L'ARCHEVÊQUE D’AIX
fabriques. Il est vrai que cette loi laisse une porte ouverte, puisqu'elle dit que les communes useront du droit de faire les inhumations si elles le jugent à propos. Dans mon diocèse qui, Dieu merci, est bien pensant, cette loi n’aura pas grand effet, car les communes n’useront pas de la prérogative qui leur est accordée; mais, dans les autres départements, elle causera peut-être un préjudice énorme aux fabriques, dans les villes, notamment. Je suis certain que pour les fabriques de Paris, par exemple, c’est la ruine. J'ai la chance d’administrer un bon diocèse, nous n'avons pas un sénateur, pas un député qui n’ait protesté contre la séparation de l’Église et de l'État ; nos corps communaux ne léseront pas les fabriques au 7 de cette loi sur les inhumations. Cependant, je le répète, c’est un nouveau moyen de spolier Église.
30 janvier 1905 X. — L’archevêque d'Aix (1)
Neuilly, le 29 janvier 1905
— Je pense, monsieur, que la séparation des Églises et de l'État sera désastreuse ; en outre, elle ne pourra jamais exister au sens strict du mot. Cette séparation que l’on promet aux masses ne peut être qu'un leurre; depuis le quatrième siècle, depuis Constantin, l'Église, quoi qu’on ait fait et quoi qu’on ait dit, a toujours été liée à l'État, et elle continuera à l’être toujours plus ou moins. Si l’on vote la séparation, n’y aura-t-il pas une loi de police des cultes, et cette loi de police elle-même ne formera-t-elle pas un lien entre l'État et l’Église ?
Voilà pourquoi je dis que promettre la séparation c’est promettre une chose irréalisable, un événement chimérique ; l'Église demeurera fatalement attachée au gouvernement d’une façon ou d’une autre,
(1) M. Bonnefoi (interviewé pendant un séjour à Neuilly).
l'enquête du Siècle
Quant à la séparation que les hommes d'aujourd'hui préparent, c’est une séparation faite par nos ennemis, qui mont en vue que l’oppression et la spoliation. Elle n’est pas discutable. On peut discuter une mesure faite sans animosité et chercher à montrer les inconvénients de cette mesure aux gens qui font involontairement fausse route ; on ne peut pas et on ne doit pas discuter avec des ennemis qui, systématiquement, veulent votre ruine et votre perte.
Heureusement, les institutions survivent aux hommes. La période que nous subissons ne pourra être qu’une période transitoire, et l'Église, immuable, résistera à cette tempête.
Quant à la question de la location des immeubles destinés à l’exercice du culte, comme on ne sait pas encore ce que nos législateurs voudront faire, comme il n’y a rien de précis sur ce point, il serait prématuré d’en parler : j'estime qu’il faut attendre et savoir d’abord ce qui sera résolu; nous verrons après !.…
7 février 1905 XI. — A l'évêché du Mans (1)
Le Mans, 5 février 1905
— Le grand malheur, c’est qu'il y ait des républicains qui s’imaginent qu’on ne peut être chrétien si l’on estrépublicain, et des chrétiens qui sont persuadés qu’étant chrétien on ne peut pas être républicain. Je vous avoue, cependant, que ce désir de l’union de l’Église et de la République, je lai eu très sincèrement, je l’ai même encore, à la condition, bien entendu, qu'on respecte nos libertés religieuses. Lorsque j'ai été promu évêque, c'était sous la présidence de M. Félix Faure, qui n’a paru être un homme très loyal, le président de la République me dit : « J'espère que vous
(1) M. Bonfils,.