‹ La septicémie à méningocoque BChapitre 11 sur 18 · OBSERVATION X · texte numérisé non relu

OBSERVATION X

(Mourouvin. Thèse, Paris).

Mademoiselle Germaine E.…, 28 ans, institutrice, entre à l'hôpital Laennec le 19 juin 1920, Rien de particulier à signaler dans ses antécédents héréditaires, sinon que le père est rhumatisant.

Dans son enfance, la malade a eu quelques bronchites légères mais sans gravité. Rougeole à 10 ans assez sévère avec amaigrissement et chute des cheveux, mais sans complications pulmonaires. La malade a été réglée à 12 ans, les règles ont été normales pendant trois ans environ puis, sans cause appréciable, elles sont devenues irrégulières. Elles ont cessé ensuite complètement pendant une période de six mois où les troubles fonctionnels furent multiples, consistant en bouffées de chaleur, malaises, étourdissements. A 20 ans, aurait eu une nouvelle rougeole bénigne, puis les oreillons sans que cette affection paraisse avoir eu un retentissement quelconque sur l’appareil ovarien. Dans ces dernières années, les troubles menstruels se sont accentués : la durée des périodes menstruelles s’est allongée, mais elles ne s’accompagnent pas de phénomènes douloureux. La malade a eu des pertes blanches passagères.

La maladie actuelle a débuté brusquement ie 18 juin, veille de l’entrée à l’hôpital. Ce jour là, Mlle E.. a fait sa classe le matin, mais dans l’après-midi elle a été prise brusquement d’une courbature généralisée intense avec frissons, malaise profond, céphalée et vomissements. Dès le soir, apparaissait sur les membres une éruption de taches purpuriques.

Le 19 juin, la malade entre à l’hôpital. Elle est d’un embonpoint assez marqué, oppose à l’examen un aspect hostile et garde dans le lit une immobilité passive. La température est de 38°3. On constate l’existence d’une éruption purpurique caractéristique comprenant des taches ecchymotiques et un piqueté hémorragique rouge lie de vin, surtout importante au niveau des membres et plus dense au niveau des membres inférieurs. Il existe néanmoins des éléments purpurins nombreux dans le dos, sur la poitrine et au niveau des flancs. Ces éléments sont de taille inégale depuis la simple ponctuation pétéchiole jusqu’à la macule hémorragique de 5 à 6 millimètres. Le purpura ne constitue d’ailleurs pas le seul élément éruptif et dans lintervalle des macules purpuriques on trouve des macules érythémateuses plus ou moins groupées en placards ; certaines sont nettement papuleuses à la manière de minuscules éléments d’éry-

thème noueux. L'éruption n’est pas uniquement purpurique, mais polymorphe. à

La malade accuse des douleurs diffuses dans les membres, de la rachiolgie et de la céphalée. Le moindre mouvement lui est très pénible et elle localise dans les grandes articulations des membres et dans la colonne vertébrale les douleurs provoquées par la mobilisation. Néanmoins, les grandes articulations sont libres sans épanchements et sans véritable douleur articulaire ; mais il existe une hypéresthésie généralisée sans trouble de la sensibilté objective. La nuque est peut-être un peu enraidie mais très mobilisable et on attribue cet enraidissement à une réaction de défense de la malade. Il n’y a pas de Kernig : dans la flexion des cuisses sur le bassin les jambes restent étendues à angle droit, Les réflexes tendineux sont normaux, il n’y a pas de Babinsky ; les pupilles réagissent normalement. |

La langue est recouverte d’un enduit saburral épais et rappelle celle des grippés ; il y a anorexie et constipation. Il n’y a pas d’angine mais l’examen de la gorge provoque un vomissement. Le foie paraît normal, la rate est percutable sur la surface d’une paume de main. Il y a rétention d'urine et le cathétérisme ramène environ 600 gr. d’une urine de coloration normale et ne contenant pas d’albumine.

Le diagnostic porté est celui de purpura rhumatoïde ; on institue un traitement banal et la ponction lombaire ne semble pas nécessaire.

Le 20 juin, la température est de 27°4, l’état général est meilleur, l’éruption erythémato-purpurique reste toujours très abondante et conserve les mêmes caractères ; les éléments hémorragiques sont cependant plus larges. La malade est moins hostile à l’examen ; l’hyperesthésie a diminué, le tronc est toujours soudé, il n’y a pas de Kenig. La malade a une miction spontanée.

Le 21 juin, la température est de 37°2 le matin, de 37°8 le soir ; l’état de la malade est sensiblement le même, cependant l'attention est attirée par un certain degré d’obnubilation intellectuelle : elle répond mal aux questions et grimace un peu, L'hypothèse d’une méningococcémie est écar-

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tée parce que la nuque n’est point raide et qu’il n’y a pas de Kernig ; la ponction lombaire est encore rejetée.

Le 22 juin au matin, l’état de la malade s’est considérablement aggravé ; elle est dans le coma et la raideur vertébrale ébauchée les jours précédents est très accusée ; l’éruption purpurique est plus abondante, les membres inférieurs sont marbrés de taches ecchymotiques rouge sombre, la température est de 39°7.

La ponction lombaire donne un liquide légèrement hypertendu, louche, gris verdâtre qui coagule rapidement en épais flocons purulents. A l’examen direct on constate la présence de diplocoques Gram négatifs extra et intra cellulaires et de nombreux polynucléaires se colorant mal. La culture sur gélose ascite et l’hémogçulture en bouillon ascite donnent un germe qui est identifié par M. Cotin, de l’Institut Pasteur, au méningocoque B. On injecte par voie rachidienne 60 cc. de sérum antiméningococcique (40 cc. de sérum A et 20 cc. de sérum B) et, par voie intramusculaire, 30 cc. de sérum À et 10 cc. de sérum B. La malade meurt dans le coma à 7 heures du soir.

L’autopsie est pratiquée le 24 juin. On constate l’existence d’une méningite purulente céphalo-rachidienne avec congestion intense et larges exsudats purulents dans les vallées et au niveau de la face antérieure du bulbe et de la protubérance.

Le foie pèse 1350 grammes alors que le lobe gauche est morphologiquement très petit et. présente des lésions de dégénérescence graisseuse. Les reins présentent un aspect bigarré hémorragique. Les capsules surrénales sont en état de putréfaction. Le cœur ne présente pas de lésions d’endocardite. Les poumons sont normaux.

OBSERVATION XI (Jacquet. Th. Paris, 1922).

P..., 28 ans, entre à la Maison Dubois, le 5 septembre 1922 avec le diagnostic de méningococcémie B. Le 22 juillet, à 21 heures 30,il est pris de petits frissons, courbature, puis chaleur intense, Il garde le lit et remarque le lendemain

sur ses bras de petits éléments erythémateux non douloureux.

Le 24 juillet, il travaille, mais, fatigué, il voit un médecin qui lui ordonne une purgation.

Le 25, il reste chez lui, la température monte à 38°5. Le 26, un deuxième médecin ordonne du collargol et la diète lactée. Le 27 il sé lève.

Le 2 août, il va chez son médecin ; un remplaçant constate des plaques d’érythème rouge, des nodosités ovalaires douloureuses à la pression. Pendant tout le mois d’août la température est à 37° le matin et à 39° le soir. Le 21 août un troisième médecin ne trouve pas d’hématozoaires et fait une hémoculture qui montre du méningocoque B.

5 septembre. A. l'entrée, le malade se plaint de courbature et de douleurs articulaires, ni céphalée, ni rachialgie, pas de raideur de la nuque, pas de Kernig. La rate est percutable sur 3 travers de doigts. Le lendemain il présente un accès sur lequel tous les autres seront calqués.

Céphalée d’abord, puis douleurs articulaires, puis frissons pendant 3/4 d'heure.

Apparition d’une température à 39°, malade abattu ct prostré. Au bout de 2 heures cet état disparait et il apparaît une éruption d’éléments rouges rosés, par place quelques éléments noueux. On fait le même jour 20 cc. de sérum anti B. sous-cutané. Le 8, même dose.

Le 10, 20 cc. sous-cutané et 40 cc. intra-musculaire. Méme dose les 12, 14, 16 et 18. Les accès continuent à apparaître surtout le soir. Le 20 température à 40°. On fait un abcès de fixation.

Le 22, à 9 h., céphalée, Kernig, raideur de la nuque, contracture généralisée. La ponction ramène un liquide louche avec polynucléose considérable et culture positive. 20 cc. dans les muscles et 20 ec. dans le rachis. À 4 h., même traitement. À 7 h., délire et vomissements. Le 23 septembre, pas de changement, liquide louche, 30 cc. de sérum dans le rachis. Le 24, amélioration, 40 cc. de sérum dans le rachis. Le 26, la céphalée a disparu, la raideur est moindre, Pabcès de fixation est collecté, Le 27 incision de l’abcès, la tem-

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pérature tombe à 37°. On injecte 10 cc. de sérum le 30 septembre et 5 ce, le 5 octobre, Le malade sort guéri le 15 octobre,

OBSERVATION XII (Jacquet. Th. Paris, 1922).

P... 49 ans, charpentier, entre dans le service du docteur Lemierre, le 24 février 1921, pour douleurs rhumatoïdes dans les jambes et céphalée. C’est le 3 février qu’il ressentit une douleur soudaine dans la jambe gauche, er même temps il avait des frissons pendant 3 ou 4 heures, suivis d’un état fébrile intense. Dans la nuit, crise de sueurs qui terminent douleur et fièvre. Le lendemain, il remarque une éruption sur ses jambes. Depuis lors les accès se répètent chaque joour vers 20 heures.

Le 23, il est pris brusquement d’une céphalée intense qui l'amène à l’hôpital. On note de la raideur, de la constipation, un Kernig net mais peu accusé, des traces polymorphes sur les membres inférieurs, dont quelques-unes sont nettement purpuriques.

Le 25 février, la ponction lombaire ramène un liquide opalescent avec nombreux polynucléaires.

Le 26, 40 cc. de séruim polyvalent intra-rachidien.

Le 27, nouveaux éléments d’érythème polymorphe.

Le 28, on identifie dans une hémoculture le méningocoque B. 30 cc. de sérum polyvalent intrarachidien et 40 cc. sous-cutané.

Le 1 mars, L. C. R. moins opalescent, 20 cc. de sérum anti B. intra-rachidien et 20 cc. sous la peau, la température tombe à 36°6.

Le 2 : 15 cc. de sérum anti B intra-rachidien et 15 cc. sous-cutané, la température remonte à 39°. :

Le 3 : L. C. R. clair, température à 39°4. Myalgies dans les nb inférieurs.

Le 4 : amélioration, température à 37°.

Le 9 : température à 38°6, 30 cc. de sérum anti B dans le rachis et 20 ce. sous la peau,

Le 10 : température à 37°6.

Le 22 : grossé amélioration, température normate.

Le 31 : les accès sont réapparus avec la régularité d’une fièvre quarte. .

Le 7 avril : quelques douleurs aux jambes.

Le 19 avril : Le malade sort complètement guéri.

OBSERVATION XIII (Vaucher et Schmidt. Soc. Méd. Hôp. Paris, 28 juillet 1922).

F..., 47 ans, entre le 27 juillet 1920 pour accès fébriles intermittents. Frissons chaque nuit avec fièvre à 40° et sueurs. Myalgies. Recherche de l’hématozoaire négative, aucune action de la quinine.

2 hémocultures les 4 et 5 août sont positives au méningocoque B. Aucun signe méningé.

Du 9 au 16 août : sérothérapie intensive avec du sérum anti B. Le 22 août, série d’injections d’un auto-vaccin. Du 13 au 16 septembre, nouvelle série d’injections de sérum intra-veineux. Injection de lait,

Guérison le 28 octobre.-

OBSERVATION XIV (Marcel Bloch et Pierre Hébert. Presse Méd., 4 juillet 1918.)

Cat. 40 ans. Entre le 17 mai, avec des signes de méningite grave, il ne semble être malade que depuis deux jours et présente du purpura généralisé des arthralgies et des myalgies. La ponction lombaire ramène un liquide puriforme qui, ensemencé, donnera lieu à l'identification d’un méningocoque B. On injecte cinquante ec. de sérum mixte intrarachidien.

18 mai : augmentation du purpura et éruption maculopapuleuse périarticulaire. L’hémoculture donne le méningocoque B. 40 cc. de sérum mixte intrarchidien.

19 mai : même état. Liquide très louche. Injection de 45 ce. de sérum mixte dans le rachis,

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