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DE LA CONFESSION BOURG

D AUGS-

Abrogé et remplacé par la loi du premier août 1879 (1)

Au lendemain du Concordat. — Le premier

Empire

On aura noté, en lisant les textes qui précèdent, que ni le Concordat ni les Articles organiques ne faisaient mention des congrégations Religieuses. C'était admettre implicitement, selon la remarque de M. Debidour (2), que le décret de l'Assemblée législative du 18 août 1792 continuerait à être en vigueur, et que toutes les congrégations demeuraient abolies.

(1) On pourra trouver aux Annexes du volume : « Une Campagne du Siècle : I,n séparation de l'Eglise et de l'Etat, » le texte de cette loi ainsi que le texte des décrets du 26 mars 1852, portant la réorganisation des cultes protestants, et du 19 mars 1859. concernant les ouvertures de nouveaux temples, et l'exercice public des cultes non reconnus par l'Etat et l'Avis du Conseil d'Etat sur la légalité du Synode général des Eglises réiormées »15 nov. 1873;. On y trouvera également le texte de la loi du 8 février 1821 qui mettait à la charge de l'Etat le traitement des ministres du culte israélite ainsi que l'ordonnance du roi (du 25 mai 1844), portant règlement pour l'organisation du culte israélite.

(2) Ouv. cité, p. 77.

fHECIS HISTORIQUE il

Quoique la publication des Articles organiques, comme annexe et corollaire du Concordat, eût profondément vexé le pape et le. parti ullramonlaiu, cependant son légal, loul heureux devoir le catholicisme rétabli en France comme culte officiel, vint chanter à l'église Notre-Dame, le 1S avril 18(12, pour célébrer à la fois le Concordat et la paix d'Amiens, un Te Deutn solennel auquel assistèrent par ordre, en grand costume, les consuls, les ministres, les membres des grands corps de l'Etat (I).

Ainsi, continue M. Dcbidour, — la paix paraissait conclue entre le Saint Siège et la République. Grâce à Bonaparte, le pape avait recouvré une partie de ses Etats; mais les Articles organiques l'irritaient profondément (2). Le premier consul croyait avoir garrotté l'Eglise de France; il n'avait Eail que donner à L'épiscopat sur le bas clergé une autorité que l'ancien régime ne lui avait jamais accordée. En croyant lier l'Eglise, il s'était donc

ili Beaucoup de généraux supportèrent avec impatience l'obligation de paraître à cette cérémonie. Comme Bonaparte demandait à l'un d'eux, De! mus, si elle n'était pas de sou goût : * Oui, lui répondit-il, c'est une belle capucinade. Il n'y manque qu'un million (Tlioimnes qui ont été tués pour détruire ce que vous rétablisse/ i, l.e général fut aussitôt frappé de disgrâce.

(2) La publication des Articles organiques affligea et irrita vivement le pape, qui craignait que la nation française ne le soupçonnât d'y avoir souscrit. Aussi dëclara-t-il en plein consistoire, le 'J4 mai 1802, que ce reniement de police avait été fait ù son insu el que son dc\ uir ét;iil d'en demander la révi- : ■ Bonaparte feignit de dédaigner cette protestation, el l'ïe VU n'osa pas, pour te moment, la renouveler.

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enchaîné lui-même, et avait préparé l'évolution du clergé qui, de gallican qu'il était jusqu'alors, n'allait pas tarder à devenir ultramontain.

Ce fut, en effet, l'ultramontanisme, qui n'est autre chose que la thèse des jésuites mise en œuvre, qui devait bénéficier le plus, pendant toute la durée du xixe siècle, de ce contrat du Concordat, accord bâtard entre deux pouvoirs rivaux dont chacun, prétendant, de son côté, à l'absolutisme, essaya de duper et d'engeigner l'autre, sorte de cadenas à double clef mis sur la geôle où les libertés des chrétiens et les libertés du peuple français furent emmurées pendant plus d'un siècle.

Non seulement le gallicanisme et le schisme du clergé constitutionnel y périrent étranglés (1), —

(1) L'un des motifs développés par M. de Mun, le député et académicien ultramontain, de son attachement au Concordat, c'est que, loin d'avoir été une garantie, — comme plusieurs l'ont pensé, sur la foi des Articles organiques, — pour les libertés de l'Eglise gallicane, la conclusion du Concordat ellemême fut justement, dans l'ordre des faits, la plus éclatante négation de ces libertés.

« Que Pie Vil, — écrit-il (contre la Séparation, p. 98) par un acte de sa seule autorité, ait pu reconnaître le pouvoir issu de la Révolution, transformer la constitution de l'Eglise de France, renoncer pour elle, moyennant le salaire de ses prêtres,aux biens dont elle était dépouillée, obtenir la démission de 46 évêques, en déposer 36 autres, c'est un fait si énorme, qui établit si manifestement l'autorité disciplinaire du pape, qu'après cela on ne voit guère comment elle pourrait s'exercer d'une manière plus absolue. »

D'où il suit que c'est « en vain que Portalis, dans l'exposé des motifs de la Convention avec le Saint-Siège, essaya, an nom de ce qu'il appelait « les vrais principes catholiques » de

PHÉC1S BIBTOHIQUE 73

quelques sièges d'êvèques où le pape consentit à introniser des membres de l'ancien clergé constitutionnel lurent le salaire de cet étranglement, p— non seulement le schisme de la « Petite Eglise » on se laissèrent pousser, a la suite d'êvèques ou de prêtres réfïactaires , quelques catholiques anticoncordataires de certaines régions, fut aussi condamné à l'avortement, niais toutes les possibilités de schisme, c'est-à-dire en somme de fermentation ecclésiastique et de vie religieuse, furent tuées dans l'œuf, pour tout un siècle. Et la France fut vouée pendant ce temps aux entreprises d'assujettissemeul, aux œuvres de morl et d'infécondité.

Dira-t-on, comme on l'entend ânonner souvent, qu'au moins, et par compensation, le Concordat lui donna les avantages île la paix intérieure, de la paix religieuse pendant toute sa durée? Qu'on en juge par l'exposé historique suivant que, pour faire bref, nous regrettons de présenter si sec et si incomplet.

Entre le pape et Napoléon Bonaparte, la lutte, on

jeter sur le concordai le manteau gallican. D'où il suit encore que Bonaparte n'y vit pas clair et fut— croyant engeigner luimême — engeigné et dupé, alors même, alors surtout qu'il prétendait imposer au pape la déclaration de 16S2, et lorsqu'il disait, dans un jour de colère, aux membres du clergé du département de la Dyle : o .le veux la religion de saint Bernard, de Bossuel et de l'Eglise gallicane... Je ne veux pas de la religion des Grégoire Vil et des Bonîface... qui ont excommunié les empereurs. Quoi qu'on en dise, je crois qu'ils brûlent aux

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peut le dire, dura autant que la période impériale, et elle ne cessa, sous les régimes subséquents, qu'autant que ces régimes — comme celui de la Restauration et du second Empire — se mirent platement aux pieds du pape et se firent les hommes i liges des prétentions ultramontaines.

La question des congrégations fut la première à déchaîner la lutte entre Bonaparte et la papauté. Le Concordat n'en avait rien dit, et la thèse du gouvernement consulaire, puis impérial, était que ce silence équivalait au maintien de leur suppression, puisque, en droit comme en fait, toutes les congrégations religieuses avaient été interdites et supprimées en France par la législation de la Révolution : la thèse de la curie romaine étant au contraire que leur droit à l'existence était impliqué par l'article premier du Concordat déclarant que « la religion catholique, apostolique et romaine sera librement exercée en France... » (1)

(1) C'est la thèse soutenue dans la brochure jpubliée par le Vatican — fin 1905 — sur la séparation de VEglise et de l'Etat en France. « Sans doute, y lit-on, le Concordat ne parle pas explicitement des instituts religieux; mais son article premier assure le libre exercice de la religion catholique : la pratique des conseils évangéliques (?), bien qu'elle ne soit imposée à personne, fait évidemment partie de la religion catholique; il faut donc reconnaître qu'elle est implicitement comprise dans cette garantie. » Cette argumentation ne tient pas compte de la fin de l'article premier : « en se conformant aux règlements de police que le gouvernement jugera nécessaires pour la tranquillité pnblique » par où est impliqué aussi le droit et même le devoir permanent de la police de dissoudre des congrégations contraires à la fois à la liberté individuelle et à la loi du pays.

PRÉCIS HIBTOHIQUE 15

Suivant sa propre thèse, te premier consul abolit les congrégations dans les territoires les plus récemment annexés à la France; il recommanda anx pouvoirs locaux de veiller à ce qu'elles ne e reconstituer ; il décréta la dissolution rates les associations formées sans autorisa- « sous prétexte de religion », particulièrement des Pères de la foi, qui n'était que la Société des jésuites ressuscitée sous un nouveau masque. (Décret du 3 messidor an XII (22 juin 1804). « Je ne veux pas de Pères de la Foi, écrivait-il à Fouchê. ministre de la police, encore moins qu'ils se mêlent de l'instruction publique pour empoisonner la jeunesse par leurs ridicules principes ullrainontains ». (1)

Cette proscription des jésuites et des autres congrégations, — sauf l'Instîlul des Frères des Ecoles chrétiennes et quelques congrégations hospitalières de femmes qui lurent, par tolérance, autorisés — n'empêcha pas le pape Pie Vil de venir à Paris sacrer le nouvel empereur, avec l'espoir d'obtenir, par sa complaisance momentanée, l'abolition des Articles organiques, la reconnaissance officielle du culte catholique comme culte dominant en France, et enfin le retour des légations qui avaient été prises au domaine des Etats de l'Eglise.

N'ayant rien obtenu dece qu'il désirait, il revint à Borné, l'âme ulcérée, plein de honte et de remords- El, pour comble d'opprobre, un ultraniontain royaliste intransigeant, Joseph de Mais Ire,

(ij Debidour. Abrégé cité, p. 79.

furieux de son attitude abaissée et servile en face i de l'empereur, se chargea, sans souci de son cfr ractère pontifical, de lui administrer les étrivièrese ' « Les forfaits d'un Alexandre Borgia, écrivait-il,-' sont moins révoltants que cette hideuse apostasie ; de son faible successeur... Je voudrais de tout moir cœur que le malheureux pontife s'en allât à Saint- Domingue pour sacrer Dessalines . Quand une foi» un homme de son rang et de son caractère oublie à ce point l'un et l'autre, ce qu!on doit souhaiter ensuite, c'est qu'il achève de se dégrader jusqu'à n'être plus qu'un polichinelle sans conséquence.» (1)

Pendant quelques années, et, pour préciser, tant qu'il fut dans sa période de succès et de gloire, l'empereur traita, en effet, le pape, les évêques et le clergé catholique comme de simples manne» quins à son service. « Il n'y a rien, disait-il, que je ne puisse faire avec mes gendarmes et mes prêtres. » Et, en effet, certains évêques servaient d'auxiliaires à la police. Tous, par leurs mandements rigoureusement soumis à la censure préalable du ministre des cultes, s'attachaient à forti-

(1) O monsieur de Mun, quel langage ! vous que choquent si fort quelques expressions un peu vives appliquées à Pie X par M. Combes ou par M. Briand !... Joseph de Maistre traitant un <( saint père » de « polichinelle » !... Il est vrai que l'infaillibilité des papes n'avait pas encore été solennellement proclamée par un concile. Mais ni M. Briand ni M. "Combes ne croient à ce dogme-là, et Joseph de Maistre faisait profession d'y croire avant la lettre. Quelle inconséquence peut être celle des ultramontains quand ils sont, comme il arrive, ultra-montés !

fier l'amour du prince dans le cœur des sujets. Ceux qui tentaient de résister étaient du reste mis hors d'état de mal faire ; on les embastillait, sans jugement, dans quelque prison d'Etat. Enfin Napoléon faisait rédiger un catéchisme impérial, approuvé par le Saint-Siège, et dont il rendit l'usage obligatoire par un décret du 4 avril 1806. La soumission la plus abjecte à ses volontés devenait le premier devoir des Fiançais. (1)

Cependant le mannequin pontifical se rebiffa et se prit à regimber, surtout lorsque, au cours de sa lutte contre l'Autriche et la Russie coalisées, Napoléon s'empara sans Taçon de la plate d'Ancône, qu'il jugeait nécessaire à ses projets militaires et qui appartenait aux Etals de l'Eglise. A la protestation du pape, Napoléon répondit en menaçant d'enlever à la papauté tout le reste de ses Etals. « Peut-être, écrivait-il, le temps n'est-il pas éloigné où je ne reconnaîtrai le pape que comme évéque de Rome, comme égal et au même rang que les évèques de mes Etats. » A une offre dernière qu'il lui lit de traiter, à des conditions d'ailleurs assez dures, Pie VII répondit qu'il « ne pouvait en aucune manière adhérer à un traité attentatoire à la liberté et à l'indépendance de sa souveraineté. » Puis, bravant l'Empereur, il nomma, en dehors du pouvoir civil, plusieurs évèques, et profila de cette nomination pour énumérer les

(1) Voir les «talions de ce catéchisme dans Debiilour, ouvr. Cité, p. 81.

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griefs qu'il avait contre Napoléon. Il ajoutais^ « Sed dispicimus (mais nous méprisons)».

La bataille s'engagea et Napoléon, qui avait X J main lourde, s'empara de Rome, mit garnison m. ** château Saint-Ange où le drapeau français fu1 arboré au mois de mai 1809. Pie VII lui répond il par l'excommunication ; mais, — ce qui pnnnf^ que le xixe siècle n'était plus le moyen-âge, — l ^ pape n'osa pas désigner l'empereur sous son norati et lança l'excommunication contre le « nouv^ 1 Achab », le 10 juin 1809. La réponse de Napoléon ne se fit pas attendre. Le pape fut fait prisonnier, emmené à Savone, puis à Fontainebleau e* il resta cinq ans en captivité. (1)

En 1811, Napoléon convoqua un concile de 95 évêques, espérant leur en imposer et les avoir .; dans la main. Au contraire, les évêques commencèrent par prêter serment suivant la formule du concile de Trente, et ce serment était un vœu d'obéissance au pape. L'empereur vit bientôt qu'il n'obtiendrait pas gain de cause ; et il dut dissoudre, selon son expression, cette « Convention de dévots ». Un certain nombre d'évêques, voire de cardinaux, furent jetés en prison, pour la plupart envoyés au fort de Vincennes ; et, à la Restauration, on trouva 500 prêtres dans les prisons d'Etat, enfermés depuis cette époque. (1)

(1) La Séparation, etc. Conférence faite à St-Jean-d'Angély le 7 mai 1905, sous la présidence de M. Ad. Carnot, de l'Institut, par M. Yves Guyot, ancien ministre. P. 5.

(1) Abrégé de Debidour, p. 100.

PRECIS UlSTOfllOL'E

Voilà comment Napoléon entendait l'applicau Concordat. Et voilà comment ce régime devait donner à la France, selon l'expression consacrée, la paix religieuse !

Sous la lïeslauralin

La Restauration fut saluée de tous les vœux du clergé, et dès que les Bourbons furent rentrés en France, sous la protection des baïonnettes étrangères, le « parti prêtre », comme on disait alors, afficha immédiatement son espoir de soumettre la France entière à sa domination. Interrompu pis les Cent Jours, le travail de la « Congrégalion » jésuitique reprit de plus belle après Waterloo et le second retour des Bourbons. Ce fut l'époque de la Terreur blanche. « On vit la France occupée et mise à sac par un million d'étrangers ; ses généraux proscrits, jugés, fusillés ; les patriotes massacrés ; l'assassinat et le pillage déchaînés an nom du roi ; la délation partout ; cent mille sospects incarcérés. Dans le Midi surtout, les altras purent impunément, pendant plusieurs mois, mettre à mort les protestants, outrager ou maltraiter leurs femmes, piller leurs propriétés. Presque partout les évoques, loin de prêcher la paix, attisaient la discorde par des mandements furieux, où ils dénonçaient à la vindicte publique non seulement les amis de la Révolution, mais

les simples acquéreurs de biens nationaux. » (1) Toujours la paix Concordataire !

Pourtant, malgré les lois de réaction votées par la Chambre introuvable, malgré les Congrégations partout reconstituées, et la main-mise sur l'Etat de la Congrégation suprême, celle des jésuites, malgré l'abolition du divorce, comme contraire à la doctrine catholique, (18 mai 1816) ; malgré la fondation de dix-huit nouveaux évêchés et d'un nombre immense de séminaires, de couvents et d'établissements d'éducation jésuitique; malgré la multiplication des Missions sur tous les points du territoire, qui aboutissaient à planter partout des croix de mission, et — suivant le mot d'un député d'alors, M. de Keratry — : « à propager l'idolâtrie du cordicolisme (le culte du Sacré-Cœur) et à charger d'honnêtes gens de scapulaires, de rosaires et d'amulettes reçus en première main des jésuites »; malgré les coups portés à l'Université et la guerre déclarée à la philosophie et à l'hérésie ; malgré le rétablissement de la censure et les lois sur la presse permettant au gouvernement de suspendre ou de supprimer les journaux qui manqueraient « au respect dû à la religion de l'Etat » ; malgré la « loi du sacrilège » qui punissait non seulement de mort, mais de la peine des parricides celui qui aurait profané des vases sacrés ou des hosties ( ! !), le « parti prêtre » se plaignait toujours. Il lui manquait encore le droit de supprimer les cultes dissidents, de persécuter les hérétiques ; or,

(1) Conférence d'Yves Guyot, p. 6.

:cis HISTORIQUE

le cierge romain, suivant une juste remarque, « du moment qu'il ne domine ni n'opprime les autres cultes, considère qu'il ne jouit pas de la liberté. » (1)

Le pape Pie VIII, monté sur la prétendue chaire de Saint-Pierre en février 1829, avait débuté par une encyclique sévère contre l'esprit moderne où il se prononçait hautement contre la tolérance, la liberté des cultes, le mariage civil et l'enseigneiiini laïque. Le ministère Polignac se préparait à mettre au service de ces anathèmes le pouvoir royal el l'épée de la France : et, pour commencer, 'I Elisait signer par le roi Charles X ces fameuses ordonnances qui prononçaient la dissolution de la Chambre des députés, supprimaient la liberté delà presse et modifiaient arbitrairement la loi '-'Ifi'lorale. Mais c'en était trop, et, d'un rude coup d'épaule, le peuple de Paris, dans les « trois glorieuses » journées de Juillet 1830, fit sauter le 'ronc el le gouvernement des Bourbons.

Bons !«■ <j ou reniement de Lonis-lMiilippe

Sorte de régime intermédiaire, bâtard, entre la royauté et le gouvernement populaire, la monarchie de Louis Philippe, pendant les 18 ans de son règne, eut toujours, vis-à-vis du clergé et sur la question ecclésiastique, une position assez peu défi) Yves Guyot. Conférence citée, p. 7.

cidée et nette. Au début, le gouvernement parut vouloir s'appuyer sur la bourgeoisie voltairienne, qui avait applaudi aux chansons de Béranger contre les « hommes noirs ». Il déclara publiquement qu'il « ne faisait pas le signe de la croix » ; il désaffecta le Panthéon et le rendit au culte laïque des « grands hommes » ; il fit enlever les emblèmes religieux des tribunaux. Certains prélats furent conspués ; après le sac de l'archevêché par la foule ^février 1831), quelques couvents et séminaires furent fermés momentanément; quelques croix de mission abattues ; mais à cela se bornèrent les représailles de la Révolution de Juillet contre le « parti prêtre ». Celui-ci était déjà, sous la main des jésuites et des ultramontains, trop fortement organisé pour s'inquiéter beaucoup des tentatives d'indépendance d'un pouvoir qui, au fond, voulant avant tout la paix des esprits, était décidé à ménager les plus intransigeants des hommes d'Eglise. C'est ainsi que les Chambres maintinrent les évêchés non concordataires créés par la Restauration ; et, si la Chambre des députés se prononça en faveur du rétablissement du divorce, la Chambre des pairs ne ratifia pas ce vote.

Le gallicanisme perdait chaque jour du terrain au sein du clergé ; et, lorsque Dupin publia son Manuel de droit ecclésiastique, expression de la conception d'une Eglise gallicane, la réponse lui vint sous la forme d'une adhésion de 60 évêques à

la thèse altramonlaine de l'archevêque de Lyon, M.deBonald. (1)

Parmi les champions les plus en vue de la cause catholique, figurait alors un jeune ecclésiastique délaient, l'abbé Lamennais, l'auteur d'un éloquent pamphlet contre, l'indifférence en matière de religion. Dans l'Avenir, journal qu'il avait fondé, et où il avait pour collaborateurs Lac ord aire etMontalemberl, il soutenait aventureusemenl la cause de la réconciliation de la démocratie et de l'Eglise, et ne demandait pour celle-ci que la liberté, concluant même, au nom de l'esprit chrétien, à la séparation & l'Eglise et de l'Etat.

Le pape Grégoire XVI, successeur de Pie VIII, après quelques hésitations, se prononça contre le champion de la liberté religieuse. Par une encyclique du lô avril 1832, il réprouvait solennellement, comme perverses et funestes à la religion, les doctrines de Lamennais. Il niait qu'aucune • nouveauté » lui désirable dans l'Eglise qui, d'après lui, « étant divine, était parfaite». 11 flétrissait « l'indifférentisme », c'est-à-dire « l'opinion d'après laquelle on pourrait acquérir le salut Éternel par quelque profession de foi que ce fût, pourvu que les mœurs fussent droites et honnêtes.» El il ajoutait : « De celte source infecte de l'indifférentisme découle celte maxime absurde et erronée, ou plutôt ce délire : qu'il faut assurer ou garantir àqui que ce soit la liberté de conscience ». Enfin, il proscrivait, en propres termes, avec la liberté de (Il Yves lluyot, Confir. cilce, p. 7.

conscience, toutes les conquêtes de la Révolution la liberté politique, la liberté de la presse — ca l'Eglise a le droit d'ordonner la censure des livre et d'empêcher la diffusion des mauvaises doctri nés, — la liberté d'association, — car « elle n'a boutit qu'à exciter des troubles contre le bien d l'Eglise et à détruire l'autorité la plus respectable.

A ce manifeste, qui le condamnait sans le nom mer, Lamennais, après s'être soumis tout d'abord ne tarda pas à répondre avec éclat en publiant le Paroles dun croyant, réquisitoire ardent contr< les rois, apologie du droit populaire, appel à toute: les nationalilés opprimées. Le pape riposta aussi tôt par une encyclique plus violente que la pre mière. « L'auteur, disait le pontife, veut faire éta blir par la violence la liberté des opinions, d< discours et de conscience;... dans les transport! de sa fureur, il provoque les peuples à se réunir e à s'associer de toutes les parties du monde... » L< livre, mis à l'index, était représenté comme uni œuvre satanique et le grand écrivain comme ui fauteur d'anarchie (25 juin 1834). Cette fois, c'étai la rupture définitive. Lamennais, blessé au cœur abandonné par ses anciens amis, mit dès lors sam réserve son grand génie au service du peuple et di l'humanité. (1)

La loi sur l'instruction primaire, qui établissai dans tout le royaume des écoles primaires dont les maîtres devaient être instruits dans des école! normales d'instituteurs aurait été la meilleure digm

(1) Debidour, ouvr. cité, p. 119.

contre le retour et l'envahissement île l'esprit clérical en France. Malheureusement le ministre Guizot, qui attacha son nom à celle loi, quoique personnellement protestant, considérait le catholicisme comme « une grandu école de respect », et non seulement donnait aux prêtres l'accès de toutes les écoles publiques, mais il permettait aux écoles privées, c'est-à-dire le plus souvent congréganistes, la libre concurrence avec les écoles communales.

Lenionopole de l'Université sur l'enseignement secondaire et supérieur était dès lors vigoureusement battu en brèche par tout le parti catholique. Les défenseurs des droits de l'Etat, devant les provocations renouvelées de leurs adversaires, résolurent de passer de la défensive à l'offensive ; ils s attaquèrent donc aux congrégations qui s'étaient illégalement reconstituées en France et notamment a 'a plus dangereuse el impopulaire de toutes, celle des jésuites. Cousin, à la Chambre des pairs, Tliiers, à la Chambre des députés, rappelèrent au Cmveraement que les lois contre ces associations ''licites étaient toujours en vigueur.

* L'Etat, déclara Thiers dans une interpellation (wtoces des 2 et 3 mai 1X4."»), ne peul pas souffrir 1"'il y ait an Etat dans l'Etat, qu'il y ait des conlégations dont il n'eût pas la surveillance, sur '•quelles il n'exercerait pas la faculté d'autorisa- ''Onou de dissolution... Ces principes n'ont pas ^'ilemenl été reconnus et proclamés par les arrêts "u Parlement et les édits royaux ; la Cour royale

de Paris, en 1826,* a reconnu et déclaré qu' étaient en pleine vigueur. Et quand, un peu pi tard, le comte de Montlosier a porté cette questi< devant la Chambre des pairs, cette Chambi après un discours énergique de M. le bar Pasquier, a renvoyé la pétition de M. de Mont! sier aux ministres pour faire exécuter les lois VEtat... Avant tout, nous voulons que les lois < pays s'exécutent et que l'esprit sage et modéré la Révolution française triomphe de ses ennemis

Pour conclure, dans la séance du 3 mai, M. Thie proposait et la Chambre adoptait, à la presq unanimité, un ordre du jour motivé ainsi conçi

« La Chambre, se reposant sur le gouverneme du soin de faire exécuter les lois de l'Etat, passe Tordre du jour. »

Le vote était précédé de cette explication pi cise, préalablement donnée par M. Thiers, de façon la plus catégorique, et adoptée par le ba des ministres et par la majorité : « 77 est bi entendu que nous reconnaissons que les lois se applicables, et que leur application est deven nécessaire, et que, quel que soit le résultat d négociations (alors entamées avec la Cour Rome), elles seront exécutées. » (Moniteur < 4 mai 1845 (1).

Le gouvernement, pressé par la Chambre et p l'opinion, s'échappa par la tangente. De ses né{ dations avec le pape sortit une satisfaction tou

(1) Citation empruntée à Ch. Sauvestre : Les Jésuites, Dei

fail illusoire, le pape répondant qu'il ne pouvait adresser d'ordres à la Compagnie, mais qu'il lui faisait conseiller par quelques cardinaux de se préler aux désirs de Louis-Philippe el de ses ministres. Si bien que, le (i juillet, le Moniteur publiait triomphalement la note suivante :

i Le gouvernement du roi a reçu des nouvelles de Rome. La négociation dont il avait chargé M. de Rossi a atteint son but. La congrégation des jésuites cesse d'exister en France et va se disperser d'elle-même ; ses maisons seront fermées et ses noviciats dissous. »

Or, pour la forme, trois maisons professes et Jeux noviciats furent dissous; mais les religieux qui les remplissaient furent répartis entre les maisoosel les noviciats conservés. Là se borna celle « nËeutïon des lois » qui fut terminée vers ta fin de 1B45. En réalité, le gouvernement avait sauvé '«jésuites.

La République de 1848

Sous la seconde République, proclaméeà la suite de cette révolution du 24 février qu'on a appelée " 'a révolution du mépris », les rapports entre ' Etat et le clergé catholique furent d'abord des Pllis cordiaux. La plupart des catholiques, à cOïnmencer par les plus ultramontains, ayant été PliiU'il du parti de l'opposition, sous «l'usurpateur» Louis- Philippe, celte entente entre eux et

les républicains, leurs émules dans l'opposition, parut d'abord assez naturelle. Dans toutes les communes les prêtres furent conviés et se prêtèrent à bénir les « arbres de liberté ». Le Christ, qu'ils professaient d'adorer comme leur Dieu, n'était-il pas tenu par les démocrates les plus avancés pour « le premier des républicains » ou même des « socialistes » ? De fervents républicains, comme Bûchez et Arnaud (de l'Ariège) rêvaient d'une réconciliation impossible entre l'Eglise de Rome et la liberté, et, illusion naïve ! comptaient sur Pie IX pour y présider. Hippolyte Carnot, ministre de l'Instruction publique et des Cultes, conviait tous les prêtres, « enfants de la grande famille française, à défendre l'intérêt de la patrie, intimement lié à celui de la religion. » (1).

L'Assemblée constituante, nommée sur ces entrefaites, compta sur ses bancs une majorité de républicains sincères, chez qui beaucoup de naïveté et d'inexpérience s'unissait à la foi catholique. Dans l'Assemblée législative qui vint ensuite (mai 1849), nommée sous la poussée de la réaction qu'avaient provoquée à la fois l'impôt des 45 centimes et la propagande socialiste qui avait apeuré le pays, la majorité se trouva cléricale et réactionnaire, et la minorité composée de républicains plus ou moins exaltés, dont beaucoup se posaient en « Montagnards » ou en « socialistes «. Des libéraux, autrefois voltairiens comme Thiers, jetés dans les bras de l'Eglise par la crainte des «partageux», faisaient

(1) Debidour, p. 130.

cause commune avec les « catholiques avant tout » que dirigeait Monta le raber t.

Une énorme majorité avait déjà donné, le lOdécembre ISiS, la présidente de la République à Louis-Napoléon iîonaparte.et un minist ère réactionnaire avait élé formé par lui, sous la présidence il'Odîlon Bai-rot, qui avait été sous Louis-Philippe le principal orateur de la gauche dynastique; mais I unie du gouvernement, ce fut le comte de Falloux, calholique plus encore que royaliste, qui attacha son nom à la loi la plus cléricale sur l'instruction publique qu'ail connue le xix1' siècle.

L'expédition de Rome, décidée par le gouvernement du nouveau président, qui dès lors cherchait, comme son oncle, à mettre l'Eglise dans son jeu POut favoriser ses projets d'usurpation, fut, au point de vue français comme an point de vue républicain, l'un des plus monstrueux attentats qui l'ùt souiller notre seconde République,

Pie IX, qui s'élait vu obligé, au mois de mars 1N4K, à donner une Constitution au peuple romain mais qui, après avoir prodigué à ses sujets les promesses les plus libérales, les avait toutes trahies l'une après l'autre, s'était vu contraint de s'enfuir fie Rome (le 28 octobre) et la « République romaine » avait été proclamée après sa fuite. Or, sous prétexte que « la France , gouvernement catholique, devait défendre la liberté du Saint- S'i'ge, laquelle est indispensable à la liberté des catholiques » [Montalembert], les évèques et tous les cléricaux de France n'eurent de cesse qu'ils

n'eussent tourné contre la Révolution romaine les. armes de la France, en dépit de l'article 5 de la. Constitution de 1848, déclarant que « la République française n'emploie jamais ses forces contre la liberté d'un peuple. »

En vain tous les vrais républicains démontraient, avec Edgar Quinet, qu'il était « impossible à la République française de comprimer par la menace la Révolution romaine, car c'était attenter, dans son principe, à la nationalité italienne et frapper du même coup la Révolution du 24 février » ; en vain, passant à l'action, Ledru- Rollin et d'autres républicains imprudents, considérant que l'article 6 de la Constitution était violé, faisaient l'insurrection de juin ; ils ne réussissaient qu'à fournir des armes nouvelles à la réaction, qui s'obstinait d'autant plus dans son dessein d'intervention militaire. Le 3 juillet 1849,1e général Oudinot, commandant des troupes d'occupation, entrait dans Rome, que les troupes républicaines, commandées par Garibaldi, venaient d'évacuer.

Le pouvoir temporel du pape fut alors rétabli; et devenu, sous l'influence du cardinal Antonelli, le plus fougueux des absolutistes, Pie IX dirigea une réaction dont la violence inquiéta Louis-Napoléon lui-même. Le 17 août, celui-ci écrivit une lettre, dite « Lettre à Edgar Ney » dans laquelle il disail que « le concours des armées françaises devail être considéré comme celui des armées révolutionnaires faisant le tour de l'Europe, qui partoul

avaîentlaissé sur leur passage la haine de la féodalité et des germes de liberté». C'était un peu lard pour protester. En fait, l'avertissement présidentiel ne servit à rien qua amener sur les lèvres d( Pie IX la promesse d'insignifiantes réformes; «l'obscurantisme, l'inquisition, le. mépris de l'esprit moderne continuèrent à régner à Rome, et l'armée de la République française couvrait de son drapeau cette résurrection des vieilles servitudes !» (Debidour).

Cimentée par le sang des républicains romains, l'alliance de Louis-Napoléon avec le parti clérical DJnait, malgré quelques dissentiments passagers, préparer et rendre possible le coup d'Etal du 2 décembre 1851.

Le coup fait, les prêtres chantèrent leurs Te Oeum les plus enthousiastes en l'honneur du criminel qui l'avait accompli ; ce qui devait amener Victor Hugo à dire, dans les Châtiments, s'adressant ii l'archevêque Sibour, « vieux prêtre infinie » :

messe, éclio des feux (Se il nue chose impie :

Derrière toi, les bras fixés sons le n ! ta Mort accroupie.. .

Archevêque, on a pris pour liàlir le Les dalles de la Morgue...

Le second Empli

Les débuts du régime sorti du crime du 2 décembre furent d'abord acclamés parle parti clérical.

Louis Veuillot, papiste jusqu'au cynisme, disait du gouvernement sorti du coup d'Etat : « C'est undon de la Providence ». Et encore : « Depuis te 2 décembre, il y a en France un gouvernement et une armée, une tête et un bras. A l'abri de cette double force toute poitrine honnête respire, tout désir espère. . L'iniquité tremble devant la justice. »

Louis -Napoléon, reconnaissant, prodigua les dons et les faveurs aux églises, augmenta le budget des cultes, rendit le Panthéon aux prêtres, « épura » l'Université en enlevant leur chaire aux professeurs mal cotés auprès des jésuites : les Michelet, les Quinet, les Challemel-Lacour, les Emile Deschanel ; il permit aux communautés et congrégations de femmes d'obtenir, par simple décret, la reconnaissance légale qui ne pouvait jusqu'alors leur être accordée que par une loi ; et, pendant la période dictatoriale de son règne, de 1852 à 1860, il n'autorisa pas moins de 982 établissements congréganistes !

En vertu de la nouvelle Constitution, les cardinaux français siégeaient de droit au Sénat; et c'est dans une séance de cette assemblée que l'un de ces cardinaux, M. de Bonnechose, l'archevêque de Rouen, devait dire un jour de son clergé : « Mon clergé marche comme un régiment ». Il est vrai que le Sénat impérial marchait comme l'archevêque et n'était pas moins enrégimenté ni domestiqué !

Ce bon accord entre l'empire et le clergé, entre

l'empereur et la papauté, fut plus d'une fois troublé par des querelles de ménage; comme lorsque Louis-Napoléon, copiste de Napoléon Ier, ayant demandé à Pie IX de faire ce qu'avait fait Pie VII, de venir le sacrer à Paris, le pape lui répondit en '^igeiinl, comme récompense, l'abrogation des Articles organiques et la suppression du mariage civil ; ce qui fit tomber les négociations.

L'entente cordiale entre l'empereur et Victor- Emmanuel, celle entente qui, allant jusqu'à la guerre avec l'Autriche (1839), devait préparer l'hi- Ji'I'i'iKlance et l'unilé de l'Italie moderne, fut même, pour le parti ultramoutain, un véritable coup île foudre, malgré le soin que l'empereur avait pris de déclarer que « le pouvoir du Saint- Père ne serait pas ébranlé ». Les dithyrambes des cléricaux, ce jour-là, se changèrent en blâmes et presque en malédictions. L'évéque d'Orléans, Dupaiilonp, protesta violemment « contre les attentats dontN. S. P. le pape et le S. S. apostolique étaient menacés et frappés. » Montalembert, dans un ar- 'icle véhément, assimilait Napoléon III à Ponce Hlate.

La querelle, montant en degré, s'alluma entre le pape et l'empereur eux-mêmes, surtout lorsque, comme conséquence des événements déchaînés f" Italie, le pape eut perdu, avec l'Ombrie et les Marches, une partie de ses Etats. Accusant Napoléon III d'être l'auteur de tous ses malheurs, Pie IX aliaqua violemment « celui qui avait feint d'être son protecteur », « Maintenant, ajoutait-il, il nous

est difficile de savoir si nous sommes protégés par des amis ou mis en prison par des ennemis. Petrus est in vinculis. » L'empereur, piqué au vif par ces reproches, faisait publier par le comte de La Guéronnière une brochure, La France, Rome et l'Italie, charge à fond de train contre la papauté et contre le parti clérical « qui transformait de sublimes textes de l'Evangile en sophismes de son ambition et taisait de la charité un piège tendu aux âmes généreuses ».

Mais Napoléon III était bien trop irrésolu pour aller jusqu'au bout de cette politique. Ballotté entre l'influence de sa femme, l'impératrice Eugénie, créature et instrument des jésuites auprès de sa personne, et les conseils de son cousin, le prince Napoléon, qui déclarait, en plein Sénat, que « nous méconnaissions chez les Romains le principe qui nous régissait en France, c'est-à-dire la souveraineté nationale et le suffrage universel», l'empereur, oubliant que «donner et Retenir ne vaut», essayait de retenir d'une main les Italiens qu'il déchaînait de l'autre, et ne réussissait qu'à perdre la reconnaissance de Victor-Emmanuel et à éloigner de lui les Italiens sans ramener le pape et les cléricaux.

En somme, comme l'a clairement démontré M. Yves Guyot, malgré ce conflit avec Napoléon III sur la question de l'indépendance italienne, dans l'affaire de la guerre de Crimée comme de l'expédition du Mexique, et à Mentana comme à Sedan, notre pays a subi les conséquences de la politique

précis msTomouE 95

détestable qui, par le Concordat, a lié la France à la papauté ; et c'est vraiment « la papauté qui a gouverné toute notre politique intérieure de 1849 jusqu'à 1904 (1). »

Mcnluiia et Sedan

De la brochure de M. Yves Guyotque nous avons citée nous tirerons le passage suivant relatif àcette phase critique de notre histoire nationale qui précéda la guerre franco-allemande :

« Napoléon III avait signé (avec le nouveau royaume d'Italie; la convention du 15 septembre 18R4, par laquelle il s'engageait à évacuer Rome avant deux ans. En réalité celte convention fui violée par l'organisation de la Légion d'Anlibes lui permettait au pape de recruter des soldats dans les troupes françaises. Le général Dumont l'inspectait et le général d'Aurelle de Paladines la commandait. Des bandes de Garibaldiens répondirent en traversant la frontière de l'Etat ponti lirais. Sous la pression de l'impératrice, Napoléon fit uneseconde expédition de Rome, avec deux divisons françaises sous les ordres du général de Failly En collaboration avec les troupes pontifiait', elles engagèrent contre les Garibaldiens la faille de Menlana, à l'occasion de laquelle le Béûcral de Failly télégraphiait : « Les chassepots

H) Conférence de Saint- Jean -d'Angély déjà citée.

ont fait merveille » (3 novembre 1867). C'est à la suite de cette bataille que le ministre Rouher disait au Corps législatif que « la France ne permettrait jamais à l'Italie d'aller à Rome, jamais, jamais ! » (1)

« Quelques mois plus tard, le prince héritier de Prusse faisait un voyage à Florence et, par répercussion, il était reçu par de chaleureuses acclamations. Pourtant les hommes d'Etat italiens, Victor- Emmanuel, Menabrea,Minghetti,Visconti-Venosta considéraient que l'Italie devait rester l'alliée de la France. De même, le premier ministre autrichien, M. de Beust, pensait que l'Autriche ne pourrait prendre sa revanche de Sadowa qu'en s'alliant à ces deux puissances. En juin 1869, il fit des propositions fermes à la France et à l'Italie, posant comme condition que la France laisserait Rome à Victor-Emmanuel. On prépara à ce moment la fameuse loi des Garanties. L'empereur était fort indécis, tantôt acceptant, tantôt repoussant les offres de l' Autriche. L'année précédente du reste, en janvier 1868, la reine d'Espagne Isabelle avait déclaré qu'elle avait promis 40.000 hommes à la France si Napoléon III voulait rétablir le pouvoir temporel du pape. Ces déclarations produisirent une émotion intense en Italie et dans toute l'Europe. Quelques mois après, la reine Isabelle

(1) C'est dans ces circonstances que Jules Simon prononçait à la tribune du Corps législatif, le 3 décembre 1867, le discours sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat qu'on trouvera reproduit plus loin.

PHÉC1S UISTOIITQUE 07

Mil chassée d'Espagne ; c 'était (par l'incident de la candidature à ce (rône vacant d'un prince de Hûlienzollern) le prodrome de la guerre de 18711. ?i II faut appeler l'attention sur un point. On a !é ce mot de l'impératrice Eugénie :« C'est lerre à moi ! » Elle ne parlait pas seulement ,e la mère du prince héritier, elle parlait surcomnie une catholique espagnole. Quand elle 'lisait : » C'est ma guerre à moi, » elle entendait dire que c'était cette guerre qui devait empêcher l'évacuation de Rome par les troupes françaises. Elle était poussée par les jésuites qui, par une singulière illusion, s'attendant à voir la France victorieuse, croyaient au rétablissement de l'Empire dictatorial qui allait briser toute convention avec l'Italie et imposer à Victor-Emmanuel le respect du pouvoir temporel du pape.

« Le 15 juillet, la guerre franco-allemande était déclarée. Or, voici ce qui se passa, d'après les correspondances puisées an ministère des Affaires étrangères par M. Emile Bourgeois et publiées dans son Manuel d'Histoire diplomatique. Metternich, au nom de l'Autriche, et Vimercati, vieil agent de Cavour auprès de Napoléon, dirent à l'empereur qu'il devail accepter les proposilions de juin 1869 et que l'Autriche et l'Italie étaient prêtes à marcher avec la France contre la Prusse, Napoléon refusa, et, — chose singulière, qui peut paraître ridicule, mais qui n'en existe pas moins ! — il proposaâ l'Italie de lui donner le Trenlin ou Tyrol italien (à prendre à l'Autriche 1) à la place

de Rome qu'elle demandait. C'était une étrange manière d'amener l'Autriche à nous aider contre la Prusse !

« Les événements se pressent, et la correspondance devient extraordinaire. M. de Beust insiste quand même pour que la France accepte sa proposition. Au nom de la catholique Autriche, l'archiduc Albert prépare la mobilisation. Mais le comte de Grammont, notre ministre des Affaires étrangères dans le cabinet Emile Ollivier, tout en déclarant lui-même qu'il nous fallait à tout prix le concours de l'Italie et de l'Autriche, répond à ces avances : « Non, la France ne défendra pas son honneur sur le Rhin, pour compromettre son honneur sur le Tibre, » Nous avions aussi en Autriche un ambassadeur des plus bizarres, un prince de La Tour d'Auvergne qui avait contribué à rétablir le pape à Rome et qui, en parlant des négociations que poursuivait l'Autriche en 1870, disait : « C'est un sentiment de révolte et de répulsion que nous inspire la conduite du comte de Beust. » Ainsi, notre ambassadeur était révolté et indigné de voir l'Autriche nous proposer son appui dans un moment aussi critique, tout simplement parce qu'il nous fallait abandonner Rome à l'Italie I...M. de Beust répondait aux catholiques effarouchés : « Mieux vaut le gouvernement italien à Rome que les Garibaldiens.» Mais Napoléon, lui, s'entêtait ; et, le 3 août, après avoir reçu la visite de Vimercati, il écrivait à l'impératrice : « Je ne cède pas sur Rome. » Cette lettre justifie le pro-

pos que l'on attribue à l'impératrice Eugénie:

* Mien s vaut les Prussiens à Montmartre que les

Piémont aïs à Rome ! » (1).

« Il fallut les défaites de Wœrth et de Forbach pour que Napoléon finit par céder aux instances du prince Jérôme. Le 19 août, il l'envoyait à Florence, mais il était trop tard. Les Italiens lui répondirent: « Le sang de Men tan a crie vengeance» car, selon l'expression de l'auteur de la grande et impartiale Histoire de r Unité italienne, Bolton King, " la chaîne qui relie Mentana à Sedan était forgée» En réalité, le premier anneau de cette chaîne avait été forgé le jour où les Français avaient rétabli à Rome le pouvoir temporel du pape.

« Le 4 septembre, lendemain de Sedan, voyait la chute du troue impérial et la proclamation de la République.

n Le 20 septembre, les Italiens entraient dans la capitale de l'Italie et, au lieu de l'occuper comme

(J) Chose inouïe I Celte politique criminellement anti-fran- . ;ii,c l j ut . pour satisfaire le pape et les ultramontains de tout jiiivs, sacrifiait la France et la jetait, sans alliés, dans une guerre non préparée, la livrant d'avance à la défaite, à l'invasion et à la ruine, a trouvé, cette année même (1906), un défenseur en la personne de M. Emile Ollivier, l'homme « au cieur léger ». Dans la polémique de presse à laquelle de nouvelles révélations confirmant les renseignementsde M. Emile Bourgeois, ont donne lieu, il est intervenu pour écrire qu'à son sens, la France était liée à maintenir le pape à Rome et que Napoléon [Il se fût déshonoré en abandonnant sa cause, attendu que le pape avait accepté d'être « le parrain du prince ! En quelles mains notre pauvre pays était-il

conséquence logique de la guerre de 1859, ave l'appui de la France, c'était à l'abri des victoire prussiennes que Victor-Emmanuel prenait posses — sion de Rome 1).

Ainsi le régime concordataire, impliquant desrapports étroits, l'entente en vue du support mutuek de la dictature impériale et de la papauté romaine», aboutissait à l'effondrement parallèle et presque^ contemporain de l'empire napoléonien — hélas Z entraînant dans sa chute la France' vaincue et meurtrie, — et du pouvoir temporel des papes ave& leur souveraineté sur la « Ville » qu'ils disaient: « éternelle » et que Victor-Emmanuel, après sa. mainmise sur elle, allait déclarer « intangible ». Double et terrible salaire, — pour la nation fran — çaise, de l'abdication lamentable qui lui avait faitratifier, par trois plébiscites, le coup d'Etat du S décembre et l'attentat criminel contre sa propre souveraineté ; — pour le pontificat romain, de l'orgueil insensé, de cet orgueil qui, selon l'Ecriture, « va au devant de l'écrasement », — qui avait amené le vieillard Pie IX, instrument aveugle des* jésuites, à faire décréter par un concile de prélats asservis et de théologiens dégénérés, l'abdication

(1) « Ils y apportaient en même temps la loi des garanties qu'ils avaient préparée au moment des pourparlers de 1869. Cette loi déclare la personne du pape inviolable, punit les attaques faites contre lui au même degré que les attaques faites contre le roi. Elle lui garantit la libre jouissance du palais du Vatican et du Latran qu'elle place hors de la juridiction de l'Etat, etc. (Yves Guyo , Conférence citée, pp. 16

PKÉCIS HISTORIQUE 101

définitive de l'Eglise des conciles et l'infaillibilité desévêques de Rome (1).

(1) Voici le texte du canon relatif à l'infaillibilité voté le 13 juillet 1870, et adopté par 451 voix contre 88 sur 601 votants : c Le pontife romain, lorsqu'il parle ex cathedra, c'est-à-dire lorsque, remplissant l'office de pasteur et docteur de lous les chrétiens en vertu de sa suprême autorité apostolique, il définit qu'une doctrine touchant la foi et les mœurs doit être crue par toute l'Eglise, jouit pleinement de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que son Eglise fut pourvue en définissant la doctrine touchant la foi et les mœurs; et par conséquent ces définitions du pontife romain, par elles seules et non pas en vertu du consentement de l'Eglise, sont irréformables historiquement et dogmatiquement. »

Du reste une institution qui repose sur des bases de mensonge, comme la papauté, pouvait-elle aboutir à un autre couronnement qu'à une doctrine de mensonge, comme l'infaillibilité d'un homme?

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