LA LUI I
et U est impossible de prononcer la déchéance d'une société cultuelle parce qu'elle ne se conforme pas à des règles générales qui n'existent pas.
Comment ferez-vous? Puisque cette garantie était supérieure pour les catholiques, comment pouvezvous cesser d'y attacher une importance pour les protestants, pour les israélites ?
La vérité, c'est que l'article 4 a été fait uniquement avec la préoccupation de satisfaire aux demandes de Borne. Vous auriez dû savoir par une longue expérience — vous l'avez vu tout à l'heure par ce qui a été dit à la tribune — que Rome on ne la satisfait jamais. {Très bien ! très bien ! à gauche.)
Pour les catholiques, celle formule a un cil'et immédiat, réel, très tangible. La règle générale, pour appeler les choses par leur nom, c'est la volonté du pape; c'est une volonté infaillible que vous consacrez, que vous sanctionnez, au moment où vous avez la prétention de rompre avec elle. (Très bien ! très bien ! ri l'extrême gauche.)
Je ne puis résister au désir de vous citera ce propos un court passage d'un article du Temps, ennemi de la séparation, où vous verrez que si nous avons pu nous illusionner sur la portée de l'article 4, nos adversaires ne s'y trompent pas.
« Le nouveau texte de l'article 4 contient une innovation non moins importante. 11 dispose que les biens seront transférés aux associations qui « en se conformant aux règles d'organisation générale du culte a se seront légalement formées.
« Une explication est nécessaire. Ou bien cette phrase n'a aucune signification — et dans sa rédaction actuelle elle n'a aucun sens — ou bien elle signifie que c'est l'évèque ou le pape, pour l'Eglise catholique
par exemple, qui délivreront le certificat de dévolution des biens, et que la seule association qui présentera ce certificat sera envoyée en possession. Si c'est cela qu'on veut il faut le dire clairement. C'est une thèse qui peut se défendre; mais elle va beaucoup plus loin que celle qui a été soutenue [par M. Ribot et même par les orateurs de la droite. Déclarer que Ton veut à tout prix dénoncer le Concordat poor enlever à l'Eglise l'appui des pouvoirs publics et remettre par une loi entre les mains des autorités ecclésiastiques tous les biens des fabriques, des consistoires et des conseils presbytéraux, sans réserve, sans contrôle d'aucune sorte, voilà certes un résultai inattendu, et qui témoigne chez MM. Buisson et Briand ou d'un désarroi bien profond ou d'un repentir bien sincère. ».
C'est qu'en effet, messieurs, il faut bien que j'en arrive à vous poser cette question : Comment distinguerez-vous les règles générales d'organisation politique des croyances, qui impliquent une discipline une et intégrale, à laquelle on doit l'obéissance absolue en tous lieux, en tous temps? C'est que l'Eglise ne demande rien moins que le pouvoir total.
M. l'amiral de Cuverville. — Il faudrait définir le mot « pouvoir ».
M. Clemenceau. — Vous ne contesterez pas de ce côté (la droite) qu'elle est la plus grande construction du gouvernement absolu que le monde ait connu. Je n'ai pas l'intention d'attaquer vos croyances par cette observation...
M. de Lamarzelle. — Dans ma conduite politique, j'ai démontré autre chose.
M. Clemenceau. — Vous contestez que 1 Eglise
soit la plus grande construction de gouvernement absolu?
M. de Lamarzelle. — Je ne proteste pas; je dis que, dans ma conduite politique, j'ai toujours montré mon indépendance.
M. Clemenceau. — Il n'est jamais entré dans ma pensée de contester l'indépendance de M. de Lamar-
M. Le Provost de Launay. suivi Léon XIII.
Noui
M, l'amiral de Cuverville. — Expliquez donc, monsieur Clemenceau, que le Maître ait dit : « Rendez à César ce qui est a César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »
M. Clemenceau. — Je vais (n'expliquer a ce sujet, amiral.
M. de Lamarzelle. — Je m'excuse de vous avoir interrompu,
M. Clemenceau. — Du tout.
Je traite la question d'une manière impersonnelle. Je ne prétends pas du iout que les catholiques n'aient pas une liberté d'appréciation complèle ; je ne pré" tends point qu'ils n'aient pas d'indépendance dans leur soumission ; ce que je prétends, au contraire, c'est que nous devons leur laisser cette indépendance, celte liberté de se soumettre à Rome, tandis que l'article 4 a pour objet de contraindre, par une loi française, catholiques et catholicisants à se soumettre d'avance, pour la pratique du culte, à l'intégralité de la discipline romaine.
Je disais que l'Eglise catholique est la plus grande construction de gouvernement absolu que le monde ait jamais connue. Elle veut l'homme tout entier pour
492 LA SÉI'AIIATION DES ÉGLISES ET DK L'ÉTAT
l'autorité comme nous le voulons tout entier pour la liberté.
M. Dominique Delahaye. — Lisez le catéchisme, monsieur Clemenceau. {Exclamations à gauche.)
M. Clemenceau. — Et vous, lisez l'histoire. (Très bien ! très bien ! à gauche.)
Je sais très bien qu'il n'en a pas toujours été ainsi. Le maître prêchait la réforme intérieure, et les apôtres comme lui. Il disait : « Rendez à César ce qui est à César », et concluait : « Mon royaume n'est pas de ce monde ». Seulement, après les longues tragédies de la dissociation du monde païen, l'Eglise, lorsqu'elle eut conquis nu royaume de Dieu l'immense majorité des Ames, en vint à se demander où étaient les limites du royaume de Dieu, et je n'ai pas besoin de vous dire qu'elle ne les trouva pas.
Le maître avait dit : «i Rendons à César ce qui est à César » ; il n'y avait plus de César, ou du moins sa puissance était à tout moment contestée. La société politique s'effondrait en même temps que la soC^e religieuse ; tout croulait, et l'Eglise se trouva rec^ . lir, par des empiétements indéfinis du pouvoir s1?YTY* tuel sur le temporel, le brillant et funeste héritage . sociétés désemparées. L'Eglise prit tout, ou au m^1 . elle afficha la prétention de tout prendre. Et pui^^ réveil de l'esprit humain se produisit ; il y eut ..^ schismes des premiers siècles, auxquels l'intérêt p* tique fut si souvent mêlé, les bûchers, les persécutiez1 ' les massacres, à votre compte. {Sourires à gauche)*
Ht puis viennent la Renaissance, la Réforme, la 0^°r' midable critique du seizième et du dix-huitième sièc/*Sl la Révolution...
LA LOI DE SÉl';
M. le comte de Goulaine — A votre compte I (Rires d'approbation à droite).
M. Clemenceau. — A noire compte ! {Vifs applaudissements <i gauche et au centre).
M. de Lamarzelle. — Avec la guillotine et les noyades.
M. Clemenceau. — Avec ioutes les conséquences de la lutte formidable ; — la science devant laquelle l'Eglise a reculé, la science dont vous proclamez la banqueroute, parce qu'il faut bien, suivant la tradition classique, que l'insulte suive toujours le triomphateur.
M. l'amiral de Cuverville. — 11 y a les sciences et non pas la science.
M. Clemenceau. — Il n'y a pas la science catholique, la science protestante, la science israélite, la science de la libre-pensée, la science des spiritualîstcs, la science de chaque secte, il y a une science. Cette science, c'est la connaissance expérimentale et raisonnée en dehors de tontes les croyances. [Très bien! très bien .' à gauche).
Je ne prétends pas en tirer argument ici contre aucune croyance ; je ne suis pas venu faire le procès de personne ; je cherche ma voie, difficile et douloureuse, dans la liberté, en faisant tous mes efforts pour que l'exercice de ma liberté demeure compatible avec l'exercice de la vôtre. An moins rendez justice à la sincérité de mes efforts. (Applaudissements à gauche).
Plusieurs sénateurs. — H e posez -vous I
M. Clemenceau. — Non, je vous remercie.
M. le président. — L'orateur préfère continuer, messieurs, cela dépend de lui.
M. Clemenceau. — Et aloi
choquer en rien, il m'est permis d'appeler votre attention sur une curieuse interversion des rapports entre la foi et la politique dans la grande construction catholique. Aux premiers temps, nous avons vu une organisation de croyance, une organisation religieuse, à laquelle, par suite des événements que j'ai dits, une puissance politique se trouva superposée. Et puis, quand a passé la longue tourmente de la liberté, la Réforme, le seizième siècle, le dix-huitième, la Révolution, etc., alors, que trouvons-nous aujourd'hui ? Nous avions une organisation religieuse à laquelle une puissance politique était superposée ; il nous reste maintenant, par le moyen de ces concordats, comme celui que nous sommes en train de détruire, une puissance politique sur laquelle un mince vernis de croyance est superposé. L'interversion s'est accomplie ; la foi était tout, elle a décru. La politique ne fut d'abord qu'une superfétation de l'action religieuse ; la politique est devenue, je peux le dire, la partie la plus importante de l'activité de l'Eglise.
C'est cette évolution même qui nous conduit à la séparation. Et quand vous vous dressez devant nous pour nous dire : Nous sommes une liberté ; je vous réponds : Vous avez été une liberté ; vous êtes une liberté devenue une domination, une domination privilégiée ; cette domination de privilèges, nous nous proposons de la faire cesser ; nous le disons ouvertement : nous proposons, bien ou mal, mais au mieux de nos lumières, et avec le souci constant de respecter l'intégralité de vos droits — de faire cesser cet ensemble de privilèges pour rentrer tous dans le même droit.
Oh ! je sais bien, les privilèges que j'ai dénoncés dans la loi, tout à l'heure, nous ne les accordons pi08 au pape : nous les accordons à l'entité « règles gêné-
raies » qui équivaut, comme je l'ai montré, à la volonté du pape, et nous sacrifions les droits des individus à l'hégémonie du Vatican.
C'est là un état de choses que les auteurs de la loi n'ont pas envisagé ; ils ont raisonné dans l'absolu, admis l'entité catholique et M. Briand a dit, sans y regarder de bien près r a II n'y a qu'un homme qui sache ce que c'est qu'un catholique, c'est le pape ».
Le pape Je sait à son point de vue de chef de l'Eglise. Il ne peut pas le savoir au point de vue de la loi française ; nous n'avons pas à charger le pape d'entrer dans la conscience des citoyens pour dire quelle est la qualité de leur foi, pour régler notre loi civile sur sa volonté.
Quelles relations de la loi française à la volonté romaine ? Nos rapports ont été de lutter toujours. N'y a-t-il point de paix pour nous ?
Nous venons des pôles contraires. Nous allons aux points opposés de l'horizon.
Si l'Eglise est une liberté devenue domination, le pouvoir civil est un despotisme en marche vers la liberté. (Murmures ironiques sur quelques bancs à
Et nous nous sommes heurtés, et nousnoussommes battus, et nous nous sommes massacrés, et au dernier carrefour oii nous arrivons, nous vous disons : « Séparons-nous, et que chacun aille à ses destinées ». Vos destinées, c'est toujours plus d'autorité, toujours plus d'unité, toujours plus de contrainte, toujours plus de répression, toujours plus de domination. (Très bien 1 o gauche). Nos destinées, c'est toujours plus de diversités, toujours plus de liberté. Votre idéal, il a été réalisé sous vos yeux : l'orthodoxie russe a réalisé celte confusion du pouvoir politique et du pouvoir
religieux, incarnée dans la personne du souverain absolu. Vous avez vu l'autocratie politique et religieuse confondues et, tout d'un coup, le système entier s'écrouler dans la guerre et dans la paix.
Nous, nous substituons les hasards humains à la sécurité divine que vous nous avez promise et que vous ne nous avez jamais donnée. Nous ne savons pas quelle destinée nous ménageons aux peuples, mais ce que nous savons, c'est que nous luttons pour un idéal si haut de droit, de liberté, de justice toujours plus grand que notre défaite, si elle était possible, nous la préférerions à votre victoire. (Très bienl très bien ! et applaudissements à gauche).
Plusieurs sénateurs à droite. — Ce sont des mots!
M. Clemenceau. — Vous me dites : Des mots! Cela est bientôt dit ; j'apporte des faits. Vous nepouvezpas nier que le pouvoir civil et le pouvoir religieux ne soient confondus dans l'autocratie russe ; vous ne pouvez pas nier que cette autocratie ne s'effondre sous nos yeux, après que les peuples ont donné le spectacle séculaire d'une résignation chrétienne dont les peuples d'Occident n'ont jamais pu, heureusement pour eux, nous donner le spectacle.
M. de Lainarzelle. — C'est tout le contraire du catholicisme !
M. Dominique Delahaye. — C'est un schisme cela, précisément î
M. Clemenceau. — Messieurs, je ne connais pas de schisme...
M. Dominique Delahaye. — Vous avez tort.
M. Clemenceau. — Laissez-moi parler, je vous en prie. Mettons que j'aie tort et laissez-moi continuer, comme si i 'avais raison. (Très bien ! rires à gauche)-
l'est-ce que cela veut dire : Vous avez tort? Ce n'est s un argument. Peu importent les croyances, les hismes Je ne veux pas discuter ici la question du \oijiic qui sépara l'orthodoxie grecque de Home ; elle ;st pas en question. Je vous montre la confusion du mvoir civil et du pouvoir religieux telle que vous la vez et je vous Tais loucher du doigt la catastrophe ipremc ; ce sont des faits et non des mots, (Très en ! très bien ! sur les mêmes bancs). M. Halgan. — Mais nous ne voulons pas de cette infusion.
M. Clemenceau. — M. de Lamarzelle me disait : Oui, j'entends bien, vous me permettez d'aller à église, mais vous voulez me faire aller dans une glise schismatique ».
Ah ! que vous me méconnaissez, mon cher collègue I ous ne saurez jamais à quel point il peut m'être idifférent que vous entriez dans une église, d'un côté e la rue ou d'un autre côté. Ceci n'est pas mon affaire ; est l'exercice de votre liberté, je n'ai à m'en occuper aucune façon. Les schismes, il y en a en France >mmc dans le monde entier et nous n'avons pas plus les favoriser qu'à nous en garantir. J'émettrais volonîrs l'opinion qu'il y en aura toujours, car à la liberté s l'esprit le dogme se heurtera toujours sans succès. ftc votre article 4, avez-vous réfléchi que vous 'riveriez à ce résultat curieux d'exclure Bossuct de >s sociétés cultuelles et même de vos églises ? (Rires *psobtilifs <i i/auche). Voilà votre loi de liberté. Vous 'fi la loi concordataire, que vous n'appliquez pas, et lus résolvez d'en finir avec le régime d'autorité pour ire une loi de liberté, et votre loi de [liberté est faite G telle sorle qu'un des plus éminents représentants S l'Eglise catholique n'aurait pas de place dans vos
-198 Là SEPARATION DES ÉGLISES ET DE i/ÉTAT
sociétés cultuelles, dans vos temples, puisqu'il fut le représentant de ces fameux articles de 1682 que Téglise catholique répudie. (Applaudissements à gauche).
Il y en a d'autres encore : Gratry, Maret, Dupanloup, Montalcmbert. C'est Gratry qui, à la veille de la définition du dogme de l'infaillibilité, dénonçait « l'école «Terreur qui asservit l'Eglise ».
Allez donc voir si Tévèque lui aurait donné l'autorisation d'entrer dans une église cultuelle. (Très bien! et rirrs à gaaeheY
Et Montalcmbert qui répudie, «i comme outrageante pour le bon sens comme pour l'honneur du genre humain, les doctrines de dictature de l'Eglise et d'absolutisme de Rome ! » A la porte des sociétés cultuelles! A la porte des églises !
Et puis, ne croyez pas que ces idées soient maintenant encore étrangères au monde catholique. Je lisais hier un livre très intéressant de M. Julien de Narfon, Vers rEglis* libre, tout plein d'aspirations vers le gallicanisme, c'est-à-dire vers une indépendance des évoques — en dehors du dogme, bien entendu — aU regard du pape, et voici ce que j'y lisais :
« Depuis la proclamation du dogme de l'infaillibilité explique M. de Narfon, la puissance spirituelle du pap* considérée comme autorité gouvernementale a abouti à une centralisation qu'il est permis de trouver excessive, parce qu'elle absorbe en réalité tous les pouvoirs et confine, par quelques-unes des manifestations extérieures qu'elle provoque, à une véritable idolâtrie. Les évèques ne sont plus rien, ou du moins ils ne sont quelque chose que dans l'exacte mesure où leur autorité est couverte par l'autorité du Saint-Siège... Us M sont plus, semble-t-il, les successeurs des apôtre8» investis comme tels de la mission de gouverner
ise de Dieu, mais les préfets révocables ad nutum lonlife romain... Le pape semble n'être plus le re du Christ, mais son égal. Il n'est plus le servides serviteurs de Dieu, mais l'idole devantlaquelle erviteurs de Dieu brûlent un encens qui devrait réservé à Dieu seul ».
kujourd'hui... » — ajoute M. de Narfon — «... le
est le seul juge et le maitre absolu des consciences, ;i c'est là un progrès au point de vue de l'unité, ce est pas un au point de vue de la dignité épisco- , ni de la vérité, ni de l'équité. C'est, en tout cas, lit qui risque d'éloigner de la Foi catholique beaui d'esprits qui ont de la peine à reconnaître dans
centralisation à outrance, au profit de Rome et Italiens, la note de la catholicité de l'Eglise et yre du Christ ».
parlais de toute celte masse d'indillerenls qui quent par habitude, par intérêt, par convenances des ; ruais voilà des hommes qui sont, eus, les ipions de l'Kglise ! M. Julien de Narfon n'a pas
son livre pour servir ma thèse. Il a repris les ïnnes traditions de l'Eglise française ; il se préî à moi non pas seulement comme uncatholicisant,
comme un calholique, et il émet des prétentions . que le premier devoir de son évéque est de lure des associations cultuelles et des églises dont , avez donné le monopole aux associations lelies. ( Très bien ! très bien I à gauche). i ! je sais bien qu'à la Chambre une autorité natique nous a dit qu'il n'y aurait plus de schisme. •ois que la variété d'opinions est inhérente a la té de l'esprit humain, et \e me garderai rie contreer cette parole.
lis peut-on croire, véritablement, que l'Eglise
SUN ^« Si;r'AliATTnf. IH^ JSfiUSES ET DE L ETAT
rnthniiDiHT nt nchrvè «nu évolution ? Est-ce possible? ïssr-w rjwurpvnhlr ? Pcnt-il y avoir un temps d'arrêt ririRs* * Vvnuninr. m resprit immain ? Voyez plutôt : on n-V^rt: m Bnmr qu'il tiou nouveau dogme en pré- Tuirminr.
X l=Sftijpyn — Cest à vous qu'on Tait des confi-
X ClK3X»fiXi»uaL. — Cïn ifa pas à s'en repentir, mon citer rmluu'u*1.. rc ^'espère que vous ne vous en plainèrrc jut^. 7u:»3i:fcl)cs me permettent de me faire le zruriwïrni'-r: uigïr« ô> vous dTnne autorité qui pour v;vu* i^ indJ*srxn:'hk . H partît qu'on prépare le dogme ôf- ^^hiniii>rxji^-L^aï«»jvt)aiî . Exclamations à droite).» à? TAs5oar.7CKTiu v^ulais-jè dire ; excusez-moi, je n'ai pots ?^bx.hr:iîàe à» âagroes. \Somires à gauche).
Gei* r*fc: dmï> £tr* fort indiffèrent, mais il y a un autre d-v-^r» q-c: esî eïuiiê par une congrégation et ■■çjà w>urrt:î tk>us intéresser bien davantage. L'infail* !ib:l::e i- pape ne s'est appliquée, jusqu'à ce jour, qu'au ùV^c. 0-^ diriei-vous si un concile décidait ce rappliquer a la juridiction du pape ? Vous voyez oie: les cvu:*::s îe pape a juridiction sur les évoques, les evèques sur les curés, les curés sur les fidèles. L'infaillibilité de juridiction, c'est l'entreprise la plus caractérisée de l'autorité pontificale romaine sur la loi civile îraaeaise. Ce jour-là. avec la loi que vous votez. qu'aurez-vous fait ? Vous aurez donné l'arme la pî°s puissante aux ennemis de l'indépendance française, de
la liberté républicaine.
M. Brager de La Ville-Moysan. — Ce n'est p*s là une idée sérieuse.
M. Halgan. — On ne peut pas parler des dogme5 chrétiens avec cette légèreté.
: SlîI'AIIATIOK
M. Clemenceau. — Voilà bien, mon cher collègue, ce qui montre voire intolérance. {Très bien ! à nauche). Moi, je puis parier librement devant les hommes ayant les opinions les plus contradictoires avec la certitude où je suis de ne pas dire un mot qui les puisse blesser; si cela m'arrivait. il suffirait qu'un de vous se levât pour que je le retirasse immédiatement. Mais si j'émets une autre opinion que vous, vous professez que je porte atteinte à votre liberté.
Ce que j'ai dit, messieurs, des dogmes en préparation, je ne l'ai pas dit au hasard. Je le liens d'ecclésiasliques qui approchent certainement le Vatican de plus presque vous, mon cher collègue. {Hilarité).
En tout cas, il me semble qu'il n'y a là rien d'offensant pour l'autorité ecclésiastique.
M. Halgan. — Vous serez bientôt cardinal !
M. le préaident, — Veuillez ne pas interrompre.
M. Clemenceau. — Je serai ce que je serai, c'est
je serai toujours un homme < pensée sans crainte de choqi Font l'honneur de l'écouler Jamais II a pensée de blesser personne ; laissez
i peut
mon affaire. Mai dire librement s collègues qui lui n'entrera dans 11 moi continuer.
M. Halgan. — Et moi j'ai bien le droit de protester. (Réclamations à gauche).
M. le président. — Monsieur Halgan, vous pouvez constater le sentiment de tous vos collègues.
M. Halgan. — Je suis chrétien, cl comme chrétien...
M. le président — Vous n'avez pas la parole.
M. Halgan... j'ai le droit et le devoir de dire aussi ce que je pense.
M. Dominique Delahaye. — Oui, vous avez ce droit.
M. le président. — Vous aurez la parole pour répondre, si vous la demandez.
M. Clemenceau. — Messieurs, je vous ai montré cette lutte du pouvoir civil et du pouvoir religieux pour la suprématie, que nous avons compliquée, nous de notre lutte pour la liberté.
Eh bien, c'est à ce moment, c'est à l'heure où nous intervenons pour supprimer ce qui reste dans la loi de cette suprématie privilégiée, que nous introduisons, comme je l'ai montré, un privilège de suprématie dans notre prétendu régime de liberté.
Sans doute, messieurs, M. Briand me répond : «Cette suprématie est un fait. » A quoi je réplique : « Cette suprématie est une théorie ». C'est une théorie contre laquelle toute la monarchie française a protesté. Depuis Philippe le Bel et saint Louis jusqu'à Louis XIV et Napoléon, avec le Concordat, tous les gouvernements, quel que fut leur nom, de quelque principe qu'ils se soient réclamés, ont toujours protesté contre cette prétendue suprématie du pouvoir romain. Et, dans la loi qui a pour but de rompre avec cette suprématie, nous la maintenons, nous la proclamons et nous la privilégions !
Elle est un fait, nous dit M. Briand. Même si c'était un fait, autre chose est de constater un fait, autre chose d'y attacher la consécration légale du droit français. (Très bien ! très bien !)
Messieurs, je vois bien que je vous ai retenus trop longtemps. . . (Non ! non ! — Parlez !
Voix nombreuses. — Reposez- vous.
M. Clemenceau. — Je vous remercie. Je vais abréger.
Kt maintenant, quelle contradiction ', messieurs, dans cette constatation : vous avez commencé par inscrire au frontispice de votre loi ces mots : « La République ne reconnaît aucun culte, n'en salarie aucun », et puis, l'article 4 reconnaît si bien le culte catholique, qu'il invoque sa décision dans une constatation juridique el qu'il entraîne, par une conséquence toute naturelle, cette forme de salaire qui consiste dans l'abandon des édifices cultuels, à titre gratuit.
C'est là un mode de salaire incontestable.
II ne s'agit pas ici, messieurs, d'une question de gros ious, comme on a dit tout à l'heure. Je prends acte du salaire, sans essayer de le chiffrer, mais il n'est pas douteux qu'il représente une somme dont l'énor- :nilé stupéfie. Il s'y joint, comme vous savez tous, des allocations pécuniaires : traitement plein la première année, deux tiers l'année suivante, puis la moitié et le tiers. Total : quatre années.
Dans les communes de moins de 1.000 habitants, c'est-à-dire dans 20.U0ÏI communes, vous continuez l'allocation pendant huit années. Où sera la séparation pendant ce temps-la '!
Il n'est pas contestable que l'idée qui vous a guides a été de continuer le salaire du clergé.
J'aurais également, pour les pensions, des choses assez intéressantes à dire ; mais je ne m'y arrêterai pas.
Pour les pensions, M. lîriand avait fort bien posé la question. Il avait dit: Il laut secourir les infortunes, Pas un d'entre nous certainement n'eût admis un seul instant qu'un des prêtres qui peuvent se trouver dépossédés de leur cure fût mis sur le pavé du jour
au lendemain. Mais M. Briand avait parlé d'indemnités aux fonctionnaires dont les fonctions étaient supprimées. Les fonctions, messieurs, ne sont pas supprimées ; ce qui est supprimé, c'est le caractère officiel des fonctions : les fonctions demeurent, les prêtres continuent à les remplir. Puisque notre but est de faire que le culte ne soit pas interrompu, nous ne pouvons pas dire, d'une part : « Nous allons procéder de telle sorte que le culte ne sera pas interrompu», et conclure : « Nous allons secourir les prêtres parce que le culte est interrompu. »
J'ai là, sur ce point, des citations, dont je vous fa» grâce, de prêtres, d'écrivains catholiques qui cons tatent que rien ne sera plus facile, dans les circonstances actuelles, que d'assurer le service du culte £ de maintenir le salaire des agents du culte. Je constate simplement que vous leur faites une pensioi quand leur traitement n'a subi aucune retenue. U séparation leur accorde ce que le Concordat ne leur accorde pas, le Concordat de Napoléon Ier ne leur donne pas de pensions de retraite, la séparation leur en donne, ce dont je ne me plaindrais pas si vous vous borniez à secourir les infortunes, selon le programme primitif de M. Briand. Mais vous faites une loi incohérente — il faut bien dire le mot (Adhésion à droite) — ce qui, peut-être, mes chers collègues, est un avantage dans un état d'esprit incohérent je le dis à litre critique — et je ne suis pas bien sur de ne pas faire, en même temps, pour une certaine part, l'éloge de la loi
Vous me permettrez pourtant de constater que> lorsque vous donnez, par exemple, une pension de 1.500 fr. à M. le curé de la Madeleine, qui a un casuel de 100.000 fr., vous faites vraiment une chose dén-
LA LOI DK SEPAIIATION OQQ
soire, puisqu'on môme temps vous ne venez pas au secours des prêtres attachés aux communes pauvres, qui ne rempliront pas les conditions d'exercice et d'âge
s Ici
npost
M. l'amiral de Cuverville. — Très bien ! C'est vrai.
M. Clemenceau... de sorte que, prétendant remplir un devoir d'humanité, vous ne le remplissez pas et que vous donnez le superflu à ceux a qui 1 Etal ne doit
Ce n'est pas, messieurs, que je méconnaisse l'utilité d'une politique de transition, c'est bien entendu. Je suis pour le principe des allocations, je suis pour le principe des pensions, je voudrais seulement qu'il Fut appliqué de façon à venir au secours des infortunes véritables, et non pas à ajouter de ridicules suppléments de traitement à des hommes qui n'en ont pas besoin. {Marques nombreuses d'approbation.)
Et puis, je souhaite surtout que votre système de transitions — j'aurais voulu ne pas dire le mot, je le dirai — fût intelligent. Je voudrais, étant donné que votre loi doit être une loi de liberté, vous voir préoccupés de créer des forces de libération, au lieu de la contenir par des forces de privilège.
Voilà ce que j'aurais voulu, voilà ce que j'aurais demandé à votre loi, dont le bénéfice le plus net sera peut-être de réaliser un concordat unilatéral.
Nous avons un concordat Iranco-romain ; vous nous faites un concordat français Vous accordez au pape des privilèges que vous ne soumettez pas à son acceptation. Vous avez décidé, dans un intérêt politique bien ou mal compris, que ces privilèges devaient être accordés à l'Eglise romaine, et vous les lui accordez, quitte à les lui retirer plus tard, si les événements
les
nous en imposent l'obligation ; et, mes chers .col- | ^ lègues, je ne vous cache pas que c'est dans cette
espérance que je voterai le projet de loi. (Mouvements en sens divers.)
Messieurs, je me rends bien compte que, dans cette ■ longue discussion dont je m'excuse auprès de vous, j'ai | ^J l'air de ne poursuivre qu'un débat théorique. Il faut que vous me permettiez, par deux exemples, par 1 £f un surtout, de vous montrer cependant, quelles sont lïere, les conclusions pratiques de la loi que vous allez ïiiora voter. I cn
N'en déplaise à mon honorable collègue M. Halgan, 1 % ( je connais un curé... (Sourires) je connais même un fcpos* curé républicain...
M. Halgan. — Il y en a beaucoup.
M. Clemenceau.. . c'est M. l'abbé Roucaud. M. l'abbé Roucaud, c'est un curé qui, parce qu'il n*a jama^* dissimulé ses sympathies républicaines, s'est vu re0-' voyer des deux diocèses où il a exercé ses fonction sacerdotales. Il est à l'heure présente, on peut le dir^^ sur le pavé de Paris ; beaucoup de députés, et tout a moins un sénateur, se sont employés auprès du Gou vernement pour faire obtenir à ce malheureux homm^^e un poste qui lui permît de manger : il est dans dé n unie nt.
Nous avions trouvé un poste, celui d'aumônier des aliénés de Charenton. [On rit.)
M. Roucaud est trop républicain pour être aumônier des aliénés de Charenton, et dès que sa candidature a été posée, — j'ai là une lettre de lui dont je ne vous donne pas lecture, parce qu'elle est trop longue — l'évêque lui a retiré son celebrel jusqu'au jour où il abandonnerait sa candidature au poste d'aumônier des aliénés de Charenton.
LA LOI [>E SKl'ARATION