plus mesure, d'etre plus aimable mSme dans la forme. Mais le fond n'^tait

pas change pour autant. Quelles que puissent £tre S ce sujet les protestations des publicistes norv^giens, Ic seul mot qui convienne pour caract^riser I'acle accompli par la Norv^ge le 7 juin est celui de revolution. Ceci, d'ailleurs, n'est pas un reproche. line revolution peut 6tre nicessaire si les int6rfits vitaux d'une nation sent en question, et ce n'est pas nous, Fran^ais, qui pouvons faire grief d un peuple de remercier un roi qui a cess^ de ptaire. Mais il faut avoir le courage d'appeler les choses par leur nom, et ne pas cbercher a d^placer les responsabilites. Or. sans aller jusqu'a dire que la Su^de n'ait jamais commis la moindre faute, il n'en est pas moins certain que c'est a la Norvfige qu'incombe,en definitive, la responsabilite de la rupture.

Le Storthing a vioie la Constitution d^s I'instant ot il a fixe au 1^^ avril 1906 I'entree en vigueur de la loi surlesconsulats; la Constitution reconnait. en effet, au roi le droit d'opposer son veto a un projet de loi non pas une, mais troisfois, k des inlervalles de temps donnas ; le vote du Storthing empechait I'exercice de ce droit.

L'union avec la Suede a ete dectar^e dissoute, sans que Ton ait consulte la Suede ni observe les formes prescriles pour le moindre amendement de la Constitution et de I'aete d'union. La Norvege n'a jamais fait a la Suede I'honneur de lui proposer de

dissoudre Tunion par une transaction pacifique. C'est done bien d'une revolution qu'il s'agit la, mais, encore une fois, toutes les revolutions ne sont pas condamnables.

Quoi qu'il en soit, le roi Oscar n'h^sita pas k appeler de leur vrai nom les mesures prises par les Norvegiens : « Ne reconnaissant pas, t61egraphiait-il des le 8 juin, au president du Storthing, M. Berner, les mesures r^volutionnaires prises par le Storthing en violation de la Constitution et des lois du royaunie, et en rebellion contre le roi, je refuse de recevoir la delegation de cette assemblee ^ »

En meme temps il decidait de convoquer le Riksdag en session extraordinaire, en insistant sur ce que Facte rdvolutionnaire du Storthing l^sait, de la fa?on la plus -grave, les droits de la Suede. Le

10 juin, le roi Oscar formulait sa protestation dans une communication adressee au peuple norv^gien.

11 revendiquait encore une fois le droit que lui accordait la Constitution de prendre une decision en contradiction avec I'avis du Conseil des ministres, et affirmait que c'etait en qualite de premier repr6sentant de « TUnion jo qu'il avait considere de son devoir de refuser sa sanction a la loi des consulats*

* Le Storthing avait charge un certain nombre de ses membres d'aller exposer au roi les raisons qui Tavaient d6termin6 k la rupture.

Tout n'^tait pas d'ailleurs fini : « Le Storthing, disait-il, a, par un acte r^volutionnaire, d^clar^ que le roi constitutionnel de Norv^e a cess£ de r^gner ct que Tunion entre les deux Etats est dissoute; mats e'est k la SuMe et a moi-m^me, en tant que roi de I'Union, qu'il appartient de decider sirenlreprise de la Norvfege centre I'Union existante conduira a une dissolution legale. »

Quelques jours apr6s, le 19 juin, le Storthing, dans sa r^ponse au roi, assurail que le peuple norv^gien n'^prouvait ni animosity ni amertume a regard du peuple su^dois, et en appelait aux pouvoirs suedois pourcoop^rer a une pacitique entente :

« Sire, ce qui vient maintenant de s'accompHr en Norvege est le r^sultat n^cessaire des ev^nements politiques unionets des derniers temps et ne pent 6be change... Le Storthing a pris une decision qu'il .^(ait n^cessaire de prendre pour accomplir son devoir envers la patrie. En declarant la dissolution de Tunion entre les Royaumes-Unis, le Storthing n'a pas eu rintention de briser les liens d'amiti6 des deux peuples. Ce qui est arrivd et qui devait inivitablement arriver en Norvege n'est que la revendication n^cessaire des droits constilutionnels de la Norv^e. Le peuple norvegien n'a jamais voulu blesser I'honneur de la SuMe. »

Puis le Storthing montrait les bienfaits qui r^sul- .teraient pour les deux peuples de la rupture :

« Une collaboration ayant dur6 quatre-vingt-dix ans sur le terrain des interSts mat^riels et intellectuels a d6velopp6 chez le peuple norv6gien des sentiments d*amiti6 sincere et de sympathie pour le peuple su^dois. La Norv^ge ne se trouvant plus dans une situation humiliante pour son ind^pendance, ces sentiments prendront un nouveau d6veloppement, affermiront et accroitront Tentente r6ciproque entre les deux peuples. — Convaincu que le peuple su^dois partage cette mani^re de voir, le Storthing s'adresse aux pouvoirs suedois, et leur demande de se prater, aprfes avoir reconnu la nouvelle situation de la Norv^ge et son droit d'Etat souverain, aux n^gociations n^cessaires en vue d'arriver a une liquidation definitive de TUnion, ddsormais dissoute. !>

Cependant, d6s le 20 juin, le Riksdag se reunissait : il allait, selon les paroles d'Oscar II, avoir k decider si I'entreprise de la Norv6ge contre TUnion existante allait conduire a une dissolution legale de ladite Union. Et tout de suite Ton put voir que la Su^de ne voulait pas maintenir TUnion par la force, et que, en d6pit de la revolution etdeTinjurere^ue, elle ne voulait k aucun prix de la guerre contre la Norv6ge,

« C'est un pas p^nible que le Conseil m'engage k faire, disait le roi au Conseil des ministres, le 21 juin* Ma conscience me dit que j'ai, pendant mon long r6gne, tendu vers le but qu'a mon av6nement je nie suis propose, le bien des peuples freres. II m'est vraiment p^nible de contribuer a la dissolution d'une union dans laquelle j'ai cru voir I'ind^pendance, la securite et le bonheur des royaumes unis. Si pourtant je suis pr6t a agir ainsi, c'est pour 6viter un inal encore pire et dans la conviction qu'une union sans accord mutuel ne procurerait a la Su^de aucun avantage r6el. »

Ces paroles prononc6es par un roi qui vient de perdre un trdne, ne sont pas d6pourvues de grandeur. Le roi Oscar se resignait a accepter le fait accompli, d'abord parce qu'il sentait qu'une guerre avec la Norv^ge serait longue et difficile, en depit de la superiority de la Suede au point de vue militaire * ; ensuite et surtout parce qu'il se rendait compte que vouloir maintenir I'union par la violence serait contrevenir a son principe meme, Le b6n6fice de I'unit^ et de la s6curit6 contre les

^ L'armee et la flotte de la Su^de sont toutes deux tr6s sup6- Vieures k celles de la Norvdge; mais les hautes montagnes -dont cette derni^re est h^rissee font que la lutte aurait pu .Stre longue et son issue douteuse; ce qui est certain, en tous cas, c'est qu'une guerre aurait entrain^ la ruine ^conomique et de la Sudde et de la Norv^ge.

immixtions de I'^tranger deviendrait illusoire, pen* sait-il, s'il fallail retenir la Norvfege centre son gr6, et une guerre laisserait subsister une amertume qui rendrait impossible toute relation de bon voisinage entre les deux peuples. Le Gouvernement 6tait d'ailleurs encourage dans son attitude pacifique par une fraction importante du peuple suedois. Le parti socialiste, en effet, avec lequel il faut compter, en Su^de comme ailleurs, ne cachait pas ses sentiments norvegophiles, et les radicaux eux-m6mes se declaraient nettement en faveur d'une politique de paix et de justice envers la Norv6ge. « Pour la premiere fois dans I'hisloire de la social-d^mocratie su^doise, 6crivait dans son journal le ciloyen Branting, on vit alors se produire ce fait extraordinaire d'une alliance entre le pouvoir royal et notre parti. » Aussi, en d^pit du langage belliqueux de la presse nationaliste de Su6de, I'attitude du minist6re Ramstedt a eti, en somme» assez conciliante. Fort de Tappui des radicaux et des socialistes, le president du Conseil manda au Riksdag Tautorisation d'entrer en pourparlers avec le Storthing norvegien en vue de trancher les questions dont le reglement 6tait jug6 n6cessaire pour la separation. On pouvait done esp^rer que celle-ci se ferait a Tamiable et serait le prelude de bonnes relations futures entre les deux peuples.

Malheureusement la Su&de ne garda pas longtemps son attitude pacifique. Les conservateurs ne cessaient de se plaindre de la feiblesse du gouvernement et du roi, et de reclamer plus d'^nergie pour sauvegarder Thonneur et la dignity de la Suede. Le 27 juillet, la majorite du Riksdag^ rejeta la proposition conciliante du gouvemement, mais en mSme temps se d^clara prSte a entrer en negociations, au sujet de la dissolution de TUnion, avee la Norv6ge, si celle-ci, apr^s de nouvelles Elections legislatives ou bien apr^s un plebiscite, en faisait la demande. En mSme temps, ellevotaitun credit de cent millions de francs pour parer aux mesures qui pourraient etre rendues n^cessaires par les ivinements ayant occasionne la convocation du Parlement en session extraordinaire. — Le minist^re Ramstedt donna aussitdt sa demission. II avail pr^ch^ la paix et la conciliation^ et le Riksdag lui repondait par un vote impliquant, sinon une politique de guerre, au moins une politique d'action. « La forme de la resolution aurait pu 6tre plus nette, 6crivait le Vart Land^ le sens en est clair : il faut que les r^volutionnaires norv^giens aillent a Canossa, ou bien nous les y obligerons. Le danger de guerre n'a jamais ete plus

^ Les conservateurs et les d^mocrates s'^taient unis pour renverser le minist^re.

grand. » Et pourtant personne en Su^de ne d^sirait la guerre. Ce que les nationalistes reprochaient au cabinet Ramstedt, ce n'est pas d'avoir pr^conis^ la paix, c*est de ne pas avoir compris les conditions qu'il fallait imposer aux Norv^giens en vue pr6cis6ment d'assurer cette paix d'une mani^re definitive.

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