Vie de M. Émeiy, p
que « ce que le pape a condamné est bien condamné », mais ne se croyait « pas compris dans les censures parce que le pape n'avait pas prononcé sur les objets tels qu'il les entendait ».
L'intégrité et la dévotion de beaucoup d'autres ne sont pas moins avérées.
Beugnot se rappelait le zèle que, sous la Terreur, Lamourette, prisonnier à la Conciergerie, mettait à s'acquiter de ses devoirs de prêtre. On croyait voir en lui les mœurs et la doctrine des chefs de l'Eglise aux premiers temps du christianisme.
On parlait dans les mêmes termes de l'évêque de Quimper, Expilli.
La correspondance récemment publiée de Thomas Lindet atteste son désintéressement.
La célèbre congrégation de l'Oratoire scandalisa les ultramontains par son adhésion à la Constitution civile du Clergé ; un de ses membres les plus éminents, le savant Daunou, professeur de théologie, publia deux écrits pour établir Y accord de la foi catholique avec les décrets de l'Assemblée nationale. Un autre personnage non moins vénéré de ceux qui l'ont connu, Lanneau, fut vicaire épi— scopal à Autun en 1791 *.
1. Un écrivain très hostile à la Révolution, M. V. Pierre, a dit, en parlant des prêtres constitutionnels : « Pour beaucoup d'entre eux le serment de 1790 n'avait été qu'une erreur... qui laissait intact l'honneur sacerdotal. De là, certaine difficulté de les dis-
Une réforme adoptée par ces prêtres honorables ne pouvait manquer de l'être également par une très grande partie du Clergé français. Des ecclésiastiques distingués la trouvaient sans reproche; le roi la sanctionnait et demandait au pape un consentement qui paraissait probable. Dans une apologie que les adversaires de la Constitution ont jugée « dégoûtante », le recteur de la Faculté des arts de l'université de Paris osait dire que, loin de porter la moindre atteinte à la religion sainte, on [a rétablissait dans toute sa pureté. Aussi, la grande majorité du Clergé, au lieu de s'indigner, comme le croit Quinet, de « la prétendue indépendance qui lui était offerte »\ s'empressa d'adhérer aux décisions prises par l'Assemblée nationale. Il n'y eut pas de difficulté à recruter l'Eglise constitutionnelle 2 .
Comment fut-elle accueillie par la nation?
tinguer du prêtre insermenté : prédication, pratiques religieuses, mœurs respectables, que de ressemblances! » {La Terreur sous le Directoire, p. 208.)
1. Les écrivains ultramontains, bien qu'intéressés à réduire le nombre des prêtres constitutionnels, n'ont pas tous osé être si affirma tifs que Quinet. Selon M. Sciout, la majorité du Clergé dans quelques départements et beaucoup de prêtres dans le reste de la France se soumirent provisoirement à la Constitution civile.
2. Voir dans Charavay, Assemblée électorale de Paris, 1700-1)1, les adhésions ecclésiastiques à la Constitution civile, p. 303-3'JO, et surtout, p. 481, le discours de Porret, assistant général de la congrégation de l'Oratoire, supérieur de la maison de Paris, nommé curé de Saint-Sulpice, et p. 509, celui du génovéfain Beaulieu, nommé curé de Saint-Séverin.
A force d'entendre déclamer sur son impopularité, nous avons fini par y croire aveuglément. Nous avons eu tort; jamais cette impopularité, même lorsqu'elle eut été développée par tous les moyens possibles, ne fut aussi générale qu'on l'admet.
En 1793, examinant la conduite à tenir avec les prêtres constitutionnels après la défaite de la Révo : lution, Maury expliquait qu'il faudrait renoncer à les déporter tous : « Je doute, disait-il, que le gouvernement français pût s'accommoder d'une disposition si dangereuse... On craindrait avec raison i dans le Conseil du roi, que les peuples ou du ] moins les partisans de la Révolution ne se décla- : rassent hautement en faveur de leurs curés et ne I se réunissent autour de ce foyer d'insurrection qui les coaliserait d'un bout du royaume à l'autre 1 . » Ce langage, de telles appréhensions, tant de prudence, ne s'expliquerait pas, surtout chez Maury, si l'Église constitutionnelle n'avait eu un nombre considérable de fidèles.
Mais les prêtres ultramontains conservaient de
1. Documents publiés par le P. Theiner, mémoire de Maury, 23 juin 1793, p. 411. — Rapprochez du témoignage de Maury celui de l'archevêque de Lyon, dans une lettre au pape, datée de Lubeck, juillet 1797 : « Les évoques intrus se sont répandus dans mon diocèse et ont attiré à eux un grand nombre de fidèles... surtout par l'appât du sacrement de confirmation. J'ai tout lieu de craindre de voir renouveler ce scandale ». (Documents Theiner, II, 459.)
nombreux partisans. Ils engagèrent contre les constitutionnels une lutte implacable, les traitèrent d'apostats, de renégats, les calomnièrent, ameutèrent contre eux une population affolée par les prétendus dangers que courait la religion.
Pour couper court à ces manœuvres, et dans l'espoir de rétablir l'ordre troublé par l'antagonisme des deux clergés, la Constituante imagina un serment de fidélité.
Elle ne s'attendait pas à beaucoup de récalcitrants.
« Il faut être fou, écrivait le curé de Bernay à son frère, le 11 décembre 1790, pour croire que le Clergé refusera le serment. Quelques-uns refuseront, mais le nombre en sera petit. » Le 5 janvier suivant, voyant l'hostilité des évêques et d'une partie des curés qui siégeaient à la Constituante 1 , Lindet disait : « Je ne sais si leur conduite influera sur la conduite des autres évêques et curés du royaume ; » le 27 du même mois, il était rassuré à cet égard : « La passion aristocratique de nos évêques, écrivait-il, les agitations, les libelles, annoncent que les ennemis de la Révolution n'ont point renoncé à tout espoir, mais il paraît certain qu'ils ne trouveront guère de prosélytes. »
1. A cette date, sur deux cent soixante-huit ecclésiastiques, quatre-vingt-dix-huit seulement avaient prêté le serment.
Un peu plus tard, Legendre, député de Brest, disait en parlant du haut Clergé : « Les pasteurs qu'il a toujours méprisés et souvent dépouillés, deviendront-ils les complices irréfléchis de son insurrection contre les lois ? Nous ne pouvons le croire. »
A la Cour, on pensait de même. Le 6 décembre 1790, le comte de La Marck affirmait à Mercy Argenteau que « la grande majorité des ecclésiastiques » obéiraient.
Examiné sans parti pris, le serment que demandait la Constituante ne paraissait pas en effet de nature à répugner au bas Clergé : il n'impliquait rien de plus qu'une déclaration de civisme 1 , et c'est bien ainsi qu'il fut envisagé d'abord par une foule d'ecclésiastiques qui ne l'eussent certainement pas prêté s'ils avaient prévu les reproches auxquels il les exposait.
Le serment eut l'approbation d'hommes à qui « toutes les vérités enseignées par l'Eglise catho-
1. Gela fut dit et répété à la Constituante, à la Législative. Voir, entre autres séances, celle du 1G novembre 1791, où Lemontey s'exprima ainsi : « Il y a une erreur profonde et invétérée; par une ruse des prêtres perturbateurs on a constamment confondu le serment civique avec le serment de maintenir la Constitution civile du Clergé... Il n'existe pas de loi qui engage à maintenir la Constitution civile. Le serment des prêtres n'est que le serment civique. C'est ce serment qui contre l'attente des législateurs, est devenu le prétexte des troubles ». Voir dans la même séance le discours de Gensonné.
lique » étaient si chères qu'ils étaient prêts à les sceller de leur sang : « Jeune homme, disait en mourant Grégoire au prêtre qui le pressait de se rétracter, ce n'est pas sans examen que j'ai prêté serment, ce n'est pas sans de sérieuses méditations au pied de la croix que j'ai accepté l'épiscopat f . »
Les prêtres assermentés furent incontestablement très nombreux.
« Si vous avez la douleur de voir plusieurs ecclésiastiques se refuser ou montrer peu de zèle à se soumettre à la loi du serment civique, vous avez, d'autre part, lieu de vous féliciter de l'empressement d'un grand nombre à obéir à votre décret », disait l'abbé Hurault à la Constituante, 14 janvier, en lui communiquant le procès-verbal constatant les prestations du serment dans le département de la Marne. Trois jours auparavant, le curé de Souppes, Thibault, avait annoncé que tous les ecclésiastiques du district de Nemours s'étaient conformés à la loi. Nous savons par le supérieur du séminaire des Missions étrangères que la plus grande partie des prêtres du diocèse de Sens prêtèrent le serment 2 . Le vicaire général
1. Déjà, dans son testament et ses codicilles, il avait affirmé qu'en prêtant le serment, il avait, après mûres réflexions, suivi Timpulsion de sa conscience.