‹ La séparation des églises et de l'ÉtatChapitre 112 sur 189 · III. — Les israélites · texte numérisé non relu

III. — Les israélites

9 décembre 1904

Note publiée par l’Univers israélite du 18 novembre 1904 :

.… Lorsque M. Combes prononça ces paroles (le discours d'Auxerre), on lui attribua, d’après des renseignements très autorisés, le dessein de ne faire la séparation que progressivement, par voie d'extinction, en laissant aux ministres du culte actuellement en fonctions l’intégralité de leurs traitements jusqu’à la fin de leur existence et en mettant gratuitement les édifices religieux au service des fidèles. Il semblaït obéir à cette idée très juste et très politique qu’une réforme qui affecte la vie religieuse d’une grande nation ne peut s’accomplir comme une révolution et qu’elle a besoin de la collaboration du temps pour s’enraciner et pour s’acclimater. Or le projet de loi ne contient pas la moindre trace de ces dispositions conciliantes. C’est tout au plus s’il améliore d’une façon quelque peu appréciable le régime des pensions de retraite à accorder aux ministres du culte, en abaïissant à quarante ans la limite d'âge que le projet de la commission fixait à quarante-cinq ans et en allouant une pension temporaire de 350 francs par an, dans les communes pauvres, aux ecclésiastiques âgés de moins de quarante ans. Quant à établir une distinction entre les curés, qui sont obligés-au célibat, et Les pasteurs et rabbins, qui sont généralement mariés et pères de familles nombreuses, où à rendre les pensions reversibles, en cas de décès, sur la veuve

l'enquête du Siècle

et les orphelins, M. Combes n’y a pas plus songé que la commission. Combien nous sommes loin des intentions généreuses que nous avait annoncées le discours d'Auxerre! Si ce sont là les effets d’une bienveillance envers les personnes qui doit désarmer toutes les défiances, on se demande vraiment quelles mesures la malveillance aurait pu inspirer.

Il est d’autres points sur lesquels le projet de M. Combes se montre beaucoup moins libéral que celui qui, au nom de la commission, avait été présenté par M. Briand. La proposition de M. Briand autorisait les associations formées pour assurer l'entretien du culte à constituer des unions avec direction centrale. Nous avions montré, il y a déjà plusieurs semaines, combien une pareille disposition pouvait être féconde en heureux résultats, puisqu’en permettant à nos communautés de se fédérer, elle ne les mettait pas seulement à même de s’aider les unes les autres, mais qu’elle nous laissait l’espoir de maintenir dans son unité et dans sa force l'organisme qui s’appelle le judaïsme français. Cet espoir, le projet de M. Combes vient le briser. Dans son article 8, en effet, il interdit, entre les associations cultuelles, les unions qui dépassent les limites d’un département. M. le grand-rabbin Zadoc-Kahn s’est, dans une lettre que nous avons reproduite, élevé contre cette prohibition étrange. Si elle acquérait force de loi, elle entraînerait la suppression de nos consistoires, qui tous sans exception ont juridiction sur plusieurs départements, et empêcherait tout lien de solidarité de se créer entre les juifs de France, en même temps qu’elle condamnerait les communautés pauvres à disparaître, faute de pouvoir faire appel,‘peur les besoins du culte, au concours de communautés plus opulentes…

. Ce qui est plus grave encore que l'interdiction faite aux associations religieuses, contrairement aux règles du droit commun, d’unir leurs efforts quand leur action ne s’exerce pas dans le même département, ce sont les dispositions financières du projet de M. Combes. L'article 8 enlève aux consistoires, au profit de l'État, tous les biens mobiliers et immobiliers qui sont actuellement la propriété des établissements publics du culte. Le projet de M. Briand avait au

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