OBSERVATION I
(Communiquée par M. le Docteur Chalier)
Per... Etienne est envoyé le 8 novembre 1924 par le Docteur Chabanon pour méningococcémie. Il a 21 ans et est employé.
Antécédents héréditaires : Parents vivants et bien portants.
Antécédents collatéraux : 2 frères et 2 sœurs en bonne santé. Un frère mort à 11 ans d’affection indéterminée.
Antécédents personnels : Bonne santé habituelle. Aucune maladie infectieuse. Fluxion de poitrine il y a 3 ans. Nie toute maladie vénérienne.
L’affection actuelle a débuté brusquement le 7 novembre. Les jours précédents le malade allait très bien. Il était soldat à Romans, il fut démobilisé le 6 novembre. Pendant son service, il n’eut comme affection que les oreillons sans complications. Il n’a connaissance d’aucun cas de méningite à Romans. Le 7 novembre au matin il était à Vaise avec un ami et pour toute consommation il prit un café.
Peu après il se sentit fatigué. Il éprouvait une sensation de malaise vague et se plaignait en outre d’un point violent à l’épaule droite.
Il rentre chez son oncle, n’a aucun appétit à midi, et se couche. Les troubles s’aggravent : il souffre de la gorge et ne peut avaler. Une céphalée violente disparaît, sans localisation particulière, déjà il sent sa nuque très raide, aucun
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mouvement de la tête n’est possible. Toute la journée il a de grands et nombreux frissons. Dans la nuit son état s’aggrave encore : il souffre violemment, présente de la rachialgie, ne peut faire aucun mouvement sur son lit.
Le Docteur Chabanon appelé à 2 h. du matin donne une potion calmante. La température est à ce moment à 39°4. Le Docteur revient à 9 h. et l’envoie d'urgence à lhôpital. A noter que le malade a présenté dans la nuit 2 vomissements à type cérébral.
A l'entrée : Malade paraissant très atteint. C’est un sujet robuste, au faciès vultueux avec un herpès labial droit. Ii se plaint d’une céphalée atroce. La température est à 39°5. Pas d’agitation ni de délire, il répond bien aux questions. :
A l'examen, on est frappé tout d’abord par une éruption très confluente siégeant sur le thorax, en avant comme en arrière, l’abdomen, les membres. Le polymorphisme en est très net et elle comprend divers éléments.
1° Des papules plus ou moins grosses, rouges ou roses, nettement accuminées.
2° Des éléments purpuriques sans saillie, sous forme de pétéchies et quelquefois de petites bandes ecchymotiques de . un demi-centimètre de longueur. En outre il existe des taches hémorragiques sur les conjonctives oculaires droites et gauches.
Les signes méningés sont peu marqués. La nuque est souple, seuls les mouvements de grande amplitude sont un peu douloureux. Pas de Brudzinsky. Très léger Kernig. Pupilles égales et réagissant bien aux deux modes. Aucun signe de localisation en foyer. Pas de troubles de réservoirs. Rien à signaler au cœur ni aux poumons.
Ponction lombaire : liquide purulent, eau de riz.
Examen cytologique du liquide céphalo-rachidien : nombreux polynucléaires avec diplocoques intra et extracellulaires. » gr. 8 d’albumine.
Sang : sur lame, méningocoques assez nets. Culture positive.
13 novembre : Alors que les 2 premiers jours on ne trouvait en dehors de la céphalée aucun signe méningé net, on vit apparaître dans les jours suivants un Kernig certain et
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les 2 signes de Brudzinsky positifs. On fait matin et soir des ponctions qui ramènent un liquide trouble avec polynucléaires et méningocoques.
Pendant 3 jours, les 9, 10 et 11, le L. C. R. est nettement sanglant et M. Chalier voit là la possibilité d’une éruption purpurique du côté des méninges.
La température atteint 40° le 10 pour retomber à 37°9 aujourd’hui. L’état général est bien meilleur.
On a injecté du sérum aux quantités suivantes : le 8, 30+20 cc. intrarachidien, 20 cc. sous-cutané et 29 cc. intraveineux.
Le 9, 20+15 cc. intra-rachidien, 20 cc. sous-cutané et 20 cc. intraveineux.
Le 10, 20 cc. intrarachidien et 20 cc. intraveineux.
Le 11, 20 cc. intrarachidien et 20 cc. intraveineux.
Le 12, 20+20 cc. intrarachidien et 20 cc. intraveineux.
Le 13, 10 cc. intrarachidien, 20 cc. intraveineux et 20 cc. sous-cutané. \
Mais à chaque injection de sérum, excepté le premier jour, le malade présente des signes alarmants. En effet alors qu’on retire de 20 à 25 cc. de L. R. C. pour injecter 15 à 20 cc. de sérum tiédi, on voit apparaître, dès que 2 ou 3 cc. ont pénétré dans le canal rachidien, les signes suivants :
Le malade est pris d’une angoisse extrême, il se plaint d’une constriction thoracique extrêmement violente, l’empéchant de respirer, qui disparaît lentement à la suite de frictions énergiques sur le thorax. On a pu noter parfois de la dilatation pupillaire pendant cinq à quinze minutes. En dehors de ces signes les symptômes cardiaques ne furent jamais alarmants, pas de tendance au collapsus, pas de ralentissement ni d’irrégularité du pouls.
4 Le 23 novembre : Depuis le 13, les signes méningés ont à peu près disparu, l’état est bon, il semble que « la méningite cérébro-spinale » ait disparu. Mais la température suit une courbe absolument irrégulière, avec parfois de très grands écarts (de 37° à 41°2 le 20). En général, il n’y a pas, de frissons et l'élévation thermique s'accompagne simplement d’une forte sudation. L’état psychique n’est pas touché. On note que, irrégulièrement, quand la température atteint
40° ou plus, apparaît une éruption purpurique et érythémateuse du même type que celle de l’entrée. On pense à une décharge microbienne sans bien savoir où les microbes peuvent être emmagasinés.
Un examen du sang, le 17 novembre, a encore montré sur lame des méningocoques. La culture est positive et on identifie un méningo B. On fait alors, du 17 au 20, 40 cc. de sérum intraveineux par jour : aucune amélioration. On décide d’essayer des injections de lait. Au cours des examens, on a constaté que la rate est grosse, débordant les fausses côtes. Le cœur fut à 2 ou 3 reprises le siège d’un très léger souffle systolique sans propagation, s’entendant le plus nettement dans la région endopexienne.
Le 1x décembre 1925 : Trois injections de 10 cc. de lait ne donnent aucun résultat. Le malade n’a pas réagi, la température est toujours aussi irrégulière.
On décide de faire une injection intravéineuse de 1/2 cc. d’or colloïdal. On refait auparavant une culture de sang. Un examen rapide du malade fait aujourd’hui montre un état stationnaire. La rate est toujours grosse. Au cœur le premier bruit est sourd, mal frappé et il est impossible de dire s’il est prolongé par un souffle (M. Chalier a tendance à , admettre qu’il s’agit d’un souffle cardio-pulmonaire). L’éruption paraît légèrement diminuée aux membres inférieurs.
Le 4 décembre : Avant d’essayer d’obtenir un shock, on examine les urines qui ne contiennent ni sucre, ni albumine. Le 2 décembre, M. Chalier fait une injection intraveineuse de 1/2 ce. d’or colloïdal. Une demi-heure après, le malade a froid : on n’observe aucun phénomène de shock et la température reste aussi irrégulière.
La culture du sang du 1 décembre montre toujours du méningocoque.
Le 3 décembre : On décide de faire une injection massive de 40 cc. de sérum anti-méningococcique. Celle-ci a lieu sans incident. 40 secondes environ après la fin de l’injection le malade prend un frisson qui est suivi d’un shock particulièrement intense. Au début les frissons sont subintrants, ils secouent le lit du malade. On note une angoisse respiratoire considérable, le pouls à complètement disparu, radiale, fé-
morale et carotide. Au cœur les bruits sont sourds, mal frappés, sans arythmie et sans tachycardie cependant.
Les mains et la face sont cyanosées. A part les phénomènes cardio-vasculaires, cet état rappelle en beaucoup plus marqué celui qui existait après les injections de sérum intrarachidien., Pour compléter l’analogie on note une dilatation pupillaire bilatérale considérable. On administre au malade par 2 fois 0 gr. 25 de caféine, 30 cc. d'huile camphrée, 2 cc. d’adrénaline à 1/1000. De plus on fait des inhalations massives d'oxygène (200 litres en 1 h.). Amélioration passagère, frissons moins forts, le pouls ne réapparaît pas. 3/4 d’heure environ après le début du shock, vomissements répétés assez pénibles, troubles sphinctériens. Cet état dura de midi à 16 h. A ce moment le pouls revint, il est à 120 bien frappé.
Le malade ne garde plus qu’une asthénie considérable. La température est à 39°6.
Le 12 décembre : Le shock n’a paru causer aucune amélioration. La température du 3 au 8 a continué ses oscillations. Le 9 décembre,( la température tombée le matin à 37°, ne remonte le soir qu’à 38°5. Depuis ce jour, elle tend à se rapprocher de la normale. La rate est toujours grosse. L’éruption a nettement pâli et il ne reste aujourd’hui qu’un très léger érythème. Le 11 décembre on refait une hémoculture. Depuis le shock on a définitivement abandonné le sérum; on fait simplement une injection quotidienne d’or colloïdal sous-cutané.
Le 18 décembre, la température a continué à tendre vers la normale et reste maintenant stationnaire aux environs de 37°. Le malade paraît guéri. La culture du sang a encore été positive. L’éruption a disparu, il ne reste que de petites. plaques brunâtres, reliquat de l’érythème signalé. Le malade desquamé surtout aux mains et aux pieds en plaques intermédiaires aux paillettes, de la rougeole et aux placards de la scarlatine. On sent toujours la rate, mais nettement diminuée. Il persiste un très léger subictère qui s’était installé il y a environ trois semaines,