‹ La sépulture d'Étienne BruléChapitre 2 sur 10 · UNE INDICATION DU PERE DE BRÉBEUF · texte numérisé non relu

UNE INDICATION DU PERE DE BRÉBEUF

Jean de Brébeuf revenait en Huronie dans l'été de 1634, après une absence de cinq ans. Sa relation nous dit (Vol. VIII, pp. 88-90-92):

J'arrive aux Hurons le cinquiefme d'Aouft . . . ayant demeuré trente iours par les chemins, quoy que d'ordinaire le voyage ne foit que de 20 iours ou enuiron le pris terre au port du Village de Toanché — 90 — ou de Teandeouihata, ou aiUresfois nous

Sec. I and II, 1915—10

ejlions habituez; mais ce fut auec vne petite difgrace. . . . Mes Sauuages . . . m'abandonnèrent là tout feul, fans viures ny fans cabane, & reprindrent leur route vers leurs villages, diftans de quelques fept lieues; le mal eftoit que le village de Toanché auoit changé depuis mon départ, & que ie ne fçauois pas bonnement en quel endroict il eftoit fitué, & que ce riuage n'eftanl plus hanté, ie ne pouuois pas bien m'affeurer du chemin. . . . (92) Après aiant confidéré que cet abord eftoit défert, & que i'y pourrois bien demeurer long temps, auant qu'aucvn du village m'y vint trouuer; ie caché mes paquets dedans le bois, & prenant auec moy ce que i'auois de plus précieux, ie m'en allé chercher le village, que ie rencontré heureujement emiiron à trois quarts de lieue, ayant en paffant veu auec attendriffement & reffentiment le lieu ou nous auions habité, & célébré le S. facrifîce de la MeflFe trois ans durant conuerty en vn beau champ; comme auffi la place du vieux village, où excepté vne cabane rien ne reftoit que les ruines des autres. le l'is pareillement l'endroit oà le pauvre Eftienne Bruflé auoit été barbarcment & traijtreufetnent affommé . . .

Cette citation démontre qu'il existait un port à l'usage de Toanché; que ce port n'était plus habité en 1634, mais qu'il était encore fréquenté; que l'ancien village, y compris la résidence des Récollets et des Jésuites (1629) était, sauf une cabane, remplacé par un champ; que Brûlé avait été massacré à Toanché même; que le second Toanché se trouvait à environ trois quarts de lieue de l'atterrissage, et que le voyage de Québec en Huronie prenait d'ordinaire une vingtaine de jours. De Brébeuf confirme ailleurs cette durée (Vol. X, p. 88): il vous faut attendre à eftre trois ou quatre femaines par les chemins tout au moins. Le P. Châtelain faisait en 1637 un voyage beaucoup, plus rapide (Vol. XIII, p. 20), et le missionnaire Du Perron restait vingt-cinq jours en route (Vol. XV, p. 150).

Toanché possède plusieurs noms. C'est le Saint-Nicolas du P. Viel, autrement dit Troenchain (Sagard, Hist., t. II, p. 413); Toenchen (id., t. I, p. 78); Toenchain (ib., t. III, p. 723); Toanchain dans la lettre du P. de Daillon (Sag., t. III, p. 809) et, comme on vient de le voir dans Brébeuf, Teandeouiata. Le P. Martin et l'Abbé Laverdière, plus récemment le P. Jones, ont identifié le Toanché d'avant la prise de Québec (1629) avec VOtouacha de^ Champlain. Ce dernier écrivait (pp. 26-27, t. IV, Oeuvres):

. . . nous arriuafmes en la contrée des Attigouantan {tribu de l'Ours), à vn village appelle Otouacha, qui fut le premier iour d'Aouft, ou trouuafmes vn — 27 — grand changement de pais, ceftuy-cy eftant fort beau, & la plus grande partie deferté, accompagné de force collines, & de plufîeurs ruiffeaux qui rendent ce terroir aggréable. . .

La description donne une assez bonne idée du voisinage de la baie de Penetanguishene, où les collines, les ruisseaux, les arborescences, sont bien propres à rendre ce terroir aggréable; mais cela ne suffit pas. Toute autre région de la péninsule eut été cependant trop éloignée des bourgs dont Champlain donne les distances par rapport à Otouacha. D'aucuns ont voulu placer le village sur la

baie du Tonnerre, mais sa relation avec les autres bourgades de l'Ours détruit la possibilité d'une semblable supposition. Otouacha était à une lieue seulement de Carmaron (Champ., IV, 27). Jones croit que le découvreur a mal épelé Karenaron, et il dit pourquoi (Old Huronia, pp. 58-59), Karenaron devient Karenhassa d'après les Racines et la Grammaire huronnes de Potier, et signifie L'endroit où sont disséminées plusieurs cimes d'arbres. Karenhassa était à quelques milles seulement du Toanché des Relations. Or la présence du P. de Brébeuf et des Récollets en cet endroit, des 1626, nous permet d'identifier Toanché avec Troenchain. Si Otouacha veut dire Le double atterrissage, et Toanché, par contraction du mot précédent. Un bon atterrissage (Old Huron., pp. 60-61), selon les mêmes racines et la même grammaire, il est assez probable que le village du P. Viel, en 1626, était le même qu'Otouacha, ou du moins son successeur immédiat; car les emplacements de village changeaient de dix en dix ans (Rel., XV, 152), quand les besoins de l'agriculture, du com- 'bustible ou de la défense l'exigeaient (Champ., IV, 75). Toanché était à trois quarts de lieue de Karenhassa, comme Otouacha se voyait à une lieue (de Champlain) de Carmaron. Jones affirme que la lieue de Champlain était plus courte que celle des Jésuites; il attribue trois milles anglais à la mesure des Relations et un peu plus de deux milles et demi à la lieue du fondateur de Québec; le calcul donne dans les deux cas un résultat identique.

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