CHAPITRE Y
Négation du besoin religieux.
Sommaire. — Article 2 du projet de loi. — Négation officielle delà religion. — Qui veut les curés , les paie! — Absurdité 'de cette parole. — Les besoins sociaux et la solidarité. — Le besoin social religieux. — On ne doit pas le méconnaître. — Exemples de la Belgique, des Pays-Bas, de la Suisse, des États-Unis. — Politique du Bloc toute différente.
C’est la négation officielle de la religion que la franc-maçonnerie triomphante a inscrite en tète de sa loi de séparation. L’article 2 s’exprime ainsi : « La République ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l’Etat, des départements et des communes toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes. »
Pour justifier cette mesure, on donne une raison dont la simplicité peut séduire les naïfs, mais qui,
en réalité, n’est qu’une absurdité. « Qui veut les curés les paie! N’est-il pas inique de faire contribuer aux frais du culte catholique des libres-penseurs qui non seulement n’en usent pas, mais souhaitent de tout cœur sa disparition? » Ce n’est pas d’aujourd’hui que date cet argument; il circulait déjà dans la campagne électorale de 1848 et un libre-penseur le socialiste Proudhon, y répondait, d’une manière péremptoire, lorsque, candidat aux élections législatives du 30 mai 1848, il disait dans sa profession de foi : « Tant que la religion aura vie dans le peuple, je veux qu’elle soit respectée entièrement et publiquement. Je voterai donc contre l’abolition du salaire des ministres des cultes... Et pourquoi avec ce bel argument que ceux-là seuls qui veulent de la religion n’ont qu’à la payer, ne retrancherait-on pas du budget social toutes les allocations pour les travaux publics? Pourquoi le paysan bourguignon paierait-il les routes de la Bretagne et l’armateur marseillais les subventions de l’Opéra? »
Les paroles de Proudhon n’ont rien perdu de leur force; au contraire, elles en ont acquis davantage depuis que le socialisme d’État tend à monopoliser entre les mains de la nation et au moyen du budget la satisfaction de tous les besoins sociaux. Lorsqu’ils sont vraiment universels et que tous les Français y trouvent leur compte, nul ne songe à protester. Mais de plus en plus ne crée-t-on pas,