‹ La séperation de l'église et de l'État en 1794Chapitre 58 sur 88 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

« Au fond de la Constitution civile, dit Quinet, Rome devina du premier coup d'œil où était Tunique péril... Le pape ne tenait plus dans sa chaîne les chefs des diocèses ni par eux l'immense multitude du Clergé. Il restait seul, les mains vides, dans son désert de Rome. Voilà ce que vit d'abord Pie VI et ce qu'il lui était impossible d'accepter sans périr. Pie VI, dans ses brefs, jeta le cri d'alarme. A ce grand cri se rallia l'Eglise. »

Si Quinet avait lu les textes auxquels il fait allusion, ou seulement regardé les dates, il eût été bien vite détrompé 1 .

1. Os actes sont trop pou connus. Les écrivains qui devraient avoir pour eux le plus de respect, semblent peu soucieux de les reproduire. Dans une Histoire de la Constitution civile, qui a deux mille pages in-8° très compactes, et où les P. Jésuites, malgré leur indulgence pour l'auteur, ont avoué que les matières inutiles

Selon le haut clergé, le pape était « le seul juge compétent en matière de discipline ecclésiastique, spécialement lorsqu'il s'agit d'ériger ou de supprimer des sièges épiscopaux dans l'Eglise de France ». Il avait donc été consulté. Sa réponse n'arrivait pas. « Ce délai, disait l'abbé Maury, ne doit pas nous surprendre. Le souverain pontife n'a reçu la lettre de Sa Majesté que dans le mois de septembre ; les congrégations de la cour de Rome vaquent toujours à cette époque, et ce n'est que depuis la Toussaint que les conseils du saint-siège ont pu reprendre leur activité. »

Malgré cette explication, on avait lieu de s'étonner, à la fin du mois de novembre, de ne pas recevoir l'avis du pape sur une constitution terminée avant le milieu de juillet. Plus de quatre mois allaient encore se passer avant sa réponse. Un silence si prolongé justifiait la confiance des législateurs; ils ne croyaient pas impossible que, résistant aux sollicitations des prélats ultramontains, le pape finît par sanctionner la Constitution civile.

Le curé de Sainte-Croix de Bernay, Thomas Lindet, député du Clergé du bailliage d'Évreux,

tiennent trop de place, il n'y a ni le texte ni môme une analyse convenable du bref Quod aliquantum. La traduction que j'emploie est celle du Recueil d'actes pontificaux, dédié avec permission au . î nonce apostolique le prince Ghigi, et publié en 1865 par la librairie Poussielgue.

écrivait le 11 octobre : « On croit qu'un bref du pape est arrivé. On le croit approbatif de la nouvelle Constitution du clergé. » Il ajoutait, deux mois après : « Les prélats qui ont déclaré ne pouvoir ou devoir se soumettre à la Constitution civile sans l'autorisation du pape diront que ce n'est pas à l'Assemblée qu'ils obéissent, mais au souverain pon- 1 tife qui sûrement leur procurera l'expédient. . . Bien des gens sont assez fous pour croire que le Clergé refusera le serment. Il est certain qu'il y aura des refus, mais le nombre en sera petit, et le Saint Père permettra de se contenter de vingt ou trente mille livres 1 . »

Legendre, député de la sénéchaussée de Brest, pensait fermement qu'il ne fallait pas désespérer de recqvoir un bref du pape « propre à désarmer le fanatisme » 2 .

Le 18 janvier 1791, G. de Biauzat croyait qu'en dépit des cardinaux, le pape adoptait l'opinion des théologiens, qui, chargés par lui d'examiner la Constitution, ne l'avaient pas trouvée contraire aux principes du christianisme 3 .

1. Correspondance de Th. Lindet publiée par A. Montier pour la Société de 1 histoire de la Révolution, lettres des 11 octobre, 8 et 11 décembre.

2. Correspondance publiée dans la Révolution française de janvier 1901.

3. G. de Biauzat, 2 e partie, p. 253-5. — Tout cela est conforme à ce qu'on lit dans la Co?respondance secrète (Lescure) à la date du

Les gens les mieux placés pour être bien renseignés parlaient de même. Le ministre des Affaires étrangères, Montmorin, écrivait à Mirabeau, le 21 janvier : « J'ai reçu hier soir des lettres de Rome qui m'annoncent enfin à peu près ce que le courrier me rapportera. Le pape demandera un plan de conciliation aux évêques et ne décidera rien en attendant leur réponse. Il exhortera le roi à suspendre l'exécution des décrets jusqu'à ce qu'on se soit entendu sur les articles qui peuvent faire difficulté 1 . »

L'archevêque d'Auch, M gr La Tour du Pin, demandait au pape, au nom des évêques de sa province, jusqu'à quel point il fallait se soumettre à la Constitution civile 2 .

La compagnie de Saint-Sulpice examinait l'hypothèse où le pape consentirait à faire, au moins provisoirement, des concessions, et où une entente aurait lieu moyennant quelques changements que l'Assemblée constituante ne refuserait pas. La com-

15 janvier 1791 : « Pie IV, pontife éclairé, était disposé à la résignation ; il a cédé au sacré collège. Geppndant l'astuce italienne a employé des termes si vagues qu'on a demandé à Rome une explication. La Cour sentira qu'en s'opposant à ce que la nation exige, elle occasionnerait un schisme ».

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