I. A GRANDE GUE R R E
SOUS prétexte des nécessités militaires ou pour toute autre raison, quelle qu'elle soit». « Qu'aux yeux du peuple américain, rien ne peut justifier, ni le fait de lancer des bombes, sans but spécial, sur des villes peuplées de non-combattants, ni le fait de brûler ou de faire sauter des quartiers de villes non fortifiées, ni la destruction des monuments précieux et des trésors de l'art, ni la dispersion des mines flottantes dans la mer du Nord, ni l'exaction des rançons extorquées aux cités menacées de destruction, ni l'arrestation des citoyens qui ne portent pas les armes. »
Or, au mois de septembre 1914, M. Eliot n'avait pas encore assisté à toute la série des cruautés allemandes, austro-bulgares et turques. Tout dernièrement encore, un certain nomb,re de concitoyens de M. Eliot ont fait entendre la même opinion dans un message, adressé à leur patrie. Je cite, avec la même admiration, un magistral article de Norman Angel, American neutrality after the war, dans Yale review (octobre 1916), et je rends un sincère hommage de reconnaissance au bel apostolat du sénateur brésilien, M. Ruy Barbosa, dans les pays de l'Amérique du Sud.
Il est nécessaire., il est indispensable de ne pas permettre 'aux hommes de bonne foi, de désespérer du droit et de la justice. Les orages et le tonnerre qui les accompagne seraient beaucoup plus affreux, s'il n'était possible, grâce à l'arc-enciel qui les suit et parfois même, grâce aux éclairs qui les coupent, de conserver toute sa foi dans les radieux effets de la lumière. Il faut que le monde sache qu'en arrière des tranchées, tous, nous défendrons nos libertés et nos intérêts vitaux avec toute notre énergie, jusqu'à la dernière goutte de notre sang, mais que, parvenus au bout de cette guerre, qu'aucun pays allié n'a désirée, nous rétablirons le droit sur le piédestal d'honneur d'où nos ennemis l'avaient précipité. Puissent-ils, eux aussi, ouvrir les yeux et se convaincre, une fois pour toutes, que la force est éphémère et fragile, si elle
i6o LA SERBIE ET LA GUERRE
n'est pas mise en œuvre par la Justice et pour le seul triomphe du Droit. Puissent les neutres, tous les neutres, sortir de l'indifférence où leurs gouvernements les ont maintenus jusqu'à ce jour et qui est aussi contraire à leurs intérêts qu'à leur devoir, à leur droit et à leur honneur. Tous nous devons démontrer aux Allemands et à leurs honteux comparses, que le droit international n'est pas un droit anarchique, comme le prétendent certains de leurs auteurs, tels que Jellinek, mais que c'est un droit réel au service duquel les nations qui l'ont proclamé mettront toutes leurs forces. C'est alors qu'on pourra entrevoir la paix internationale pour le plus grand bien de l'Humanité.