UN AMENDEMENT MALHEUREUX
prouve que le catholicisme de demain sera tout à fait celui que nous connaissons aujourd’hui? Qui nous prouve que la séparation n’aura pas, dans ce grand organisme religieux, des Conséquences inattendues ? Qui nous prouve que les «infiltrations » si souvent dénoncées par les fanatiques d’ultramontanisme ne produiront pas quelques effets visibles ? Qui nous prouve que le pape Pie X, par ses projets de répression spirituelle à outrance, n’aura pas l’art de provoquer des révoltes ? Je ne prétends rien savoir de ce qui éclatera demain. Mais je prétends que personne n’est en droit de dire à l'esprit : « Tu ne créeras plus du nouveau. »
Et si des mouvements schismatiques se produisent, ils seront probablement assez restreints. On les constatera sur des points qui seront sans doute très distants les uns des autres. Ils oublieront de se régler sur les divisions administratives qu’un directeur des cultes aura imaginées dans le calme de son cabinet. Est-il sage, est-il juste de déclarer à l’avance aux hommes qui, de ci, de là, se sépareront de Rome, qu’il leur sera interdit de se tendre la main pour mieux combattre la tyrannie romaine ? On pouvait soutenir naguère que, grâce au Concordat, le pouvoir civil protégeait l'Église contre les schismes. Va-t-on faire en sorte qu'après la suppression du Concordat, le même pouvoir civil rende le même service à l'Église ?
Pour les Églises protestantes, l'amendement de M. Georges Berger est fort loin de contenir les avantages que son auteur a voulu sans doute y mettre. Il est même, pour elles, absolument inadmissible. Remarquons d’abord que cet adjectif de « protestantes » ne désigne rien de précis, j'entends au point de vue de la loi. Il y a
Raoul Allier
des Églises protestantes de diverses dénominations : réformées, luthériennes, libres, méthodistes, ete. Quelquesunes de ces familles religieuses comptent très peu de membres. Elles n’ont pas pensé, pour faire plaisir à un chef de gouvernement, à se parquer chacune dans une région déterminée. Elles ont leurs petits centres sur les points les plus éloignés du pays de France. (1) Leur interdire de former un corps, c’est les condamner à mourir. L'intérêt de la démocratie est de voir un individualisme spirituel s'opposer au collectivisme religieux et autoritaire de l'Eglise romaine. Encore faut-il qu’on ne rende pas la vie impossible aux individualistes de principe et de pratique.
Si nous considérons tous ces groupes d’Eglises, les grandes comme les plus infimes, nous leur reconnaïitrons un caractère commun. Aucun n’est international. Tous s'arrêtent aux limites de la France. Mais. tous aussi, dans l’intérieur de ces limites, prétendent avoir un caractère national. Ils veulent être les Églises réformées de France, l'Union des Églises libres de France, etc. On heurterait une sorte de patriotisme en les forçant à être autre chose. On s’attaquerait à un principe fondamental en les contraignant à se diviser en tron-