UN AMENDEMENT MALHEUREUX
cons informes et à régler leur vie sur un arbitraire géographique.
Mais prenons les deux groupes les plus importants, le groupe luthérien et le groupe réformé. L'État ne peut contester que l’organisation synodale ne leur soit nécessaire et qu'elle ne soit légitime. C’est lui-même qui l’a donnée, après les événements de 1870, aux Églises de la confession d’Augsbourg. C’est lui-même qui a convoqué le synode réformé de 1872. Enfin, en ce qui concerne les Églises réformées, la légitimité de ce régime a été proclamée de la manière la plus expresse par le conseil d’État dans l’avis des 13 et 15 novembre 1873. (1) Ce qui est indispensable avec le Concordat ne peut que l'être encore plus après sa disparition.
Sans doute le groupement régional est un peu moins mauvais que le groupement départemental. Mais les objections que l’on devait diriger contre l’un valent encore contre l’autre, et elles ont exactement la même force, Les géographes ne peuvent rien contre ce fait que la répartition des protestants dans les diverses régions est très inégale. Ils n’empêcheront pas, malgré les découpages administratifs les plus savants, le protestantisme du Nord-Ouest, par exemple, d’être numériquement très inférieur à celui du Midi. Et je répète ce que j'écrivais il y a huit jours ; ce sont les faibles qui seront sacrifiés, tandis que les forts auront Pexistence assurée; ce sont les faibles qui pâtiront de la peur qui paraît hanter tant de nos concitoyens : la peur de la liberté.
Portalis, dont l'autorité doit être grande à la direction
(1) Voir aux Annexes les considérants de cet avis,
Raoul Allier:
des cultes, a formulé la vérité qui domine tout en ces matières : « Quand une religion est admise, on admet, par raison de conséquence, les principes et les règles d’après lesquels elle se gouverne. » Il est loisible à un gouvernement d'oublier cette vérité. Il est loisible à une assemblée délibérante de ne pas s’en souvenir plus que lui. Mais gouvernement et assemblée s’aperçoivent tôt ou tard qu'on ne marche pas contre l’histoire.
On verra peut-être un Parlement, sous la dictée des passions, biffer l’organisation historique des Églises protestantes. Mais on ferait alors l'expérience que ces Églises ne renonceront pas à ce qu’on veut leur enlever. Elles s’inclineront devant la loi. Mais elles ne cesseront jamais de réclamer la correction d’une loi mauvaise. Elles élèveront cette protestation et cette requête à tout propos et en toute circonstance. Elles ne laisseront pas prescrire leur droit. Et l’on ne saisit pas l'intérêt politique qu’il peut y avoir à ce qu'une question aussi délicate se présente, en certains départements, à chaque élection. Un gouvernement républicain évitera sûrement cette faute.