‹ La séparation des églises et de l'ÉtatChapitre 75 sur 189 · A L'ÉVÊCHÉ DE QUIMPER · texte numérisé non relu

A L'ÉVÊCHÉ DE QUIMPER

tions ne éomprennent pas un mot de français; faire des cours de morale, des instructions religieuses, des sermons, dans le langage de lInstitut, aux vieux Bretons, c’est leur parler chinois ou javanais, ils en comprendraient autant. Mes prêtres ont résisté. À quoi bon parler pour n'être ni entendu ni compris ? Je ne peux pas les désapprouver. Mais de ce fait, nous avons eu au moins 90 suspensions de traitement ; ajoutez à cela une trentaine pour la résistance ou lattitude pendant les expulsions, et vous arrivez au joli total de 120 traitements suspendus dans mon diocèse. Heureusement que, pour réparer le mal, nous avons un comité catholique qui parvient à donner à mes malheureux prêtres la moitié de leurs appointements supprimés; c’est toujours suffisant pour les empêcher de mourir de faim.

Ne pensez-vous pas, monsieur, que, si, au lieu d’être intransigeant et de faire une défense formelle aux curés de parler à leurs paroissiens en breton, on leur avait demandé de faire leurs efforts pour aider à la pénétration de la langue française, on n'aurait pas mieux réussi ? Pour les vieux Bretons dont le cerveau ne peut plus rien apprendre, on aurait continué à parler breton, et pour les enfants on aurait enseigné en français, malheureusement, au lieu de chercher la conciliation, on a fait de l’autoritarisme. Mes prêtres n’ont pas voulu et ne veulent plus céder ; je l'ai bien dit au préfet : « En vous y prenant comme cela, vous n’obtiendrez rien. » On est Breton ou on ne l’est pas.

Ce qui attise les colères, c’est l’antagonisme qui existe dans la plupart des paroisses entre le curé et l’instituteur. Dans mon diocèse, les écoles laïques n’ont pas de succès; on a beau laïciser à outrance, ce sont les écoles libres où l’on reçoit une instruction religieuse qui l’emportent; je pourrails vous citer telle ville où l’école libre a trois cents enfants et où l’école gouvernementale possède deux élèves. Vous concevez la rivalité, la rage concentrée des instituteurs ofliciels qui, du reste, au lieu d'y mettre du leur, affectent de tourner la religion et ïes prêtres en ridicule, ce qui ne prend pas du tout chez nos braves Bretons, âmes simples pour qui l’évêque, le curé, les bonnes Sœurs et les Frères font un bloc leur représentant la Divinité. Alors qu’ad-

l'enquête du Siècle

vient-il ? L’instituteur fait au curé tout le mal possible; et le curé, qui est homme, oublie quelquefois qu’il faut faire le bien pour le mal. Oh ! tout cela n’est pas gai.

Pour en revenir à la séparation, dans mon diocèse je ne la crains pas; nous nous en tirerons toujours, nous avons déjà des comités qui fonctionnent, et l’initiative privée suppléera au gouvernement défaillant; mais par exemple nous sommes bien décidés à ne pas accepter la location des immeubles destinés au culte, si, par extraordinaire, l'État se les approprie, ce qui ne sera ni plus ni moins qu’une violation du droit et de la justice; dans la plupart des communes, les édifices religieux ont été construits avec les deniers des paroissiens; de quel droit l’État prendrait-il pour lui ces immeubles ? Tenez, un exemple, ici l’église Saint-Mathieu a coûté 300.000 francs ; les souscripteurs volontaires ont fourni 200.000 francs, la commune a donné 100.000 francs. L'État, s'il prend l’église Saint-Mathieu, va-t-il nous restituer 200.000 francs ? Pour moi, je suis bien décidé : si on nous vole nos églises, nous construirons, dans le terrain d’un particulier, une chapelle en planches, et c’est là qu’on dira la messe. Au besoin, pour régler le coût de notre église de bois, nous ferons payer les places à ceux qui pourront. Les gens riches payent bien leurs places pour aller au théâtre, ils payeront pour assister à la messe.

L’'ENQUÊTE pu « SIÈCLE »

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