‹ La séparation des églises et de l'ÉtatChapitre 74 sur 189 · A L'ÉVÊCHÉ DE QUIMPER · texte numérisé non relu

A L'ÉVÊCHÉ DE QUIMPER

12 février 1905 XIII. — A l'évêché de Quimper (1)

Quimper, le 10 février 1905

— Certes, je suis partisan du maintien du Concordat, mais vouloir et pouvoir sont deux. Dans les circonstances présentes, je crains bien que nous ne soyons fatalement amenés à la séparation, la force des choses me paraît devoir la rendre inévitable; maintenant comment s’accomplira-t-elle ? C’est ce que ni vous ni moi ne savons et ne pouvons même présumer. Quoi qu'il en soit, je considère la séparation comme un événement des plus regrettables encore plus pour l'État que pour nous. Si le gouvernement se rendait compte des difficultés et des ennuis qu’il va se créer, assurément il conserverait le Concordat. Voyez-vous, deux pouvoirs comme ceux de l'Église et de l’État doivent marcher de pair et ce n’est pas impunément pour chacun si l’un veut tirer à hue et l’autre à dia.

En ce qui touche l'Église, la séparation amènera infailliblement un schisme ; en effet, les projets de loi conçoivent la liberté des associations cultuelles faites exclusivement par les habitants d’une commune en dehors de l’immixtion de l’évêque ou du clergé; c’est la négation du pouvoir hiérarchique et c’est, de plus, la suppression de la direction du Saint-Père; car c’est le monde renversé : au lieu de faire partir la voix dirigeante d’en haut, on veut la faire partir d’en bas. Dans la pratique, ces associations cultuelles seront impossibles, vous allez juger tout de suite pourquoi.

Prenons une paroisse quelconque : si les associations cultuelles doivent se former d’elles-mêmes, proprio motu, les républicains catholiques en feront une ; les monarchistes, ne voulant pas accepter celle des républicains, en cComposeront une autre, et, pour ajouter au gâchis et ennuyer les

(n M. Dubillard.

l'enquête du Siècle

deux autres, il pourra en surgir une troisième qui n'aura pas d’opinion tranchée.

Laquelle sera la bonne? Les républicains ne voudront pas du curé choisi par les monarchistes, et réciproquement; y aura-t-il deux, trois curés ? À qui attribuera-t-on les monuments destinés au culte? Pourquoi plutôt à l'association cultuelle de droite qu’à celle de gauche ? Vous comprenez les conflits, les imbroglios, et, aux termes des projets, l’évêque devra demeurer impassible et impuissant. C'est l'anéantissement de toute hiérarchie, c’est la destruction de l'autorité nécessaire, c’est le schisme!

En outre de ce grave inconvénient, le clergé perdra son titre officiel, son droit de préséance dans les cérémonies publiques, et la perte de ce caractère officiel n’est point chose négligeable.

Du côté de l'État, on peut être certain que, dans plusieurs départements, en touchant aux églises, on va allumer la guerre civile. Dans le Morbihan, par exemple, il ne faut pas se dissimuler le péril; si la séparation est oppressive et brutale, ce sera la révolte ; déjà, au moment des expulsions, nous avons eu dans ce diocèse quarante-huit sièges faits, non pas par des agents, mais par l’armée; et, s’il n’y a pas eu effusion de sang, c’est à la sagesse et à la modération du clergé qu’on le doit, car la population était très surexcitée et prête à tout.

— Vous me parlez, monseigneur, de la sagesse et de la modération de votre clergé ; je le croyais, au contraire, en complète insurrection contre le gouvernement ?

— Oui et non, le clergé de mon diocèse est, au contraire, peut-être celui qui serait le plus attaché au régime républicain; mais il est jaloux de conserver l'autorité morale qu'il a sur les diocésains; cette autorité, on voudrait la lui faire abandonner, il se fâche et il n’a pas tort. Savez-vous la cause de ce que vous appelez l'insurrection du clergé du Morbihan ? La voici :

Ne s’est-on pas imaginé en haut lieu d'interdire à mes prêtres de faire leurs sermons et leurs instructions en langue bretonne et de leur imposer de parler uniquement français. Or, dans les campagnes, les trois quarts des popula-

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