‹ La Serbie et Son ÉgliseChapitre 108 sur 197 · SOUMISSION AU PATRIARCAT DE KARLOVCI · texte numérisé non relu

SOUMISSION AU PATRIARCAT DE KARLOVCI

SOUMISSION DE L'ÉGLISE DE SERBIE AU PATRIARCAT DE KaARrLovcl.

L'ancienne hiérarchie écartée, il s’était agi pour le gouvernement de Piroéanac de trouver un candidat à la dignité métropoltaine qui accepterait de reprendre la pénible succession de Mihailo. Le vieil archimandrite Teodosije Mraovié avait été appelé à une réunion du Conseil des Ministres et le Roi lui avait offert de prendre la direction de l’Église serbe. Mraovié avait fait quelques difficultés, alléguant son grand âge et son infirmité, puis avait fini par fléchir, à condition que l’on nommât Aleksa Ilié président du Tribunal Spirituel, car cet archiprêtre était son plus fidèle conseiller. Le Souverain ayant accepté, l’archimandrite avait consenti à se laisser porter candidat {.

L'élection du nouveau Métropolite avait été assurée, ainsi qu’on l’a vu, par des voix laïques acquises au Gouvernement. Novakovié comprit immédiatement la nécessité qu’il y avait de trouver pour l’élu la consécration d’une haute autorité ecclésiastique, et c’est tout naturellement qu’il se tourna du côté du Patriarche de Sremski Karlovei, German, lui demandant d'investir le Métropolite de Belgrade, natif, comme la majorité de ses collègues, de la même province que lui. Sa lettre, écrite le 22 mars 1883 et qui déchaîna une tempête de colère et de réprobation dans la presse serbe libérale, mérite d’être intégralement citée. Novakovié s’efforce d’abord de justifier son attitude en rejetant toute responsabilité sur l’ancienne Hiérarchie. Mais il y expose aussi ses vues personnelles sur l’histoire de l’Église orthodoxe serbe du Royaume et sur ses rapports avec le Patriarcat de Sremski Karlovei. Les libéraux s’empareront avec joie de ce texte et dans le procès moral qu'ils intenteront au Ministre ils s’en serviront comme de pièce à conviction prouvant que l’homme d’État, en humiliant l’Église, a abaissé et trahi la nation serbe ? :

« Après la destitution du Métropolite Mihailo, acceptée par le Synode épiscopal, reconnue par le Métropolite Mihaïlo lui-même, destitution rendue publique dans toute l’Église orthodoxe du Royaume de Serbie par l’absence dans la liturgie de mention du Métropolite Mihailo, et à la suite de l'attitude équivoque et inconséquente des évêques serbes, un tel désordre s’est installé dans la Hiérarchie de l’Église orthodoxe du Royaume de Serbie

1 Jlié (A.), Moji dozivljaji, p. 76.

2 Crkveno pitanje u Srbiji, p. 79-81.

qu’il est devenu impossible de soustraire celle-ci au regard des autorités de l’État dans l’intérêt, non seulement de l'État, mais aussi de l’Église. 2

Le Synode épiscopal, autorité suprême dans l'Église, ne pouvait plus être réuni. Deux évêques, celui de Sabac et celui de Ni, rentant par leurs actes la décision synodale, qui portait cependant leur propre signature, avaient abandonné le chef intérimaire de l'Église, institué selon les prescriptions des lois du pays et reconnu par le Synode épiscopal.

Le chef intérimaire de l’Église, représentant de l’Archevêque et du Métropolite, n’a pas été capable de rétablir l’ordre dans la Hiérarchie avec les moyens ecclésiastiques, bien que l’ordre n’ait pas cessé de régner jusqu’à maintenant au sein du clergé.

Afin de mettre fin à cette désorganisation de la Hiérarchie, le Gouvernement de Sa Majesté s’est servi des droits que lui donnaient la constitution du pays et la loi sur les autorités religieuses. II a préparé un projet de modification de la loi sur les autorités relidieuses, à l’aide duquel il s’est efforcé de mettre fin à la situation désordonnée qui régnait dans l’Église et de couper court à ces conflits désolants et injustifiés des hauts prélats avec les lois d’État, qui ont entraîné la destitution du Métropolite Mihaïlo.

Quand ces projets de loi ont été sanctionnés, Messieurs les évêques se sont à nouveau opposés aux modifications qui avaient été apportées, avec le désir évident d’obliger, par leur insoumission, le Gouvernement à abandonner ses positions ou tout au moins d'empêcher l’application de la loi en question, bien que l’on sache qu’empêcher l'application d’une loi dans un pays constitutionnel, sans une intervention déterminée du pouvoir législatif, est chose impossible. En plus de tout ceci, le désaccord réciproque entre les évêques n’a pas encore disparu pas plus qu’un seul des motifs qui justifiaient la nouvelle loi. Bien plus les motifs se sont multipliés. Les intérêts de l’Église et de la religion ont complètement disparu devant les intrigues d’une opposition partisane. Le Gouvernement de Sa Majesté, quoiqu'il n’ait point épargné sa peine, n’a pas réussi à détourner Messieurs les évêques, ni de leur désobéissance à la loi, ni du reniement de leur signature et leur serment, ni de leurs dissensions intérieures !

Messieurs les évêques se sont refusés à se rendre à la réunion fixée du Corps électoral pour l'élection du Métropolite, à laquelle ils avaient été invités deux ou trois fois et n’ont persévéré qu'avec l'intention évidente de refuser ainsi encore une fois d’obéir à la loi.

Le Corps électoral a donc procédé à l’élection en l’absence des

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