‹ La séperation de l'église et de l'État en 1794Chapitre 62 sur 88 · P. Theiner · texte numérisé non relu

P. Theiner

4. Ceci, qui donne un démenti catégorique à l'abbé Maury, résulte du Bref Caintas, p. 640 du Recueil d'actes pontificaux.

quantum; il s'était écoulé précisément cinq mois depuis que le cardinal de La Rochefoucauld avait écrit la lettre à laquelle le pape répondait \

Le bref commençait d'une façon assez maladroite. Pie VI expliquait que, par suite « d'affaires urgentes », il avait différé « quelque peu 2 » de donner l'avis que l'on sollicitait. « Quelque peu » n'était pas exact; et que pouvait-il y avoir de plus urgent que de se prononcer sur une Constitution qui « renversait les dogmes les plus sacrés, abolissait les cérémonies les plus saintes, et entraînait de telles calamités qu'on aurait peine à croire si on ne les éprouvait 3 » ?

En y regardant de près, nous découvrons que le pape ne trouve pas cette Constitution aussi détestable qu'il le dit d'abord. Assurément, il la réprouve; le « venin » qui y est lui fait « horreur ». Toutefois, il ne la rejette pas d'une manière définitive, absolue. Quand il arrive au détail, ses critiques n'ont ni le ton ni la teneur qu'une si vio-

1. Kt plus de quatre mois depuis la Déclaration du haut Clergé.

2. Quod aliquanlum. C'est par ces mots que le bref commence et qu'on le désigne. — Le bref arriva à Paris le 20 mars; le 21, Monlmorin ne savait pas encore ce qu'il contenait. Comparez cela avec ce qui se passa pour le Concordat : en moins de quarante jours, il fut envoyé à Rome, ratifié et rapporté à Paris.

\\. Celte traduction enchérit un peu, ici et ailleurs, sur le texte latin. Au lieu de « renversait les dogmes » il serait plus exact de metlre : portait atteinte aux dogmes. Au lieu de « Ips plus sainles », le latin a « sacros ».

lente indignation annonçait ; il n'est plus question de dogmes méconnus. Le pape se borne à soutenir qu'il y a entre le dogme et la discipline un lien intime, et il s'efforce de l'établir, en énumérant fastidieusement un certain nombre d'anathèmes prononcés pour des motifs les uns peu graves, les autres bien bizarres 1 .

Les justes reproches que Ton peut faire à la Constitution civile ne paraissent pas avoir aux yeux du pape autant d'importance que nous leur en trouvons. Après un paragraphe sur la participation des hérétiques et des infidèles aux élections du Clergé, le bref continue ainsi : « A mesure qu'on avance dans l'examen de ce décret, on y rencontre des propositions encore plus vicieuses ; » nous nous attendons à quelque grief sérieux, et voici ce que nous lisons : « Les évêques ont ordre d'aller demander la confirmation au métropolitain... S'il la refuse, l'élu peut en appeler comme d'abus. » Puis il s'agit d'un « rite aboli », du chant ecclé-

1. Le pape rappelle les anathèmes des conciles contre ceux qui mangeaient le sang des animaux; ceux qui trouvaient les cérémonies, ornements et signes extérieurs du culte catholique plus propres à exciter les sarcasmes qu'à éveiller la piété; ceux qui blâmaient la récitation à voix basse d'une partie du canon de la messe; ceux qui disaient que la messe devrait être célébrée en langue vulgaire. Il n'oubliait pas la condamnation d'une traduction du missel romain. Que ne disait-il aussi les décisions encore plus étranges qui, au xiv 8 siècle, avaient achevé de discréditer les excommunications?

siastique anéanti, semble-t-il, par la suppression des chapitres de clercs réguliers.

La partie du bref consacrée aux nouvelles circonscriptions ecclésiastiques est bien remarquable : « Ce qu'on nous demande, c'est d'approuver cette division de diocèses décrétée par l'Assemblée... Mais ne faut-il pas que nous examinions mûrement si nous devons l'approuver, et le principe vicieux d'après lequel ces divisions et suppressions ont été ordonnées n'est-il pas un grand obstacle au consentement que nous pourrions donner? »

Le pape n'accorde pas son approbation, il ne la refuse pas non plus, il permet au contraire de l'espérer.

En commençant, il avait laissé voir qu'il désirait gagner du temps et ne rien décider l ; il le répète à la fin en termes aussi explicites que possible. Il est mal renseigné sur certains articles, trop éloigné pour répondre aux questions qu'on lui pose. Il loue la foi courageuse des évoques, leurs savants écrits, les assure qu'ils font sa joie, qu'il sait par eux « l'irrégularité et le venin » des décrets de la Constituante ; mais il n'est pas encore édifié complètement, il lui faut des informations plus amples, il ajourne sa sentence, et termine sa lettre en con-

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