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Lefas. Ibid., p

LE PRÊTRE HORS LA LOI

œuvres du passé, comme on respecte les vieilles croix et les anciens calvaires ; mais lorsque le temps aura fait son œuvre et que, vermoulues, elles seront tombées, il sera interdit de les relever, de les renouveler. C’est la suppression de l’Église par extinction. 11 faut avouer que nos persécuteurs

modernes ont (ait de grands progrès sur les anciens persécuteurs, leurs devanciers. Ceux-ci attaquaient l’Église brutalement et c’est dans le sang des martyrs, ruisselant dans l’arène du cirque ou sur l’échafaud, qu’ils voulaient la noyer. L’expérience des siècles a prouvé qu’ils s’étaient trompés et que ce sang répandu était une merveilleuse

semence de chrétiens. Plus avisés, les politiques du bloc essaient de cette mort lente et insensible qui vient de la paralysie; toute leur loi a pour but, même dans ses plus insignifiantes prescriptions, de faire pénétrer dans le catholicisme cet engourdissement fatal qui le conduirait sûrement à la mort.

Aux catholiques de voir s’ils veulent laisser tarir en eux la vie divine; aux libéraux de décider s’ils veulent permettre à une secte obscure d’interdire au christianisme le libre épanouissement de la vie en mettant l’Église hors la loi I

CONCLUSION

Sommaire. — Plus de garanties à la liberté religieuse. — Appel au peuple. — Les élections et la Séparation. — La Séparation, plateforme des élections prochaines. — Pas de divergences entre adversaires de la Séparation! — Eclai rer les électeurs, démasquer le Bloc. — Révision de la loi ou son abrogation. — Projets encore plus odieux de la maçonnerie. — L’enjeu des prochaines élections.

Avec ses tyrannies et ses usurpations, la loi de Séparation ne laisse subsister que de bien faibles libertés; mais même ainsi réduites, ces libertés ne nous sont pas assurées, puisque rien ne les garantit contre les caprices des majorités parlementaires. Il n’en serait pas ainsi aux États-Unis où la Constitution fédérale interdit aux Chambres de légiférer sur les questions religieuses, et où toute loi votée contre la liberté d’un culte serait nulle de plein droit, comme contraire à la Constitution. 11 n’en était pas ainsi avec le Concordat ; car c’était un contrat signé entre l’Église et l’État, qui réglait les rapports de ces deux puissances ; et ces rapports devaient rester les mêmes tant que la volonté des deux parties ne l’avait pas modifié. A défaut de ces garanties fournies soit par la Cons-

CONCLUSION

titution soit par un traité, que subsiste-t-il ? Un protestant éminent, M. Jalabert, a répondu en termes précis à cette question : « Il subsiste le pouvoir souverain de l’Etat, et, dans un pays constitutionnel, la volonté du Parlement se traduisant par une loi sur la police des cultes. 11 n’existe plus

aucune garantie pour l’Eglise qui n’est pas appelée aux délibérations; tout dépend des dispositions des membres de la majorité. Les mesures les plus arbitraires, les plus tyranniques peuvent être prises ; il n’y a aucun recours légal contre elles. »

11 en reste un cependant : c’est le recours au peuple exprimant sa volonté aux élections générales. Il appartient, dès lors, aux catholiques de répéter la formule qui garantissait jadis contre toute condamnation arbitraire la liberté des citoyens romains : populum appello!

Nous n’ignorons pas combien ce recours est précaire. Une institution telle que l’Eglise ne devrait pas être à la merci d’une consultation populaire périodique; qu’adviendrait-il de ses œuvres, de son apostolat, de sa vie même, si, tous les quatre ans, les élections générales devaient les mettre en * question? D’ailleurs, appartient-il au peuple, même souverain, de limiter et de supprimer la liberté de conscience et de porter ainsi atteinte à l’un des droits essentiels de l’homme et du citoyen ?

Toutefois, puisque les élections générales qui auront lieu au mois de mai prochain permettront

aux libéraux de poser devant l’opinion publique la question de la Séparation, c’est un devoir de le faire. Lorsque la loi a été discutée, ils ont réclamé à son sujet une grande consultation nationale. Ils l’auront alors; car le Bloc ne pourra plus la leur refuser 1 Elle sera plus importante que le referendum municipal demandé, au mois de mars dernier, par l’opposition; car elle apportera avec elle sa sanction et permettra au peuple de renvoyer ses représentants infidèles! Depuis trois ans, les catholiques déclarent qu’en préparant la Séparation, le Parlement trahit le mandat qui lui a été donné; le moment est venu de prouver cette affirmation en sollicitant des électeurs une réponse nette et énergique sur cette question. Le moment est venu de dénoncer à leur indignation ceux qui ont voté la loi, malgré leurs promesses antérieures, et de recommander à leurs suffrages ceux qui l’ont repoussée. ■

Dans plusieurs diocèses, les évêques demandent à propos de la Séparation, une profession de foi à tous les catholiques; ils leur ordonnent de déclarer si oui ou non ils veulent garder la religion de leurs pères; si oui ou non ils veulent conserver l’église paroissiale, le culte et ses ministres ; si oui ou non ils veulent que la messe continue à se célébrer, et que les sacrements soient administrés, si oui ou non ils entendent répudier toute velléité de schisme et rester en union parfaite avec la hiérarchie ca-

CONCLUSION

tholique et l’Eglise romaine. Les élections générales étendront à toute la France cette solennelle prolession de loi. C’est vraiment alors que les catholiques seront appelés à affirmer leur inébranlable attachement à leur religion; et ils le feront d’une manière pratique et efficace, puisque leur vote chrétien sera en meme temps la condamnation des députés sectaires, et que, leur acte de foi portera à la franc-maçonnerie et au Ifioc un coup décisif.

Sans doute, les questions les plus complexes se posent au pays pendant une période électorale. Ce n’est pas sur un article déterminé, que les citoyens sont appelés à se prononcer, c’est, sur tout un

programme politique, économique et social. Mais dans les circonstances présentes, la question de la Stpai ation est toute la politique du Bloc. Les partis qui le composent ont fait taire leurs divergences, contre 1 Eglise, les bourgeois du radicalisme et les ouvriers du communisme ont marché la main dans la main, faisant trêve à la lutte des classes ; pour mieux la combattre, on a ajourné toutes les réformes depuis longtemps promises au pays, et l’on s’est appliqué, toutes autres affaires cessantes, a la grande affaire : l’asservissement du catholicisme, (/est avec une seule oeuvre mais une œuvre de la plus haute importance. Je vote de la Séparation, que le Bloc.se présentera devant le pays.

Une telle attitude dicte aux libéraux et aux ca-

tholiques leur devoir. Sans oublier les grandes réformes qu’attend la nation, sans perdre de vue les graves intérêts économiques et sociaux de la patrie, ils de\rront faire porter sur la question de la Séparation tout l’effort de leur propagande et de leur action. Ils devront montrer aux électeurs que, malgré tous les sophismes et toutes les hypocrisies, c’est la vie de la religion qui est en jeu et qu’il s’agit de savoir, en dernière analyse, si la France doit oui ou non rester catholique. Ils devront montrer que le moment est venu de choisir entre la vieille morale chrétienne qui enseigne le renoncement de l’individu, la charité, l’abnégation, le respect de la famille, de la patrie, de la propriété, de l’armée, l’amour des humbles et des malheureux, et la morale laïque, que prêche la maçonnerie matérialiste, et qui enseigne la jouissance à tout prix, l’union libre et la destruction de la famille, l’internationalisme et la destruction de la patrie, le communisme et la destruction de la propriété, la haine de Dieu, l’ecrasement des faibles par les forts dans la lutte pour la vie!

La question mérite bien d’être posée devant le pays; à elle seule, elle est tout un programme; car elle porte en elle les destinées politiques, économiques et sociales de la France.

Dès lors, libéraux et catholiques feront cesser, eux aussi, toutes les divergences qui pourraient semer la désunion dans leurs rangs; et ils éprouveront

CONCLUSION

a un signe infaillible les candidats qui solliciteront leurs su 11 rages. Ils demanderont aux députés sortants s ils ont vote à la Chambre pour ou contre la Séparation ; ils demanderont aux nouoeaux candidats si, une fols élus, ils voteraient pour ou contre la Séparation. Ils refuseront énergiquement leurs bulletins à quiconque se déclarera séparatiste, et le donneront à quiconque, hostile à la séparation maçonnique, se rangera, par le fait, parmi les défenseurs de la liberté religieuse! Ils réserveront une indignation toute particulière pour ces pseudo-modérés qui, élus pour maintenir le Concordat, ont trahi leur mandat et ont voté la Séparation, parce que, placés entre le vœu de leurs électeurs et les ordres de la franc-maçonnerie, ils ont.' mieux aimé obéir à cette secte occulte et ténébreuse qu'à leurs commettants! Il 11e faut plus qu’on voie les pays les plus religieux représentés par les ennemis de l’Église, les chrétiennes populations de l’Aveyron votant pour MM. Lacombe et Maruéjouls, la catholique Savoie pour les Chambon, les David et les Berthet!

Nos adversaires continueront à maintenir dans le pays l’équivoque dont ils ont vécu jusqu’ici. Répétant fidèlement les leçons que M. Briand leur a apprises, ils iront assurant partout que la Séparation est une œuvre de libération religieuse, que tout en défendant les droits imprescriptibles du pouvoir civil, elle respecte ceux de la conscience

chrétienne. Profitant des habiles tempéraments qui ont été apportés à la loi par les politiques du Bloc, ils montreront les églises ouvertes, le culte

toujours célébré, le prêtre occupant son presbytère comme par le passé et recevant de l’Etat, à défaut

de traitement, une pension. Ils diront que rien n’est changé, que la religion se pratiquera dans l’avenir comme par le passé et ils traiteront de menteurs les esprits clairvoyants qui dénoncent la persécution.

Aux catholiques et aux libéraux sincères de démasquer ces déclarations trompeuses et de montrer tous les attentats que commet la loi de Séparation, les pièges, encore plus dangereux, qu’elle dissimule! Ils le feront par ces conférences dont l’électeur français est si avide, par les millions de voix de la presse; par les petits tracts dont la rédaction sobre et nette pénètre si profondément toutes les intelligences.

Rien ne sert de récriminer si l’on n’est pas capable d’opposer . aux maux que l’on dénonce les remèdes, aux abus de la force les revendications du droit* Il ne suffira donc pas de flétrir les vols, les usurpations, les tyrannies du projet de Séparation. Il faudra en demander l’abrogation ou tout au moius la révision, après entente avec le Saint- Siège. Il faudra réclamer hautement pour l’Église le droit à la vie et par conséquent la faculté de négocier avec le pouvoir civil, les libertés qui sont

CONCLUSION

nécessaires à son existence. p]n votant la loi avant le 1er janvier, pour la mettre en vigueur avant les élections, nos adversaires ont voulu placer le pays devant un fait accompli. Catholiques et libéraux, prouvons-leur par une énergique résistance que le droit ne se prescrit jamais, que contre lui, il n’y a pas de fait accompli et que le premier devoir du citoyen, devoir urgent et impérieux, est d’exiger l’abrogation ou la révision de toute législation contraire à la justice et à la liberté!

C’est d’autant plus nécessaire que, vainqueurs aux élections prochaines, nos adversaires commettront de nouveaux excès.

Le texte qui l’a emporté à la Chambre et qui

sera voté au Sénat n’est, pour la franc-maçonnerie parlementaire, qu’une formule transitoire, atténuée par opportunisme mais susceptible d’amendements et de transformations profondes. C’est ce

que déclarait un des membres les plus fanatiques du Bloc, M. Bepmale, député de la Haute-Garonne.

<( Aous voterons la loi, disait-il, parce que nous la considérons comme une loi provisoire , destinée à marquer une étape nécessaire dans la marche de la laïcisation intégrale L » M. Briand lui-même avait

1. Séance du 3 juillet 1905. J. 0. Chambre, p. 2690. M. Bepmale parlait ainsi au nom de MM. Gouzy (Tarn), Lafferre (Hérault), Chanoz (Isère), Guingand (Loiret), ITubbard (Basses-Alpes), Rajon (Isère). Albert Tournier (Ariège), Féron (Seine), Paul Vigné (Hérault), Chenavaz (Isère), Baudon (Oise), Raymond Leygue (Haute-Garonne), Debaune (Cher),

suggéré cette attitude lorsqu’il avait rappelé qu’en votant cette loi, les députés n’engageaient qu’euxmêmes et que leurs successeurs pourraient modifier, comme ils l’entendraient, le régime de la. Séparation. C’est d’ailleurs ce que répétait M. Combes lorsque, dans son discours de Lyon, il annonçait, avant le vote de la loi, que la prochaine législature l’aggraverait.

Les propositions brutales qu’au dire de M. Briand, la majorité actuelle ne pouvait pas adopter, on les présentera à la Chambre prochaine, si la maçonnerie y est toute-puissante, et dans un an, nous pourrons nous trouver en face d’une Séparation beaucoup plus tyrannique et beaucoup plus odieuse encore que celle qui nous est imposée aujourd’hui.

A la suite de MM. Allard, Bouveri, Dejeante, Coûtant et Sembat les énergumènes de l’extrême gauche exigeront la profanation immédiate et universelle des églises, la confiscation sur l’heure des biens ecclésiastiques. Avec l’assentiment de M. Briand, qui « ne faisait aucune objection de fond à cette proposition », M. Constans réclamera

Bussière (Corrèze) Ferrier (Drôme), Buyat (Isère), Brunard (Rhône), Casimir Lesage (Cher), Massé (Nièvre), Thierry- Gazes (Gers), Godet (Vienne), .Fiqnet (Somme), Pujade (Pyrénées Orientales), Sarraut et Sauzède (Aude), Beauquier (Doubs), Levraud (Seine), Vacherie (Haute-Vienne), Cornet (Yonne), Tiphaine (Indre-et-Loire), Pajot (Cher), Antoine Gras (Drôme), Lucien Bertrand (Drôme).

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