‹ La séparation des églises et de l'ÉtatChapitre 104 sur 189 · LETTRE DE M. LE PASTEUR LACHERET · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. LE PASTEUR LACHERET

c’est intéressant; vous devriez faire une note là-dessus. » Si je vous disais le nom de mon éminent interlocuteur, qui n’est pour vous rien moins qu’un inconnu, vous seriez bien empêché de le traiter de « sectaire ». C’est pourtant sa remarque qui m'a donné l’idée de faire allusion devant la commission aux poursuites dont j'ai été l’objet sous l'Ordre moral.

Mais qu’en ai-je conclu ? Que je me sentais autorisé à demander des représailles contre le parti catholique, je pourrais même dire contre l'Église catholique qui m'avait fait poursuivre ? Vous savez bien que c’est justement le contraire. Je suis parti de là pour exprimer le vœu que «la loi de séparation établisse définitivement dans notre pays, avec la neutralité de l'État, une entière liberté de conscience et de culte, dans les limites exigées par l’ordre publie ».

La liberté pour tous, la liberté entière, sans autorisation préalable, pour l'ouverture d’un lieu de culte non plus que pour une réunion religieuse, voilà ce que nous demandons avant tout le reste, — et ce que vous allez demander vousmême, je n’en saurais douter, dans la suite de vos articles.

Je ne parle pas en mon nom personnel seulement et je n'ai pas la prétention d’être eru sur parole.

Voici des textes :

Le 11 novembre dernier, la commission permanente du Synode général oflicieux des Églises réformées de France, dont j'ai l'honneur d’être le président, adressait aux pasteurs et aux fidèles une lettre sur la séparation. Elle y disait ce qui suit :

« Tout ce qui peut être tenté pour rendre la loi qui se prépare aussi libérale et aussi équitable que possible, soyez certains que nous le tenterons par tous les moyens qui sont en notre pouvoir. Nous nous garderons bien de demander pour nos Églises aucun privilège d'aucune sorte, mais nous réclamerons hautement pour elles, comme pour les autres, avec la liberté et la justice, la possibilité de vivre. »

Il y à quinze jours, devant la commission de la séparation, M, le doyen Jalabert, parlant en notre nom à tous;

l'enquête du Siècle

déclarait que nos préférences étaient, — et sont encore, — pour larticle 19 du projet de la commission, — article emprunté par M. Briand à lavant-projet d’un député protestant, M. Réveillaud, et qui autorise toutes les associations déclarées pour l'exercice d’un culte à constituer des unions avec administration ou directidn centrale.

M. l'ingénieur des mines Grüner, parlant au nom des Églises indépendantes de l’État, disait dans cette même séance : & Nous ne saurions considérer la séparation comme un progrès et comme le triomphe de nos principes, que si elle établissait définitivement en France la liberté des cultes, en reconnaissant à tout groupe de fidèles, quelles qu’en soient l'importance et la dénomination :

«1° Le droit d'ouvrir en tout temps et en tout lieu une chapelle après une déclaration unique faite à la municipa- Ltée

«2° Le droit de recevoir les souscriptions, et, avec l’autorisation du Conseil d'État, les dons et legs et de posséder une réserve pouvant s'élever à un capital dont le revenu serait égal à la moyenne des dépenses des cinq dernières années. »

Cette dernière disposition, dont l'importance ne vous échappera pas, est conforme à l’article 20 du projet de la commission qui a été emprunté également par M. Briand à lavant-projet de M. Réveillaud.

Voilà, monsieur, comment nous entendons défendre la liberté de tous, sans avoir besoin pour cela de nous solidariser avec personne. Sat

Et, permettez-moi de vous le dire &« avec franchise », en terminant cette trop longue lettre, nous avons quelque mérite à cela. Oh! lorsque nous nous trouvons en face d’un «humble laïque », comme vous, libéral de race et d’esprit, nous n’éprouvons que sympathie et confiance. Mais il ya des porte-parole autorisés de l'Église catholique, des avocatsconseils de l’épiscopat qui tiennent un tout autre langage et qui sont animés d’un tout autre esprit que le vôtre.

Dernièrement, l’un d’eux, M. G. Théry, ancien bâtonnier,

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