‹ La Serbie et le MonténégroChapitre 44 sur 68 · I. AnnKuH-e dès Deux-Mondei, 1862-1863, p · texte numérisé non relu

I. AnnKuH-e dès Deux-Mondei, 1862-1863, p

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GOCVERNBMBNT PARLEMENTAIRE EN SERBIE. 239 de discussions animées et de concessions mutuollea, on convint d'un protocole en douze articles, qui fat oommoniqué au prince Hicliel.

Abticle 1 : Le gouvernement ottoman transférera en toute propriété an gonveniement serbe à la charge par lui d'en indemniser les propriétaires, -tous les terrains des maisons appartenant aujourd'hui à des Musulmans dans ■ le faoboarg de Belgrade ; les Serbes ne pourront, sur ce terrain, élever aucun ouvrage militaire. — Art, 2 : Rectification de l'esplanade de la citadelle. — Aar. 3 : Le gouvernement serbe prendra soin de faire restituer en nature ou en valeur tous les objets mobiliers que les Ubsulmans ont laissé chez eux avant de se retirer dans la citadelle ; pareilles indemnités seront accordées par le gouvernement ottoman aux Serbes lésés. — Aht. 4 : La Porte proleste qu'on ne saurait concevoir avec le moindre fondement la crainte que la citadelle de Belgrade pubse servir à porter atteinte aux immunités reconnues de la Serbie. — Abt. 9 : Le nouveau périmètre de l'esplanada sera tracé par une commission mixte, composée d'un ofQcier désigné par chacune des puissances garantes, et d'un officier ottoman, — Agt. 6 : Démolition des forteresses de Sokol et d'Oujitza, réputées inutiles. — Abt. 7 : Limitation du nombre des soldats composant la garnison turque. ~ Aht. 8 : Le gouvernement serbe assure une liberté complète et la vente des propriétés mnsnlmanes en Serbie, conformément au batti-chérit de 1830. — Akt. 9 : Règlements imposés au commandant

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230 LA SERDIB ET LE MOMÉNËGRO.

tnrc à Belgrade. — Art. iO : Dissolution des corps d'armée recrutés eu Serbie parmi les étrangers domiciliés (Bulgares et Bosniaques). — Art. H et 12 r Confirmation des articles 20 et 29 dit traité de Paris.

Ce n'était point là le traité qu'attendaient le prince Michel et le peuple serbe. Le prince protesta tout en acceptant le protocole; H. Garascbanine s'appliqua à resserrer les liens qui nnissaiertt la France à la Serbie et remercia H. de Honstier, tandis que le plna vif mécontentement se manifestait en tous lieux contre l'Angleterre et sir Henry Bulwer; mécontentement qu'augmentèrent encore la conduite du représentant anglais à la commission mixte, une lettre insolite de lord John Rnssell au prince serbe, et la correspondance de H. Longworth publiée dans le Blm- Book. M. Garascbanine répondit avec la plusgrandeïiTacité; M. Lazard et lord Palmerston prirent alors ta parole à la chambre des Communes pour expliquer leur conduite à la conférence de Constantin opie, et répudier plus que jamais la politique de Cobden. H. Christitcb, ministre de l'intérieur en Serbie, riposta à son tour, et démentit formellement les assertions du cabinet anglais.

Malgré ces graves préoccupations, la skouptchina n'en persista pas moins dans le système de réformes libérales inauguré par le prince. Sur la proposition de M. Chrisrent réglés d'une façon définitive et qui t disparaître l'ancien arbitraire : le pojou personnelle, fut fixé de 25 à 30 >nne, payable au trésor, moitié par

GOUVERNEMENT PARLEMENTAIRE ES SERBIE. 231 capitation, moitié par contribution foncière ; uns commission spéciale dêtermiDait la répartition ; le tabac et le sel forent également frappés. En même temps d'importante» améliorations étaient réalisées par le ministre de la guerre et des traTaui publics, le colonel français Mondain, et par son éminont successeur, Milivol Pétrovitcb : 412 kilomètres de routes nouvelles furent ouTertes; le brigandage fut énergiquement réprimé; l'armée penuanente et la milice reçurent une organisation toute française ; l'effectif en fut porté à cinquante mille hommes. Une autre loi régla les rapports du gouvernemeat avec les émigrants «je Bulgarie, de Bosnie et d'BerzégOTÎne.

Cependant la commission mixte, instituée en vertu de l'art. S des préliminaires de Constantinople, s'était mise courageusement à l'œuvre, œuvre difficile et pénible, où les représentants de l'Autriche et de l'Angleterre, les colonels Hoffinger et Gardon, persistèrent dans la politique dont sir Bulwer avait donné l'exemple aux conférences du mois d'août; de leur c6té, les représentants de la France, de l'Italie et de la Russie, le colonel d'Andlau, et MM. de Charbonneau et Tideboeckl, défendirent avec persistance la cause de l'indépendance serbe contre les prétentions ottomanes. Hais l'irritation était vive à la cour et dans le peuple; la fête du mois de juin 1865, cinquantième anniversaire de la révolte de Hilosch, fat célébrée avec un tel éclat qu'elle sembla nn solennel défi à la Porte et que les puissances étrangères interdirent à leurs consuls d'j assister ; quelques jours plus tard, la skonptchina disait an prince :

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S33 Lj^ S^BIE et le MONTÉNÉGRO.

■ Ce qui nous contriste le plus à voir, ce soDtles canons des forteresses torques braqués sur les plus importantes de nos villes. Prince, tout progrès réel est interdit à la Serbie, aussi longtemps que les forteresses entretiennent le pays dans des craintes continuelles. •

Bientôt de nouvelles roroears vinrent augmenter l'agitation : le sultan, disait-on, allait céder k l'emperenr d'Autriche d'importants territoires situés en Bosnie et en Herzégovine; la guerre devenait de jour en jour plos probable et pins menaçante : Micbel ne recula pas devant cette éventualité; il passa à Passarovïtz une grande revue, adressa iini- troupes nne brûlante proclamation et reçut du czar une lettre' pleine d'enconragemenls. Les circonstances étaient graves; le sultan y léDéchit sérieusement. Le traité de Constantinople ne suiSsaJt plus à la Serbie, le priilce Michel semblait décidé à faire disparaître les derniers vestiges de la domination tnrque, fût-ce même au prix d'une guerre sanglante. Dans ce cas quelle eût été l'altitude de l'Enrope? les sympathies de la France, de la Russie et de lltalie étaient connues; l'Angleterre renonçait de plus en plus à toute action sur la politique continentale; l'Antriche elle-même avait renoncé aux idées de H. Mettemich et de son école, pour adopter les idées plus libérales de M. de Beust. Après le désastre de Sadova, l'Antriche, voyant son antorité en Allemagne détruite par la victoire de la Prusse, comprit que son avenir était sur les bords du Danube, dans vin vériteble empire <f Orient '. .1. CEaier-reich.

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GOUVERNEMENT PARLEMENTAIRE EN SERBIE. 233 Aussi le président du nouveau cabinet, à peine en possession de son portefeaille, assura le prince Michel de toute l'amitié de l'empereur François- Joseph, et H. de Houstier, qui avait en France remplacé H. Drouyn de Lhuys aux affaires étrangères, insista à Belgrade dans le même sens. En présence d'une pareille situation, le sultan ne pouvait plus hésiter; il informa le prince Michel, par un flrman solennel, que la Subhme-Porte faisait entière renonciation des forteresses occupées, mais désirait voir le drapeau ottoman continuer de Hotter à côté du drapeau tricolore de la Serbie.

Cette décision, bien qu'elle n'eût été arrachée an sul. tan que pdr la crainte d'une lutte armée, fut accdeillie à Belgrade avec le plus sincère enthousiasme. Ainsi, après un demi-siècle de sanglantes batailles et de luttes diplomatiques, la Serbie pouvait se vanter d'avoir conquis une entière indépendance î Ainsi les citoyens cessaient d'être exposés aux insultes des soldats ottomans '. Ainsi les canons turcs cessaient à. jamais d'être braqués sur les cités serbes, comme un perpétuel et superbe défi I Aussitôt le prince Michel se rendit à Constantin ople pour remercier le sultan, A son retour il passa par Bucharest, où il eut une entrevue avec le prince Charles de Hobenzollern ; il rentra â Belgrade en triomphe.

A ce moment la grande théorie du panslavisme commençait à préoccuper l'Europe. La cession de la Vénétie venait de compléter l'unité italienne ; H. de Bismarck, qui disait en 1847 à qui voulait l'entendre : « On fondra

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la couronne de Prusse, on n'en fera pas on diadème impérial, n venait, par la TictoJre de Kœnigsgratz et le traité de Prague, de jeter les fondements d'un nouvel empire germanique. Ces deux grandes entreprises, réalisées toutes deux dans une dizaine d'années, avaient enhardi les piirlisans de l'unité slave ; ce n'était plus maintenant une timide théorie, c'était une grande et puissante idée qui se discutait publiquement, qui comptait parmi ses partisans des hommes tels que Cyprien Robert, Alexandre Chodzko, Léopold Ranke, Edouard LaLonlaye, Saint-Marc Girardin. Dans la Serbie même, ELe Garaschaniae s'était fait le chef du parti qui ne considérait l'indépendance de la principauté que comme le premier pas vers l'unilê de tons les peuples slaves. C'était toujours la généreuse conception de Lioubitza, mais mûrie par un vigoureux esprit, devenue plus pratique et plus réalisable. Le prince Michel commença par entrer dans les vues de son ministère; il continua les armements, en dépit des protestations répétées d'Ali-Pacha; il afQcha vis-à-vis du sultan la plus complète indépendance, se dispensant d'aller k sa rencontre, lorsqu'à son retour de Paris (1867), Aidul-Aziz passa par Belgrade. Des bandes nombreuses se formaient, disait-on, pour envahir la Bulgarie et l'Herzégovine, et tendre la main aux enfants de la Montagne Noire : un instant marne la guerre sembla sur le point d'éclater, lorsque sous les jeux de Hithad-Pacha et d'un consul autrichien, des soldats turcs égorgèrent à Rontchouk le Itulgare Yvan Voinof et le serbe Parlovitch, accusés de

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GOUVERREHEnT PARLEMENTAIRE EI4 SERBIE. 23S complicité arec les lèvoltés de la Bosnie. Hais la Porta était décidée à subir tontes les humiliations plut6t quede se risquer dans une guerre dont les conséquences pouvaient être désastreuses; auz réclamations de la skouptchina et de U. Garaschanine, le saltan répondit en désavouant la conduite de ses agents à Routchouk, et en accordant une indemnité à la famille de Zvetko Parlovitch. Les armements n'en continnèrent pas moins; en vain (1868) les cabinets de Paris, de Vienne, de Londres et de Berlin adressàreat au cabinet de Belgrade des protestations énergiques. La situation de la Serbie était alors celle de ta France en 1610, lorsque Henri IV préparait l'entreprise grandiose qui eût achevé l'unité nationale et abaissé à jamais l'orgueil de la maison d'Autriche ; un misérable assassin poignarda le grand roi la veille de son départ pour l'armée. Ce fut également par la main d'un assassin qu'eipira le prince Michel.

Peu de temps après les événements de Rontchouk, Blio Garaschanine avait quitté la ministère, où HM. Chrbtitch et Pétroniévitch lui avaient succédé, sans le remplacer. Plusieurs causes avaient motivé cette retraite : H. Garaschanine aurait vouln profiter de l'occasion offerte par le meurtre de Zvetko pour commencer les hostilités contre la Turquie; mais la prince avait répondu qu'une déclaration de guerre serait intempestive, et serait condamnée par l'Europe dans cette circonstance. D'autre part le liberté predstnavik se faisait l'écho dans le cabinet du mécontentement causé à Belgrade par les rigueurs exercées

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contre la presse étraDgère; à qaoi M, Léchiariae, ministre de la justice répondait « que les politiques d'estamioet étaient seuls h. dentander des réformes, s M, Garaacltaaine avait aussitôt offert sa démission, mais le prince l'avait refusée, et le ministre aurait sans doute gardé son portefeuille, si une troisième cause de mécontentement De lui avait pas été fournie par le prince lui-même.

Michel avait épousé en 1853 la comtesse Julie Huniady de Tèkily ; c'était une noble Femme, pleine de courage et de dévouement. Malheureusement cette union était stérile, et après treize années de mariage, l'héritier présomptif de la couronne se trouvait être le petit-fils d'Ephralm Obrénovitch,qui Cuisait alorj ses études à Paris, au lycée Louis le Grand, sous la direction de U. Huet. Sur ces entrefaites et au retoc)* d'un voyage de la princesse, Michel l'accueillit froidement, lui exprima le désir d'une séparation ; ce fut une décision Kcheuse, le divorce du prince avec son bonheur. Bientbt des complications surgirent : Michel avait résolu de contracter une nouvelle alliance avec la comtesse Catherine Constantiniévitch, fille de sa cousine germaine Auka; mais Catherine était sa cousine au deuxième degré, et le mariage se trouvait ainsi prohibé par l'Église grecque. Le prince insista pour qu'une exception fût faite en sa faveur, H. Garaschanine s'y opposa avec une certaine vivacité. Michel s'obstina et la ministre lui remit sa démission.

Cependant, depuis quelques jours, de vagues bruits d'nne conspiration contre le prince arrivaient jusqu'au

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