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1er (les faits sérieux, puisque, à sa suite, il enleva au prélat incriminé une partie de ses pouvoirs. Des négociations furent engagées entre la curie et le gouvernement pour que Pévêque de Laval abandonnât son siège et acceptât une pension de retraite. Elles semblaient en bonne voie lorsque le cabinet W aldeck-Rousseau lit place au ministère Combes. Le nouveau Président du conseil se lit le protecteur des évêques discutés, non qu’il les crut innocents des imputations dont ils étaient 1 objet — plus tard, dans une séance mémorable, il devait, malgré son âge et sa situation, cribler d’ignobles sous-entendus la conduite de l’évêque de Laval *, mais parce que, en prolongeant, ces douloureuses difficultés, il perpétuait le scandale dans l’Église, le désarroi dans deux diocèses. Il a liée ta de considérer ces deux prélats comme deux victimes persécutées pour leurs sentiments républicains et se refusa à leur sujet à toute conversation diplomatique avec le Saint-Siège. Cependant, heureux d’une protection qui était leur propre condamnation, les deux évêques se refusaient à toute explication et se laissaient aller aux démarches les plus inconsidérées 2.
t. Discours de M. Combes, à la Chambre des députés. Séance du 22 octobre 1904.
2. Le dossier des affaires do Laval et de Dijon (24 documents officiels) a été publié dans 1 ’Osservalore Romano du o août 4904, et reproduit dans les Questions actuelles du 13 août 1904.
Conscient de ses devoirs, scrupuleux défenseur du bon renom de ? épiscopat, Pie X s émut d une situation qui avait préoccupé les derniers jours de Léon XIII, et lorsqu’il eut la certitude que l’obstruction intéressée de M. Combes arrêterait tout moyen de la résoudre à l’amiable, il se décida à user de ses seules forces. xYprès avoir suspendu l’évêque de Dijon de son pouvoir d’ordonner et aggravé les restrictions apportées à la juridiction de celui de Laval, il invita ces deux prélats à venir se justifier à Rome de toutes les accusations portées contre eux. Alléguant les Articles Oiganiques, le gouvernement leur ordonna de rester dans leurs diocèses et, placés entre ces deux ordres contradictoires, les deux évêques réservèrent d’abord . toute leur soumission pour M. Combes et refusèrent de partir. Mais bientôt, revenant à de meilleurs sentiments, ils prenaient le chemin du Vatican, déjouant toutes les espérances qu’un gouvernement maçonnique avait placées sur leur révolte manquée. Ils firent mieux encore : soucieux d’éviter soit le scandale d’un procès, soit une condamnation pontificale, ils remirent entre les mains du pape leur démission d’évêques.
Leur disparition mettait fin, de la manière la plus simple, à tous les scandales et il semblait qu’avec deux nouveaux évêques, choisis en vertu du Concordat [parole gouvernement et le pape, l’ordre et la paix allaient enfin renaître dans
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les malheureux diocèses de Dijon et de Laval.
Ce fut alors au contraire que les plus grandes difficultés commencèrent. Déçu dans toutes les espérances qu'il avait placées sur les deux prélats démissionnaires, M. Combes tourna sa colère contre le Saint-Siège et l’accusa d’avoir, en toute cette affaire, violé le Concordat. Il l’avait violé, disait-il, en communiquant sans l’intermédiaire du gouvernement avec deux évêques et en les convoquant devant les congrégations romaines, même après la défense que leur avait faite le ministre de quitter leurs diocèses. — Il était facile de répondre que les articles que l’on prétendait ainsi violés, se trouvaient, non dans le Concordat, mais dans les Articles Organiques qu’aucun pape n’avait signés et que l’Lglise ne reconnaissait pas. Que si, en venant à Rome, les évêques avaient violé dans les Articles Organiques une loi française, on devait en demander raison à leur qualité de citoyens français, devant leur soumission aux lois françaises, et non à leur qualité d’évêques pour lesquels les Articles Organiques restaient sans valeur concordataire.
M. Combes alla plus loin ; il accusa le pape d’avoir lui-même violé le Concordat en exigeant la démission de deux évêques qui, nommés par l’accord du pouvoir civil et du pouvoir religieux, ne pouvaient, disait-il, quitter leurs fonctions qu’avec le commun assentiment de ces deux puissances. —
Mais il était facile de répondre qu’il n’appartient a
aucune puissance ni à aucun Concordat de maintenir de force les fonctions épiscopales à qui ne veut plus les remplir et que la faculté de s’en démettre fait partie des droits imprescriptibles de la liberté individuelle. Où a-t-on jamais vu un évêque, obli¬
gatoirement évêque en vertu d une loi?
Sans doute, répliquait M. Combes ; mais la démission de Mgr Geay et de Mgr Le Nordez n’avait été obtenue que par la menace d un procès canonique en cour de Rome; en réalité, c’était une déposition déguisée et ainsi le pape défaisait seul une dignité qui était née de la coopération des deux pouvoirs. Mais en raisonnant ainsi, M. Combes oubliait
Lun des articles du Concordat, le troisième. « Sa Sainteté, dit-il, déclare aux titulaires des évêchés français qu’elle attend d’eux avec une ferme confiance. pour le bien de la paix et de 1 unité, toute espèce de sacrifices, même celui de leurs sièges. D’après cette exhortation, s’ils se refusaient a ce sacrifice commandé par le bien de l’Église (refus néanmoins auquel Sa Sainteté ne s’attend pas), il sera pourvu par de nouveaux titulaires au gouvernement des évêchés. » Par là, le pape se voyait reconnaître précisément ce droit d’exiger, pour le bien de l’Église dont il est seul juge, des démissions épiscopales et même de passer outre, et par conséquent de déposer, en cas de refus. En vertu de cet article, le Premier Consul obligea le pape
d’user d’une manière vraiment exceptionnelle de ce droit, quand il lui fit demander, en 1801, la démission collective de tout l’épiscopat français. M. Combes n’aurait pas dû l’oublier.
Il eut mieux valu sans doute qu’au lieu de ces démissions, en quelque sorte forcées, le gouvernement et le Saint-Siège eussent procédé d’un commun accord à la déposition de ces deux évêques. Mais à qui la faute, si une pareille procédure a été impossible? au Saint-Siège qui avait déjà entamé des négociations avec M. Waldeck-Rousseau? ou à M. Combes qui, sans entendre la moindre raison, s’était fait le protecteur de ces deux prélats, pour impliquer l’Fglise dans des difficultés inextricables?
Au-dessus de toutes ces arguties plane le grand principe, proclamé par l’article 1er du Concordat, que « la religion catholique, apostolique et romaine doit être librement exercée en France. » Or
il n’y a pas de religion catholique, apostolique et romaine, sans la juridiction du pape sur les évêques; la religion catholique, apostolique et romaine ne s’exerce pas librement dans un pays lorsqu’un pouvoir quelconque met obstacle a cette juridiction ; et M. Combes violait l’article fondamental du Concordat lorsqu’il avait la prétention, en vertu des Articles Organiques, de soustraire les évêques de Dijon et de Laval à la juridiction du pape. C’était donc lui et non Die X
qui, de propos délibéré, dénonçait le Concordat.
Même parmi les radicaux du Bloc, quiconque a eu de la franchise n’a pas hésité à le reconnaître. C’est le cas de M. Clémenceau — un ennemi de l’Église cependant, — qui écrivait, le 21 juillet 1904, dans Y Aurore : « Quoi de plus conforme à la nature des choses que de reconnaître au pape le droit de discipline religieuse sur ses évêques? Si un évêque dit sa messe de travers, ce ne peut pas être à M. Combes que revient l’office de le reprendre. MM. Geay et Le Nordez sont peut-être les plus braves gens du monde ; il se peut aussi qu’ils soient en même temps de déplorables évêques. Où le chef du pouvoir exécutif de la République irançaise puiserait-il 1 autorité dogmatique indispensable pour prononcer en la matière? J ai exercé mes pouvoirs de discipline religieuse, dit le pape, et je continuerai, quoi qu’on fasse, d’exercer cette attribution primordiale de mon ministère. En conscience je ne puis lui donnei toit. )) Dans Y Action un autre sectaire, M. Beauquier, député du [Doubs, écrivait avec autant de franchise que de bon sens : « Personne ne saurait sérieusement contester que le chef de l’Église n’ait un pouvoir disciplinaire sur les évêques et qu’il ne puisse les punir ou les déposer, s’ils ont commis des fautes graves dans leur conduite Ou s’ils professent ouvertement des hérésies. Ni M. Combes, ni M. Dumay, le préposé aux cultes, ne peuvent avoir la
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prétention de s’ériger, au point de vue moral ou dogmatique, en censeurs de P épiscopat. »
M. Combes le savait bien lui-même; il n’était pas assez infatué de lui pour s’imaginer que l’ancien séminariste de Pons pût s’ériger en « censeur de l’épiscopat. » Mais à deux reprises déjà, à propos du voyage de M. Loubet en Italie et de la nomination des évêques, il avait vu s’évanouir les prétextes de rupture avec le Vatican. Une troisième fois, il en avait un : il s’agissait, avant tout, de ne pas le laisser échapper. Et voilà pourquoi, malgré toute justice, en dépit du plus simple bon sens, il somma le pape d’avoir à réintégrer sur leurs sièges les évêques démissionnaires et sur son refus, envoya au nonce ses passeports et déclara la guerre à l’Eglise.
Cette indignation hypocrite n’a trompé personne. Dans une séance mémorable de la Chambre, M. Ribot l’a marquée d’un mot que rien n’effacera : « C’est un mensonge historique! » et dans une autre séance, il a flétri, en termes éloquents, la brutalité avec laquelle le Président du Conseil s’est acharné contre une puissance désarmée : « M. Combes a demande au ministre des affaires étrangères d’adresser au Saint Père un de ces ultimatums qu’on n’envoie à personne, pas même à la plus petite puissance de l’univers, mais qu’on envoie au Saint- Siège, parce qu’il n'est qu’une autorité morale, la plus haute qui soit dans le monde, et qu’il n’y a
probablement pas de ménagements à garder' avec le chef de la catholicité, le chef spirituel d'un grand nombre de nos concitoyens b »
On ne saurait mieux dire que dans cette rupture le mensonge se doublait d'une lachete.
Ainsi préparés et brutalement exécutés, le rappel de l’ambassadeur et le renvoi du nonce étaient dans le plan maçonnique les moyens indispensables qui devaient conduire le pays à la séparation. Il suffit pour s’en convaincre, de recueillir les aveux de ceux-là mêmes qui ont élaboré le programme dont M. Combes était 1 exécuteui . « A chaque jour suffit sa peine, disait M. Briand. Aujourd'hui le rappel de V ambassadeur, demain la suppression du crédit, après-demain , c est-à-dii e à très brève échéance , la dénonciation du Concordat et la séparation de l’Église et de l État . » « Voila qui est fait, disait de son coté IM. de 1 1 ossensé, avec une satisfaction non dissimulée. Le îideau tombe sur le second acte de la tragi-comédie du Concordat : le nonce reçoit ses passeports. Le premier acte avait été le rappel de 1 ambassadeui . Le troisième et le dernier, ce sera, avec la dénonciation du Concordat et la suppression du budget des cultes, le vote de la loi organique nouvelle. » Et M. Clémenceau proclamait, avec la dure franchise dont il est coutumier : « La rupture des relations