I. Perrot r L'avènement da prince Milai
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Belgrade et le pays tout eutier furent plongés dans la consternation. A la pretnière nonrelle de l'odieux attentat, Elie Garaschanine accoart au palais; il eut alors une parole antique ; apercevant son fils et ignorant le courage qu'il avait déployé : « J'aimerais mieux te voir mort, lui dit-il, que suTTÎTant à ton prince sans avoir rien fait pour loL » Le soir même, un gouvememeut provisoire s'installait au palais et procédait aux mesures les plus ur-
Il s'agissait avant tont de proclamer li
Michel; la loi du 20 octobre 1859 était formelle : » à
défaut de personne apte à la succeasioa dans la ligne directe, disait-elb, l'héritage de la dignité princière passe à une branche collatérale, mais toujours en suivant l'ordre de prïmogéniture. « Le jeune Milan Obrénovitch se trouvait ainsi appelé à recueillir la succession du grand prince, qui avait bat de la Serbie un véritable Piémont Orienlal. Les voii de quelques exaltés, qui prononçaient le nom de Nicolas Petrovitcb, prince du Monténégro, se perdirent dans nne acclamation unanime. Le ministre de la guerre, l'intrépide colonel Hilivole Blasnovatz, n'hésita pas un instant; il rassembla les troupes et proclama Milan; la municipalité de Belgrade se prononça dans le même sens, et le gonveruemeot provisoire chat^ea M. Rialitch, alors à Berlin, d'aller chercher le jeune prince à Paris.
Trois jouis après, les funérailles de Michel furent célébrées au milieu d'un concours énorme du peuple. La noble princesse Julie était accourue à Belgrade, à la pre-
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GOUVERNEMENT PARLEMEMAIKE EN SERBIE. 339 mière nouvelle de la mort de soq époux. Le visage baigné de larmes, elle conduisait elle-même le deuil; les ministres, les ciiDsuU étrangers, les sénateurs, le comte Zichy, délégué par le cabinet de Pesth, le général de Gablenz, Ali-Bej' suivaient le cercueil. Michel fut sincèrement plenré; il avait les qualités de son père, sans en avoir les défauts-, il aimait la liberté, il aimait la civilisation, il s'était fait le champion du panslavisme. Dès son premier règne, il avait eu l'occasion de déployer toutes ces généreuses vertas; mais il était alors trop jemie pour sa tiche ; des réformes intempestives, le patriotisme exalté de sa mère eussent perdu le pays ; il fut renversé par ceux-là mêmes qui, vingt ans pins tard, devaient être ses plus zélés serviteors. Pendant son long eiil, sa belle intelligence mûrit, il étudia, il voyagea beaucoup, il acquit une profonde expérience des hommes et des choses, qui ne lui enleva pas une inépuisable jeunesse d'esprit. Lorsque sou père fut rappelé par la skouptchina, il le suivit à Belgrade, il adoucît par ses grflces et sa bienveillance ce que le vieux Hilosch avait de rude et de farouche. Nous avons raconté la grande œuvre de son règne; la Serbie lui doit, etla^onfirmation de son indépendance, et une civilisation solidement établie. Lui-même, il ne cessa un instant de s'instruire, de travailler; il voyagea, il se rendit plusieurs fois & Paris puber de nouvelles idées, de nouveaux principes, dans la conversation de ces hommes d'élite, diplomates, magistrats, avocats, historiens,journali8tes; précieux trésor,
qoe les étrangers seuls apprécient k son jnste prix. La mort de Hichel fut pour la Serbie un immense malheur; il fat frappé par de misérables assassins te jour où il allait tenter sa plus belle et sa plus périlleuse entreprise, l'union de tous les peuples slaves autour de la Serbie.
Le 30 juin, le prince Milan arriva à Belgrade. Un conseil provisoire de régence, composé de HM. Blasooialz, Ristitch.MarinoTÎtch et Gavrilovitch, convoqua immédiatement une skouptchina de quatre cents membres. Le^ élections se firent su milieu du plus grand calme, et le 2 juillet, l'assemblée se réunit à Belgrade. Elle commença à siéger dès sept henres du matin, vérifia les pouvoirs en moins de deuï heures et entendit le rapport de M. Marinovitch sur les actes du gouvernement depuis la mort de Miche). La skouptchina avait maintenant une grave mesure à prendre : fallait-il procéder à l'élection du prince ' ou appliquer simplement , en dépit des intrigues de la Porte, la célèbre loi du 20 octobre? Ce fut à ce dernier parti que l'assemblée s'arrêta : Milan fut acclamé par la skouptchina tout entière : a La naissance l'a fait notre roi, s'écrièrent les députés, nous n'avons qu'à ratifier son avénemeiitl > Le lendemain, les troupes prêtérent serment, et le sultan reconnut Milan, tout en renouvelant les déclarations du hatU-chérif de 1830. Hais Milan avait quatorze ans à peine ; la constitution investissait la skouptchina du droit de nommer un conseil de régence, pour gouverner le pays pendant la minorité du prince. On Songea tout d'abord à M. Garaschanine ; mais l'ancien mi-
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COUVERNEHENT PARLEHE^TAIRE EN SERBIE. 2il Bistre de Michel refusa, alléguant son grand âge et son besoin de repos. La skouptchina nomma alors UM. Blasnovatz, RUtitch et Gavrilovitch.
Le général Milt?oïe Détrovitz Blasnovalï était un des hommes les plus distingués de la Serbie ; entré très-jeune dans l'armée, il était capitaine à vingt-deux ans. Cependant le règne pacifique du prince Alexandre était peu propice à sa carrière ; il s'engagea dans l'armée autrichienne, servit avec éclat dans la g,iierre contre la Hongrie sous le commandement du général Knitzanine, et, la paix faite, se rendit en France où ii fut reçu à l'école militaire de Meti. A son retour en Serbie, te prince Micbel l'appela au ministère de la guerre, et ce fut lui qui organisa la milice nationale, qui mit l'armée serbe sur un pied tout nouvean, arrachant au général Aupick cette exclamation : « Je ne puis concevoir cette organisation merveilleuse! Voilà un pays dont la superficie est à peine de 1000 milles carrés, dont ta population n'est guère supérieure à un million d'àmes, et tout en n'ayant que deux mille hommes d'armée permanente, il peut mettre sur pied en trois semaines cent mille soldats complètement armés, et cent cinquante mille dans les moments de crises suprêmes ; et quels soldatsi... »
L'énergie avec laquelle te général Blasnovatz réalisa les réformes dont il fut chargé, l'activité qu'il déploya après le funeste attentat du 10 Juin, son courage, sa grande probtlé.ledèsignaientanxunanimes suffrages de ta skouptchina. C'est le générât Blasnovatz qui a été le membre le
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2i2 LA SERBIE ET LE HONTËNÊGRO.
plus important an conseil de régence ; de ses deux collè- Kues, l'an, M. Jean Gavrilovitch était un beau Tieillard de Jite-dii ans, fin diplomate, habile homme d'affaires, avant tout humme de lettres, plus fier de sa Géograde la principauté serbe, que des faveurs du prince el et de son successeur ; l'autre, M. Ristitch était un is jeunes Serbes qui étaient venus faire leurs études ris : chargé d'affaires à ConstauUnople, il avait pris part active au congrès qui suivit le bombardement elgrade, et avait obtenu de la Porte le cétâbre traité 'églait l'évacuation des forteresses. Ce résultat ineslui valut une grande popularité; le prince lui isa une lettre publique de félicitations et l'appela au stère des affaires étrangères après la retraite de araschanine.
peine iostitué, le nouveau gouvernement procéda à uire le procès des meurtriers du prince Uichel. Des ilations importantes avaient été opérées, et dès les liers jours le prince Alexandre Kara-Georgevitch fnl nent soupçonné d'être l'instigateur de l'assassinat. it même qu'aucun jugement eût été prononcé, la ptcbina vota contre le fils de Kara-Georges une résou violente ; • Qu'il soit maudit éternellement, lui et mille! que jamais il ne remonte sur letrène serbe! son extradition soil demandée! que tous ses biens ti confisqués!... n Les principanx assassins furent es et firent des aveux complets : les juges eniles furent effrayés. Assassiner le prince Michel,
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OOUTERNEHENT PARLEMENTAIRE EN SERBIE. 243 arrêter tes ministres, hriser les portes des bagnes et des prisons, livrer la ville an pillage et profiter de la terreur pour rappeler le fils de Rara-Georges, Ul était le complot ourdi par une bande de Tulgùres et copides ambitieux. L'&me de cet in&me complot était nu certain Paul Radovanoritch, depuis deux ans avocat du prince Alexandre, intrigant perdu de dettes et de débauches. Radovanovitch commença par nier les délations de son complice Lazare ; le président dn tribanal lui présenta une copie de la correspondance entretenue par lui avec le prince Kara- George vitch. Pourquoi s'était-il rendu vingt fois en Hongrie, où il avait eu régulièrement des entrevues avec Tripkovitch, secrétaire du prince? Paul répondit qu'il ne s'était agi que des affaires particulières du Sis de Kara-Georges. Hais pourquoi alors une grande partie de sa correspondance était-elle chiffrée? Pourquoi une entenU avec Salomon Nénadovitch.directeur du bagne, qui avait fourni le complot de forçats? < Eh bien oui, s'écria l'accusé avec une audace inouïe, eh bien, oui, je conspirais, mais ce n'était pas pour Alexandre qui n'est qu'un imbécile, je conspirais pour la république! » Les débats furent libres et publics; les accusés eurent le droit de choisir leurs défenseurs. Le veidict fut sanglant : dix-sept des conjurés furent condamnés à mort et exécutés. Toutefois le principal accusé demeurait absent, le gouvernement autrichien ayant refusé son extradition. Kara- George vitch ètait-il véritablement coupable? Le tribunal de Belgrade qui le jugea par contumace crut à
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sa culpabilité, et le condamna à vingt années de travaux forcés '. La cour jodiciaire de Pesth qui, de son cAté, instruisit le procès, rendit une ordonnance de non lieu. En présence de ces jugements contradictoires, il est diiâcile à l'historien de rien décider. Certes, les révélations des assassins, la correspondance entretenue avec Paol étaient de graves indices contre le prince ^leiandre ; la faiblesse de son caractère pouvait d'ailleurs la mettre à la merci du premier intrigant habile, à exploiter le sonvenir de son père, tué peat-étre arec la complicité de Hiloscb. Mais d'antre part qui n'hésiterait à appliquer une si cruelle flétrissure au fils de Kara-Georges, au fils da héros qui le premier dans les forêts de laSchoumadia avait levé l'étendard de la révolution?
n n'entre pas dans notre cadre de retracer ici l'histoire de la régence et des débuts du règne du prince Milan. Hommes et choses sont trop rapprochés de nous pour que nous en puissions apprécier les véritables proportions. La régence, nous le disons ici et nous aurons l'occasion de le répéter plus loin, la régence fut pour la Serbie une halte, mais une halte utile et féconde. Le prince Michel avait de grands desseins. Quel en eût été le résultat si le poiguard des assassins n'avait trandié le cours de cette balle vie, c'est un mystère où il n'est donbé à personne de lire. La conception du prince était belle, elle était
1. La peine da morl ne pouvait Atre appliquée, remarque M. Perrot, car, pour qu'elle pût être appliquée, le code serbe exigeait implicitemeut soit aveu, soit Dagraat délit constaté.
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GOUVERNEMENT PARLEMENTAIRE EN SERBIE. 249 noble et géDérease, et cependant il est penni» de se aemaoder si elle n'était pas prématurée, si elle n'eût pas rencontré alors de redoutables, peot-ëtre même, d'insurmontables difficultés.
Mais le problème avait été posé pour la première fois et il avait été posé par le prince Michel avec une fermeté qui étonna l'Europe : chaque peuple a son idéal qu'il poursuit, avait dit le prince, le peuple grec rêve le rëlablissement de l'empire de Constantin, le peuple serbe rére le rélablissemeutde l'empire deDouchan; son programme n'a rien d'eicessîf : ce n'est pas l'unité slave, c'est à peine l'unité ioiigo-slare, c'est l'unité serbe qu'il revendique. — Est-ce là nae vaine théorie spécnlaliseîJenele croispas, et dans les paja qui suivent je veux essayer de montrer que cette unité des Slaves du Sud a dans ['histoire et dans la constitution même de ces peuples de profondes ra-
Le poète Kollar a dit : • Tous les peuples ont prononcé leur dernier mot; maintenant, Slaves, c'est à votre tour de parler. ■ Certes, les Slaves ont déjà parlé plus d'une fois; ils ont parlé, s'écrie Hiçkietviez, mais à leur manière, à coups de lance, à coups de canon : ils n'ont pas encore parlé pour l'Europe, pour l'humanité tout entière. Quel est l'avenir de la Serbie?
Un homme qui a foi en sa force triomphe des obstacles de la vie; il en est de même d'un peuple qui a fui en sa destinée. Or, c'est là précisément ce qui fait la grandeur du peuple serbe. Après la sinistre bataille de Kossovo,
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pendant de longs siècles d'esclavage, les Serbes ne se dfrcouraRërent pas nn seul jour; ils se recueillirent, ils se préparèrent, ils se fortifièrent poar la lutte; puis senls, sans l'appui matériel ou même moral de l'Europe, ils se soulevèrent contre lears oppresseurs ; ils conquirent et ne durent qu'à enz-mèmes la liberté. Le peuple qui a réalisé nne telle entreprise, le peuple qui a produit un guerrier comme Eara-Georges, nu grand politique comme Milosch, ce peuple n'a pas fini son r61e sur la scène du monde, et comme l'a dit le po€te slovaque, il n'a pas encore prononcé son dernier mot
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LK NATION SEBBE. — L* POASII StKBB.
On demandait à Mickiewiez : « Qu'est-ce que les SerbeaT > Le grand poSte de la Pologne ripondit : « Un peuple destiné & éin le barde et le musicien de toute la race slave. * Noas venons de voir que le peuple serbe a sa âtre le soldat de la race slave, que c'eat à lui sans doute qu'est réservée la gloire d'en réaliser l'unité. Hais la parole de Hiçkiewiez n'en est pas moins vraie et profonde. Le caractère serbe est essentiellement poétique, et cette poésie ne se traduit pas seulement dans les pesmss, dans les hymnes nationaux qu'on accompagne sur la guzla; elle se retrouve encore dans la manière de comprendre la religion, dans les cérémonies du culte, dans les fêtes, dans l'organisation de la famille, dans les mariages, dans le courage bérolqne au milieu des combats, dans les rêves d'un avenir meilleur. Si nous voulons cherclier la canse de ce caractère des Slaves, nous n'avons qu'à jeter les
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248 LA SEBBIE ET LE NONTËNËGRO.
yeux sur la conlrée qu'Us habitent. Le peuple qui a la Serbie pour patrie, ne pouvait élre, comme l'a dit Hiçkiewiez, qu'un peaple de bardes et de musiciens, et aux heures de daoger national, un peuple de héros. Les forâts sombres et profondes, les vallëes brisées, les hautes montagnes avec leurs crêtes inaccessibles et leurs forêts de chfiues, la Schoumadia, les rives accidentées des fleuves, toute cette nature sauvage et pittoresque, recèle et inspire des trésors de'poésie. Écoutez les récits des voyageurs '. A GoluDibafz, sur le Danube, s'élevait jadis le ch&tean fort du haydouk Boratchouck; ce n'est plus aujourd'hui qu'une ruine ; le fleuve, toujours tortueux et jaune, y précipite son cours, et de son Ut sort une pyramide de rochers ; les rochers sont nus, mais de la base au sommet l'œil étonné voit une succession de tours, de donjons, de terrasses, de remparts crénelés, de chemins couverts, jusqu'à l'eitréme pointe couronnée par une tour ronde gigantesque. Lorsque le soleil se couche, la teinte rougeàlre des murailles et des rochers prend de fantastiques reflets; à l'horizon apparaît une sombre montagne, couverte d'arbres et coupée par d'énormes crevasses. Plus loin est une immense caverne que le fleuve a creusée dans le roc par un jour de colore ; c'est la grotte de Saint-Sava, la grotte mystérieuse où le patriarche pria et rêva, où te
1. Lancelot, De Paris à Suehareit, cb. ix. Saint-Marc Oirardin, Laboulaye, etc. Miçkîéwiez : Les Slaves. — Louis Léger : Le Monde slave.
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LA NATION SERBE. — LA POÉSIE SERBE. 2*9 fleuve, pour ne paa troabler les pieuses mêditalioas du prêtre, clianf^ea lout à coup sou cours tumultueux en au courant culme et limpide. Dvoristi est auprès, où résida Hilosch KobiloTÎtch : le jour de Kossovo, le héros arriva seul sur le champ de bataille : « Qa'as-tii fait des guerriers de ZacbaTaf lui cria Lazare. — Sire, ils sont restés chez eux à laboarer et à semer. — Qu'ils soient maudits, répondit le czar, et qu'ils ne récoltent jamais qae ronces et épines, > et le tœu du czar se réalisa. Ici c'est une hante montagne au pied de laquelle s'élère un monastère, entonré d'arbres séculaires ; le soir, au clair de lune, on entend dans les chênes des voix mystérieuses, qui parlent de Harko et de Lazare, et parfois aussi de Hiliga ou de la belle Félizo. Lh, c'est le confinent de deux fleuves; au milieu des herbes humides Tiennent se baigner les buffles, tandis qae les vautours battent l'air de leurs ailes sinistres. C'est alors que le pâtre solitaire murmure le chant d'ilia Similianitch : « On gémit douloureusement dans les prairies. Qui se plaint ainsi? Est-ce une rila? Est-ce un serpent?... n Comment le peuple quihabite cette terre de la Serbie, ne serait-il pas un peuple de poètes?
La vie du Serbe est simple et rustique. Dans les vallées, sur les bords des lacs et des ruisseaux, s'étendent les villages serbes, aux maisons isolées les unes des antres. La plupart de ces maisons sont bâties en plfttre; le toit ■ est de chaume; au milieu est la pièce principale avec le foyer de famille. Le Serbe tient au passé, il en a conservé pieusement les traditions ; comme aux temps pri-
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mitifs, la famille est tout. En général — l'histoire le montre, — k mesure que se développe un État, à mesure ([ue sou unité s'afiermit, la famille perd de sa force, l'autorité du père de famillA se troure resserrée en des limites précises par le droit public, et ce droit spécial, le jus /iimt- IUb, dispsndt peu â peu. Cest le spectacle qui nous a été offert à Home après la promulgation de la toi des douze tables; et ce même spectacle, toutes les races latines et germaniques nous l'ont offert tour à tour. Seules, les races slaves ont conservé le jas /nmt'Iia!; aujourd'hui la tUnOcha existe encore, comme aux temps d'Etienne Ne> mania ou de Douchan.
La houtcka est chez les Serbes, ce que la familia était à Rome; littéralement, ce mot siguiâe maison. Il y a . deux sortes de maisons : Vinokoslna, c'esl-à-dire la réunion de quelques têtes mariées; la zodroîgna, réunion de plusieurs familles, placées sous l'autorité du père, appelé tautét stéraehina, le vieux, tantôt gospodar, l'hôte. Toutefois ce D'est pas à la tribu patriarcale qu'il faut comparer la famille, grave erreur que plus d'un a commise : la koutcha est essentiellement une association. Quand les enfants deviennent des hommes, lorsqu'ils se marient et que la demeure primitive est devenue trop étroite, le fils ne va pas dresser ailleurs sa tente ; mais on construit une nouvelle chambre, puis deux, puis d'autres encore, et la maison, dit l'historien serbe, la maison s'allonge, si bien qu'on en voit qui forment toute une rue. Lorsqu'on étudie l'organisation de la koutcha, on se
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LA NATION SEBBE. - LA POÉSIE SERBE. 331 croit reveau «ai primitives coutumes de la Germanie, ' doot Tacite fait nu si maguiâqae éloge. Autour du père de famille se réunisseut les fils avec leurs femmes et leurs eofauts : ce sont les tsehiliaâe *. Trente, saixaut« personnes se rénuisseut ainsi, vivent ensemble,, travaillent eu commua. C'est an staréchiua que revient l'administra tiou de la fortnne, le soin de maintenir l'ordre dans la maison. Eu revanche, les tschëllade lui doivent une obéissance absolue. L'autorité dn père est sacrée. Ce sentiment de la famille est si fort, que bien souvent le r6le de l'individu 7 disparaît entièrement; on a pu remarquer, dans le cours de cette histoire, que le fils fait toi^ours suivre son nom du nom de son père. Lorsque le gospodar , devient vieni, il choisit parmi ses fils le plus sage, le plus prudent, qui n'est pas toiijours le plus &gé, et lui remet le staréehinstvo : le nouvel élu jouit alors de toutes les prérogatives de son prédécesseur, entonnant le premier les chants sacrés et les prières, mangeant seul avec l'étranger. Si le père meurt avant d'avoir fait sou choix, la koutcha se réunit en assemblée générale, et nomme elle-même son chef; si celui-ci se montre indigue de l'espèce de sacerdoce dont il est revâtu, la koutcha a le droit de le destituer et de lui nommer un successeur. Telle esLcetU organisation si simple ei si primitive, dont l'étude peut jeter indirectement de vives lumières snr celles des çentes romaines ; telle elle existe encore chez