‹ La séparation et les électionsChapitre 17 sur 146 · PR 0 V OC AT IONS M AÇO N N I U U E S · texte numérisé non relu

PR 0 V OC AT IONS M AÇO N N I U U E S

en quelque sorte, la suppression du pouvoir temporel en venant visiter le roi d'Italie dans sa capitale usurpée. Pour des raisons différentes, les souverains catholiques avaient répondu à ce vœu ; les uns ne pouvant pas se résigner à la dépossession de leur chef spirituel; les autres se contentant d’observer une stricte neutralité entre le Vatican et le Quirinal, et ne voulant rien faire qui put les incliner d’un coté ou de l’autre; tous témoignant le plus grand respect à la majesté désarmée et à la puissance morale du Souverain Pontife.

Aussi, fut-ce avec stupeur que l’on apprit au Vatican, en 1902, que le roi d’Italie irait à Paris et que le Président de la République française lui rendrait sa visite à Rome. Pour la première fois depuis 1870, un chef d’état catholique, lié au Saint-Siège par un traité solennel, allait, par sa présence à Rome, sanctionner l’usurpation du 20 septembre. A toutes les raisons de convenance qui auraient du empêcher ce voyage, M. Combes opposa la nécessité d’affirmer aux yeux de l’Europe, par une démarche aussi importante, l’entente cordiale qui venait de se rétablir entre la France et l’Italie; et devant le Parlement, il affecta la plus grande indignation à la pensée que les protestations surannées du Vatican pussent influer sur la diplomatie française. M. Loubet partit pour Rome, et sa présence au Quirinal donna à la franc-maçonnerie italienne l’occasion de pousser en même

temps des cris de haine contre la papauté et des acclamations en Fhonneur de M. Combes. Le voyage du Président se réduisait à une vulgaire

manifestation anticléricale .

Fidèle à sa politique, le Saint-Siège avait protesté d’avance contre une démarche qui était une insulte gratuite à son adresse, et ii avait fait sa\ oii à M. Loubet que, bote du Quirinal, il ne pourrait être reçu au Vatican. Puis, lorsque 1 affront fut un fait accompli, il envoya une note diplomatique a toutes les puissances pour le leur signaler et protester contre le gouvernement qui le lui avait infligé. Les puissances donnèrent acte de cette communication, que le Saint-Siège était en dioit de leur faire, et l’incident sembla clos.

Auprès de la France, comme auprès des puissances, le pape s’était contenté d une protestation platonique. Il n’avait pas rappelé le nonce de Paris et ne s’était laissé aller a aucune représaille.

Tout à coup, une indiscrétion permit à la Petite République française de publier le texte de la note confidentielle remise par la curie aux gouvernements; et aussitôt, ce fut dans tous les journaux acquis au Bloc et a la lranc-maçonnerie une explosion d’indignation contre la protestation pontificale. On en exagéra a dessein les termes, on affecta de croire que M. Loubet avait été insulté et on somma le gouvernement de demander au Saint-Siège des excuses, sous peine

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de rupture. Les excuses ne furent pas faites et notre ambassadeur auprès du Vatican fut rappelé.

Le voyage de M. Loubet avait été le résultat d'une intrigue maçonnique. Ceux qui Lavaient décidé pensaient moins à honorer le roi d’Italie qu’à sou fileter la papauté et provoquer ainsi avec le Vatican un conllit depuis longtemps désiré. Vous en trouvons la preuve dans ces paroles que prononçait, au mois d’avril 1904, à la loge Etienne Dolet d’Orléans, l’un des dignitaires du Grand Orient, le F.*. Level, membre du Conseil de l’Ordre : « Nous devons entrevoir les conséquences de cette visite du chef de VÉtat à Haine. C'est la séparation des Églises et de l'État... Les loges du Grand Orient peuvent revendiquer à juste titre leur part dans un tel résultat. Elles y ont puissamment contribué 1 ».

Ce furent encore les ennemis de l’Eglise qui publièrent la note pontificale. La Petite République Française la reçut de M. Jaurès et lui-même la tenait d’un prince qui s’était déjà fait connaître par son intimité avecM. Waldeck-Rousseau, la part que, malgré sa qualité d’étranger, il avait prise à l’affaire Dreyfus, et ses relations avec le monde du Bloc, le prince de Monaco. Si un journal socia-

1. Compte-rendu des travaux du Grand Orient du /er janvier au 30 juin 1904, p. 105.

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liste se décida ainsi à jeter dans la publicité un document, par sa nature confidentiel, ce fut pour aviver la querelle et rendre plus difficile encore la paix entre la France et le Saint-Siège. Et c’est là une nouvelle preuve que le Bloc maçonnique faisait naître et cultivait soigneusement les difficultés qui pouvaient amener une rupture entre le gouvernement français et le Vatican.

Querelle d’Allemand encore que la controverse sur le choix des é\reques! L’article 5 du Concordat stipule que la nomination aux évêchés vacants est faite par le gouvernement et l’institution canonique donnée par le Saint-Siège. Le pouvoir religieux et le pouvoir ci\dl participent ainsi, chacun avec une entière liberté, au recrutement de l’épiscopat, puisque rien ne limite le droit de nomination de l’État, le droit d’institution du pape. Si donc l’une des deux autorités essaie d’imposer à l’autre ses candidats, en arrêtant de parti-pris toute nomination ou toute institution canonique, le Concordat est violé dans son esprit comme dans sa teneur, et cette convention qui demande a l’État et a 1 Église des concessions réciproques devient lettre morte.

Ces principes posés, il est lacile de peser, dans la question des évêchés vacants, les responsabilités respectives du gouvernement et du Saint-Siège. Sous le ministère Waldeck-Rousseau, plusieurs sièges épiscopaux avaient perdu leurs titulaires. Des négociations s’engagèrent pour de nouveaux

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choix, et le pape n’eut pas de peine à démontrer que certains candidats proposés par le gouvernement 11e présentaient pas les qualités requises pour l’épiscopat. Quoique peu suspect de faiblesse envers le Vatican, le ministère avait renoncé à ces candidatures et les pourparlers allaient se poursuivre sur d’autres noms lorsque M. Waldeck-Rousscau fut remplacé à la présidence du Conseil par M. Combes.

Le premier acte du nouveau ministre fut de représenter à la curie les noms qui, d’un commun accord, venaient d’être écartés par le nonce et le cabinet précédent. Il déclara que pour les évêchés auxquels il les nommait, il n’accepterait jamais d’autres candidats et pour bien affirmer le caractère irrévocable de sa décision, il proclama du haut de la tribune parlementaire les noms des prêtres que le Vatican refusait d’agréer.

Cette attitude était incorrecte. M. Combes reprenait la parole que le cabinet précédent avait donnée au Saint-Siège, au nom de la France, et faisait ainsi douter de notre loyauté diplomatique. Au cours d’une négociation, il lançait dans la publicité des noms qui deAuiient rester confidentiels. Une pareille arrogance était une provocation nettement préméditée.

Il voulut l’accentuer encore par une usurpation.

En droit strict, le gouvernement pouvait nommer ses candidats et même faire figurer leurs noms au

Journal Officiel ; mais le droit d’institution étant lui aussi absolu, le pape pouvait refuser des candidats ainsi proclamés. Qui ne voit dès lors les inconvénients qu’aurait eus une pareille procédure, légale sans doute, mais inapplicable, puisqu’elle aurait couvert de confusion des prêtres proposés par l’autorité civile mais écartés par l’autorité religieuse et que, d’autre part, elle aurait étalé au grand jour des difficultés que la diplomatie devait résoudre? Aussi le gouvernement français et le Saint-Siège avaient-ils jusque-là reconnu la nécessité de ne livrer à la publicité que les noms sur lesquels l’entente s’était faite entre eux et, avant de nommer officiellement des évêques, le gouvernement s’assurait que ses candidats étaient agréés à Rome et que l’investiture canonique ne leur serait pas refusée. C’était l’entente préalable .

M. Combes émit la prétention de la supprimer; ce qui était à la rigueur son droit, mais ce qui marquait aussi de sa part le désir de tendre de plus en plus ses relations avec le Vatican. Par contie, ce qui était absolument illégitime, c était de limiter le droit d’investiture que le Concordat reconnaît catégoriquement au pape. C’est cependant ce que M. Combes prétendit faire en exigeant que le Saint- Siège donnât ses raisons, lorsqu’il refusait un des noms proposés et qu’elles fussent uniquement tirées de la foi ou des mœurs du candidat. C’était impos¬

sible ; car tout en n’ayant pas les qualités intellec-

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tuelles ou morales requises pour l'épiscopat, un prêtre peut être irréprochable dans sa foi et dans ses mœurs. Aussi le Vatican rejeta-t-il cette nouvelle prétention, comme dangereuse et contraire

au Concordat.

M. Combes en émit une nouvelle encore plus étrange. Il voulut imposer au pape l'acceptation en 1)1 oc de tous ses candidats, meme de ceux que le cabinet précédent avait écartés, et il déclara que, tant qu'ils ne seraient pas agréés, le gouvernement 11e ferait aucune nomination aux évêchés qui pourraient dans la suite devenir vacants. A cette intransigeance, le Saint-Siège opposa l’attitude la plus conciliante. Pour mieux circonscrire le débat, il demanda que l’on proclamât et que l'on intronisât les candidats sur lesquels l'accord s’était fait entre les deux pouvoirs et que l'on continuât à

négocier pour les autres. M. Combes opposa à cette proposition une fin de non-recevoir et se refusant a toute nouvelle négociation, il déclara au Vatican une grèATe d'une nature jusqu'alors inconnue, la grève clés nominations épiscopales. Par le fait de cette farouche intransigeance, l’article 0 du Concordat ne fonctionnait plus et le recrutement de l’épiscopat était arrêté.

Malgré ce trouble profond apporté au Concordat, le pape ne fit. rien pour le dénoncer. Il se résigna à voir l’Église de France décimée de plus en plus, à mesure que la mort faisait dans les

évêchés des vides que le mauvais vouloir du gouvernement empochait de combler .

L'occasion longtemps cherchée., que la longanimité du Saint-Siège retardait toujours, M. Combes la trouva enfin avec les affaires de Laval et de Dijon.

Depuis plusieurs années, les évêques de Laval et de Dijon étaient, pour les catholiques de leurs diocèses et de la France entière, une occasion de trouble et de tristesse. Les bruits les plus étranges circulaient sur les mœurs du premier et les complaisances excessives qu'il témoiguait aux pires ennemis de la religion. Quant au second, il avait jeté dans le désarroi le diocèse confié à ses soins, en y semant dans les rangs du clergé, comme dans ceux des fidèles, de lamentables divisions ; et lorsque f un des prêtres les plus respectés de son église cathédrale l'eût dénoncé à Rome, comme franc-maçon cette accusation, quelque étrange qu’elle fut, avait trouvé créance. Ne disait-on pas aussi qu'il avait signalé aux rigueurs du gouvernement les prélats qui avaient pris l'initiative de la lettre collective envoyée, en 1903, par l'épiscopat au Parlement ?

Quoi qu’il en fût de ce$ allégations, elles étaient trop graves et portées par de trop graves personnages pour que le chef suprême de 1 Lglise s en désintéressât. Déjà Léon XIII avait ordonné une enquête sur l’évêque de Laval et elle dut lui revé-

1. Actuellement seize diocèses se trouvent ainsi privés d’évêques.

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